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Chicagoland : trois regards pour un meurtre

Entretien avec Fabrice Colin et Sacha Goerg

Propos recueillis par L. Gianati Interview 04/10/2015 à 16:46 4191 visiteurs

Romancier avant d'être auteur de bande dessinée, Fabrice Colin a puisé dans un ouvrage de R.J. Ellory le scénario de son dernier album, Chicagoland. Le thème ? Un meurtre expliqué par trois points de vue différents dans l'Amérique des années 50. À la fois exercice de style et véritable polar au suspense permanent, l'album bénéficie également du très joli travail de Sacha Goerg et de sa tablette graphique. 

Comment avez-vous eu l’idée d’adapter ce recueil de nouvelles de R.J. Ellory ?

Fabrice Colin : Il me semble que c’est R.J. Ellory lui-même qui m’avait proposé de lire ce recueil disponible uniquement en numérique, il y a quelque temps, pour voir s’il n’y avait pas moyen d’en faire autre chose. J’ai lu, et j’ai été conquis.

La structure du récit, découpé en trois parties correspondant à trois points de vue différents, a-t-elle été  plutôt une contrainte ou un véritable moteur narratif ?

F.C. : Les deux. J’aime le travail sous contrainte, la stimulation du défi. Transposer graphiquement cette structure en trois parties en était un, mais nous savions aussi que la BD permettrait d’enrichir le récit, de lui conférer une nouvelle dimension en jouant, notamment, avec les ressemblances entre les personnages. La question de la différence objectivité/subjectivité est ici posée de façon nouvelle puisque l’on est obligé de montrer.

Le récit central, celui de l’Inspecteur Maguire, agit-il selon vous comme un miroir, un lien avec les deux autres ?

F.C. : Ce n’est en effet pas un hasard s’il s’agit du récit central. L’inspecteur n’est pas seulement un médiateur : c’est lui qui essaie de donner un sens aux choses, de faire concilier la version de la victime avec celle du coupable. Il est neutre, bienveillant et, comme le lecteur a priori, rongé par l’ignorance. C’est un homme qui aimerait avant tout comprendre. 

Au-delà de l’enquête, l’un des thèmes majeurs du récit tourne autour des relations familiales et de ses conséquences…

F.C. : On sait que les bourreaux sont souvent, et avant tout, des victimes. Ce qui nous intéressait dans ce récit, c’était son côté non manichéen, sa tonalité presque fataliste. Le mal advient parce que toutes les conséquences sont réunies. C’est désolant, parce que ça semble tellement inéluctable. Est-ce que ça l’est vraiment ? Chicagoland pose aussi cette question.

C'est aussi une véritable histoire d’amour fraternel, entre Maryanne et Carole d’une part, et Lewis et Eugène d’autre part… 

F.C. : Amour, rivalité, jalousie, besoin de protection, sentiment de ne pas avoir fait tout ce qu’il était possible de faire – besoin de rédemption, aussi. Le lien fraternel, c’est le lien du sang qui oblige à agir, à prendre parti de façon arbitraire. Parfois, cette obligation s’oppose à tout le reste : la morale, la logique, etc.

Pourquoi n’avez-vous pas conservé exactement le titre original, Trois jours à Chicagoland ? 

F.C. : Parce que le thème nous paraissait plus large que ce que ce titre impliquait. L’histoire ne se déroule pas uniquement sur trois jours, loin s’en faut. Et la ville est un personnage à part entière : comme un labyrinthe dont on ne pourrait découvrir les mystères qu’en les épuisant.

Qu'apporte l'épilogue à l'histoire ? N'avez-vous pas imaginé de terminer le récit par l'exécution de Lewis ?

F.C. : Je me suis vraiment posé la question. Je trouve que ça rajoute une couche d'ironie, un côté "mauvais karma" dont on aurait pu faire l'économie. Mais en même temps, j'aime l'idée de terminer sur les deux frangines, dans un "ailleurs" idéal.

Comment avez-vous choisi Sasha Goerg pour mettre en images Chicagoland ?

F.C. : C’est Sophie Chédru, notre éditrice chez Delcourt, qui s’est chargé d’arranger le mariage. Et je rends hommage à la pertinence de son choix ; je n’aurais pu rêver mieux.

