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Ma thérapie ? Dessiner...

Entretien avec Pozla

Propos recueillis par L. Cirade, A. Cirade et L. Gianati Interview 21/11/2015 à 17:53 8041 visiteurs

Dévoiler sa souffrance en couchant sur papier, non sans humour, un quotidien parsemé de douleurs, de doutes ou de remises en questions, c'est la lourde tâche à laquelle s'est attelée Pozla dans Carnet de Santé Foireuse. Sur un thème où on ne l'attendait pas forcément, notamment après Monkey Bizness, l'auteur livre ici un album qui restera comme l'une des lectures les plus poignantes de l'année 2015.

Première question qui vient à l'esprit : comment allez-vous ? (Sourire)

Pozla : Je ne me suis jamais senti aussi bien. Je suis désormais stabilisé et tout est sous contrôle. J’ai un examen à effectuer tous les six mois. 

À quel moment avez-vous décidé de faire un livre de vos illustrations ? 

P. : Au début il n’y avait pas d’idée d’édition, je n’ai même pas choisi de dessiner. J’ai juste l’habitude d’avoir un carnet sur moi et de dessiner tout ce que je trouve intéressant. Quand je suis arrivé à l’hôpital, j’avais un carnet et j’ai commencé à dessiner juste pour faire autre chose. Je souffrais énormément et je me suis vite aperçu que dès que je posais mon crayon sur le papier, mon esprit était absorbé par le dessin et je me déconnectais de cette douleur dont je ne parvenais pas à me défaire. C’était un exutoire, un crachoir… peut-être aussi une méditation ou une transe que je suis parvenu à atteindre par le dessin. Il y a aussi une mise à distance de la douleur et de la représentation du corps. Je n’ai pas vraiment maîtrisé cette phase. En lui montrant le carnet, un de mes médecins m’a dit qu’il fallait en faire quelque chose ; j’ai alors pris conscience que c'était un aperçu de ce que j’avais pu vivre pendant ces moments difficiles. Ce sont des sensations qui sont très difficiles à expliquer par le verbe alors qu’en un dessin, on peut communiquer l’état dans lequel j’étais. 

La décision d’en faire un livre correspond avec le début des séquences oniriques…

P. : Oui. À ce moment-là, la relaxation et la psychothérapie ont eu une place assez importante. J’ai commencé à voir un médecin, ancien gastro-psychosomaticien, qui a été essentiel dans mon rétablissement. Il m’a formé à la relaxation, ce qui a été très important pour moi qui était complètement déconnecté de mon corps. Ensuite, a débuté une thérapie basée sur les rêves. C’était important d’incorporer certains rêves que j’ai pu faire à des époques-charnières de mon histoire. Quand ce médecin a lu mon livre, il m’a dit que les moments où je me suis vraiment mis à nu sont ceux où je raconte mes rêves. Pendant ces moments, il n’y avait aucun filtre, c’est du pur inconscient. C’était aussi un moyen de faire des pauses dans le récit. Je sais que certains lecteurs vont s’y attarder pendant que d’autres vont les passer rapidement, les prenant comme des pauses légères. 

Cette décision a-t-elle influencé et/ou modifié votre façon de dessiner ?

P. : À partir du moment où j’ai décidé de faire quelque chose de ces croquis, j’ai décidé d’arrêter de dessiner dans ce carnet. Les premières illustrations étaient un défouloir ; il a fallu après que je prenne en compte le fait qu’elles pouvaient être publiées. J’ai donc laissé reposer tout ça et ce n’est que deux ans après que j’ai commencé à monter un récit avec les pages du carnet. J’ai alors dû me replonger dans l’histoire, retrouver des sensations, des états que j’avais un peu mis de côté volontairement ou inconsciemment. Ces deux passages n’ont pas eu le même rôle dans ma thérapie. Il y a eu une thérapie immédiate du traitement de la douleur sur le moment et, d’autre part, une thérapie plus en profondeur où je suis allé redigérer cette histoire pour remettre tout à plat. 

A-t-il été facile de vendre à un éditeur un tel sujet ?

P. : Plus tôt, j’ai réalisé Monkey Bizness pour la collection 619 chez Ankama. Naturellement, je leur ai proposé ce projet. Mais ça n’a pas pu se faire pour des raisons éditoriales et de conjoncture, bien que le sujet parlait à Run et qu’il aurait pu y trouver une place. J’ai été aussi contact avec Les Rêveurs qui se sont penchés sur ce projet et m’ont fait avancer en me titillant sur la partie récit et m'invitant à montrer plus de choses. Puis j’ai rencontré Marion Amirganian qui était avant chez Ankama et qui est aujourd’hui éditrice chez Delcourt. Elle a eu un gros coup de coeur pour ce projet. Nico et Manu (Nicolas Lebedel et Manu Larcenet, créateurs des Rêveurs de Rune, NDLR) m’ont donné leur bénédiction pour partir avec Delcourt. (sourire) 

Il faudrait penser à distribuer Carnet de Santé Foireuse à tout le corps médical… (sourire)

P. : J’ai eu ce retour-là de la part de certains médecins. J’ai pas mal souffert de l’orgueil du milieu médical et de sa non remise en question. J’ai l’impression que ce bouquin peut faire prendre conscience qu’ils soignent un humain et pas juste une mécanique. Beaucoup de patients ont subi ce genre d’expérience. La douleur est un concept très difficile à maîtriser et les médecins n’aiment pas trop ce qu’ils n’aiment pas maîtriser. La remise en question du corps médical est très rare et souvent considérée comme malvenue, même s’il ne faut pas généraliser. 

Si on cite Druillet, Shelton ou Franquin pour caractériser votre dessin…

P. : C’est plutôt flatteur. (sourire) Dans les illustrations qui ont été faites sur le vif, il y a beaucoup de hachures car j’avais besoin des hachures pour rester le plus longtemps possible sur mon dessin. J’ai eu recours à un panel graphique qui puisse retranscrire la variété des émotions par lesquelles je suis passé. 

En voulez-vous encore au corps médical de ne pas vous avoir diagnostiqué la maladie plus rapidement ?

P. : Je suis plutôt apaisé avec ça. J’en veux au corps médical pour d’autres raisons, principalement pour son orgueil démesuré , évoqué précédemment. J’ai trouvé ensuite des solutions dans l’alimentation et la relaxation. Elles font partie intégrante de ma rémission,. Ces solutions ne m’ont pas été données par les médecins. Quand ils ont appris que ma rémission était due à mon changement d’alimentation, ils ont pris ça comme un miracle alors que je fais juste attention à ma façon de manger. Le lien entre l’alimentation et mon tube digestif ne parait pourtant pas complètement dingue. J’ai l’impression que les médecins ont souvent leur nez dans leur spécialité et qu’ils ont du mal à considérer l’humain dans son ensemble. En dédicace, je rencontre des personnes diagnostiquées plus tôt que moi, parfois à quinze ans, et qui vivent la maladie de façon complètement différente. Souvent, on me dit que l’histoire que j’ai vécue est vraiment incroyable alors qu’elle est d’une banalité affligeante. Ce qui m’a fait beaucoup souffrir, c’est d’avancer à tâtons et de n’avoir aucune visibilité sur ce que j’allais vivre, sur les étapes par lesquelles j’allais passer. Par exemple, j’ai tellement souffert avant l’opération que je l’ai imaginée comme une délivrance. Alors que ça a été le début d’une autre galère et ça, personne ne me l’avait dit. Cela aurait été plus simple si j’avais pu partager tout ça avec d’autres malades. J’ai fait ce bouquin avant tout pour moi mais c’est aussi un livre que j’aurais aimé lire avant d ‘aller au « front ». 