Sacha, comment vous êtes-vous documenté sur les années 50 aux Etats-Unis ?

Sacha Goerg : Je suis allé faire des recherches en ligne pour trouver les premiers documents. Ensuite, en me renseignant autour de moi, j’ai appris qu’il existait des bases photo en ligne plus folles, comme des archives de police ouvertes au public. C’est plus compliqué d’y trouver son bonheur mais les documents sont plus forts et moins consensuels.


Quels sont les avantages de travailler sur tablette graphique ?

S.G. : Le découpage va plus vite pour moi à la tablette. Je peux recadrer une image ou la déplacer instantanément, mieux voir ce qui fonctionne globalement sur la page. Je peux aussi placer les textes de Fabrice et voir la place que je dois leur réserver. Ensuite on peut se permettre autre chose à l’encrage et bien sûr reprendre ce qu’on a raté d’une touche de clavier, ou presque.

Comment avez-vous effectué la mise en couleurs ?

S.G. : Je suis parti sur une méthode que j’avais mise au point pour mon précédant projet. J’imprime mon encrage afin de le colorer à la table lumineuse à l’aquarelle pour ensuite le superposer au trait numérique. À cela j’ajoute des fonds colorés numériquement. Mais cette méthode est très fastidieuse, chronophage et pas toujours entièrement satisfaisante. Je n’ai finalement gardé cette technique que pour certains passages. La majorité du récit a subi une colorisation numérique complète. Par ambiance de page d’abord, puis finalement avec des outils qui miment certaines textures plus naturelles.

Comment avez-vous travaillé sur les différents personnages et notamment sur Lewis, dont le regard et ses pupilles dilatées sont immédiatement reconnaissables ? 

S.G. : Je fais des recherches de personnages réels, connus ou pas, qui me semblent correspondre à l’image mentale que j’ai de chacun d’eux. Ça me permet d’essayer de m’écarter de mes automatismes de dessin (sinon je dessine toujours les mêmes têtes). Pour Lewis je suis parti évidemment de Montgoméry Clift avec lequel il est comparé dans le texte et j’ai cherché à ajouter quelque chose qui n’était pas dans les nouvelles. Je me suis dit que ce regard clair pourrait à la fois le distinguer visuellement de son frère qui lui ressemble beaucoup, ce qui est important dans le récit, mais aussi lui donner une touche d’étrangeté pas inintéressante.

Comment avez-vous choisi la couverture, dont le découpage horizontal fait immédiatement penser à une affiche de film ? 

S.G. : Je n’ai pas cherché à mimer une affiche de film. J’ai cherché à faire passer la notion de parties/chapitres et de points de vue sur le récit. Comme à chaque fois je cherche à définir ce que doit dire à minima la couverture. Comme il est d’usage, j’ai soumis une série de propositions et idées en amont à Fabrice et à mon éditrice et cette version en bande a tout de suite été retenue ! Je n’étais pas certain de ce choix au début, la couverture a été dessinée très tôt, bien avant que la majorité des pages ne voient le jour, mais finalement j’en suis très content.

Fabrice, vos incursions dans le 9ème Art sont plutôt rares. Comment choisissez-vous en général les récits que vous souhaitez mettre en images ?

F.C. : Il me faut une rencontre, un coup de cœur ou une illumination (si j’ai les trois, l’extase est proche). Je ne me force pas beaucoup.

Quels sont vos projets  ?

F.C. : J’ai un roman qui sort en adultes chez Actes Sud en janvier : La Poupée de Kafka. Et un nouveau polar en septembre : Jenny, aux éditions Sonatine. Des romans pour la jeunesse sont également en préparation. En BD, j’ai des projets aussi, mais il serait prématuré de les évoquer dès maintenant.

S.G. : Je vais sortir Nu en février 2016 chez l’employé du Moi. C’est le recueil d’un fanzine que j’ai sorti à compte d’auteur ces dernières années. 160 pages en noir et blanc sur la vie d’un étudiant des Beaux-Arts, voyeur, romantique et assez paumé.








Propos recueillis par L. Gianati

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