Avez-vous pensé au regard de vos proches quand vous avez écrit l'album ? Qu'en ont-ils pensé ?

P. : Ma femme est restée "au-dessus de mon épaule" quand j’ai fait ce récit. Elle a validé chaque page du livre. Je l’ai vraiment perçue comme une enveloppe bienveillante me soutenant dans la réalisation de ce bouquin. À chaque fois que je prenais conscience de faire quelque chose qui allait être lu par d’autres gens, je tombais dans un gouffre assez profond. Il a vraiment fallu que je fasse abstraction de tout ça et que je ne prenne pas en compte le regard des autres. J’ai vraiment eu peur jusqu’à ce que le livre sorte. Je ne voulais surtout pas tomber dans quelque chose de victimisant ou de nombriliste. Ce qui m’a soulagé, c’est de poser le mot « témoignage » sur ce que je faisais. 

La naissance de votre fille a-t-elle aussi participé à votre thérapie ?

P. : Quand j’évoque ma femme ou ma fille, ma voix tremblote à chaque fois. Bien évidemment, sa naissance a eu un rôle énorme. Elle apportait un rayon de soleil chaque fois qu’elle entrait dans la pièce. Elle représente aussi une projection dans l’avenir qui est formidable. Elle donne la force de se battre, de ne pas s’apitoyer sur son sort et de basculer dans l’hyper-présent. J’ai eu la chance d’être entouré par ma famille. Je sais que pas mal de malades le cachent à leur propre famille. 

En quoi consiste le régime ancestral qui est en grande partie à l’origine de votre rémission ?

P. : C’est un régime sans gluten, sans laitage, sans aliments modifiés, avec des cuissons à basse température. Le principe est de revenir à des produits simples, de base. Ça peut paraître super compliqué et super contraignant mais, en fait, c’est très simple. C’est seulement un renversement des habitudes alimentaires qui a fait chez moi la différence, très rapidement. 

Avez-vous distribué à tous vos proches un précis de ce qu'il faut vous faire à manger quand vous êtes invité ? (sourire)

P. : On me pose souvent la question de savoir ce qu’on peut me faire à manger. Parfois, on ne m’invite pas parce qu’on ne sait pas trop quoi cuisiner. C’est la raison pour laquelle j’ai fait une sorte de schéma dans le livre dans lequel je montre les associations d’aliments qu’il est possible de faire entre tous les trucs auxquels j’ai droit. Et je me régale tous les jours… J’ai redécouvert plein de choses dont je me privais avant, comme les fruits et les légumes crus. Ce qui est marrant, c’est que ma gastro n’était pas vraiment pour ce régime. Elle avait peur qu’il me désociabilise alors que les vraies causes de ma désociabilisation, c’était d’aller aux toilettes dix fois par jour ou de me tordre de douleur tout seul dans un coin.  

Avez-vous pensé à faire de Carnet de Santé Foireuse un film d'animation ?

P. : Non. Je pense que la bande dessinée était le support parfait pour raconter cette histoire. D’après moi, personne n’aurait financé un projet de film d’animation pour un tel sujet. Je ne vois pas comment j’aurais pu avoir le même rendu de la douleur, cela aurait été très compliqué. 

Des nouvelles du tome 3 de Monkey Bizness ?

P. : Je suis dessus. J’avais décalé le tome 3 de Monkey Bizness pour faire Carnet de Santé Foireuse. Il est prévu pour la rentrée prochaine, autour de septembre 2016. On clôt avec cet album la trilogie qui contient une histoire bien pétillante et détonante. 





Propos recueillis par L. Cirade, A. Cirade et L. Gianati

Bibliographie sélective

Carnet de santé foireuse

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  • Pozla
  • <N&B>
  • Pozla
  • 09/2015 (Parution le 09/09/2015)
  • Delcourt
  • 978-2-7560-6639-4
  • 360

Monkey bizness
2. Les cacahuètes sont cuites

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