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Dans la peau d'un tueur

Entretien avec Michaël Le Galli et Guillaume Sorel

Propos recueillis par L. Gianati Interview 27/08/2015 à 14:27 5507 visiteurs

Très présentes dans les catalogues des éditeurs depuis maintenant plusieurs années, les séries concept provoquent chez les lecteurs autant l'intérêt que l'indifférence, voire un début d'agacement. Pourtant, certains thèmes démarquent et sortent un peu des sentiers balisés. « J’ai tué » , dont les trois premiers tomes paraissent simultanément au début du mois de septembre, font partie sans contexte de cette dernière catégorie. Mêlant mythes, comme le tome consacré à Caïn et Abel, et réalités historiques, comme ceux évoquant l'assassinat de François-Ferdinand ou celui de Philippe II de Macédoine, les albums ont la particularité de pointer la caméra sur le meurtrier et non sur la victime, de s'attarder sur les motivations plutôt que sur les conséquences. Rencontre avec Michaël Le Galli, initiateur du projet mais aussi directeur de cette nouvelle collection des éditions Vents d'Ouest.


Michaël, pouvez-vous nous présenter le concept de la collection « J’ai tué » ?

Michaël Le Galli : Tout le monde a entendu parlé au moins une fois dans sa vie de l’Assassinat de l’Archiduc François-Ferdinand ou de celui de John Lennon. Ce qui nous intéresse ici, c'est de comprendre POURQUOI et COMMENT les auteurs de ces assassinats sont passés à l’acte. Dans chacun des albums de cette collection, le lecteur va suivre de l’intérieur des Assassinats qui ont bouleversé leur époque. À travers l'histoire de ces hommes (plus rarement des femmes), ce lecteur va être embarqué aux côtés de l'Assassin et l'accompagner dans le processus à la fois simple et complexe du passage à l’acte. Parce que ces assassins, justement, ne sont pas tous des détraqués mentaux, ou des "tueurs nés". Qu'est-ce qui peut amener un être humain à commettre l'irréparable ? Quelle est cette force, ou cette faiblesse, que chaque être humain a en soi et qui peut le pousser à tuer ? Telles sont les questions que se sont posés les auteurs des cinq albums qui composent cette collection.

Comment s’est opéré le casting des auteurs pressentis pour réaliser les différents albums ?

M.L.G. : C'est simple : j'ai sollicité des auteurs dont j'admire le talent. L'idée principale est de proposer aux lecteurs des albums d'Auteurs tant au niveau du scénario que du dessin et de la mise en couleurs. Tout en partant du même postulat, chaque livre doit être "unique" et bénéficier d'une approche scénaristique originale, mais aussi d'une forte personnalité graphique et picturale. Il est aussi vrai que ces auteurs sont pour certains des amis, et pour les autres le deviendront peut être... Pour diverses raisons, tous les auteurs approchés n'ont pu participer à cette aventure éditoriale, et là je pense à Christian Rossi ou Patrick Prugne par exemple. Ce n'est que partie remise, j'espère...

Quel a été votre rôle précis de directeur de collection ?


M.L.G. : Mon rôle consiste d'abord à contacter les auteurs, à réfléchir avec eux au "sujet" pressenti (le sujet étant l'assassin bien sûr), à les accompagner dans l'élaboration de l'album (ça passe par de la recherche de collaborateur si besoin à la relecture du scénario en passant par le commentaire des pages, etc.). Une de mes préoccupations principales a été de m'assurer que chacun(e) se fasse plaisir tout en réalisant le meilleur livre possible...

Le premier tome peut surprendre, il s’agit d’une interprétation du mythe de Caïn et Abel, et non d’une réalité historique…   

M.L.G. : Quand j'ai réfléchi aux différents assassinats qui pourraient faire l'objet d'un livre, j'ai tout de suite pensé à l'histoire de Caïn et Abel. Si on se base sur les trois religions du livre (Judaïsme/Christianisme/Islam), c'est l'archétype mythique des assassinats. Quand Serge Le Tendre m'a répondu qu'il souhaitait raconter "Caïn et Abel" à sa façon, j'ai hésité une seconde et j'ai dit "banco". On en a fait un livre à part dans la série, j'ai même écrit un petit texte expliquant pourquoi, texte que vous pourrez lire en ouverture de l'album. Et puis Serge propose une interprétation personnelle du mythe, qu’il transcende. Et en fin de compte, il inscrit son récit dans un temps "historique", l'époque babylonienne.

Isabelle Dethan est seule aux commandes de Philippe II de Macédoine, ce qui est plutôt rare pour une série concept !


M.L.G. : Isabelle a l'habitude de travailler seule et maitrise parfaitement les rouages du scénario, elle en écrit pour d'autres dessinateurs. C'est donc logique qu'elle ait eu envie de rester seule aux commandes.

Pourquoi avoir choisi personnellement l’assassinat de François-Ferdinand ?

M.L.G. : Depuis que j'ai entendu parler de l'assassinat de l'Archiduc François-Ferdinand (à l'école donc), je me suis toujours demandé QUI était l'homme qui avait fait basculer l'humanité dans la première guerre mondiale. Nous savons tous que l'attentat de Sarajevo n'a été qu'un prétexte pour que les nations européennes entrent en guerre. Mais quand même, par le simple geste d'appuyer sur la détente d'un pistolet, un homme a façonné une partie du XXème siecle (si on part du princpe établi que la seconde guerre mondiale découle de la première). À partir de là, j'ai eu envie de savoir QUI était ce Gavrilo Princip, POURQUOI il était passé à l'acte et COMMENT s'était déroulé cet assassinat qui, pour beaucoup, se résume à une phrase dans un manuel scolaire.

Comment être original un an après la commémoration du centenaire de la première guerre mondiale et des titres comme, par exemple, François-Ferdinand de Yves le Naour aux éditions Bamboo ?

M.L.G. : L'originalité vient du point de vue unique et exclusif de l'assassin. L'idée, c'est d'entrer dans la tête de Gavrilo, de le comprendre, d'agir à ses côtés. Tout est vu à "hauteur d'homme". Quand on se rend compte que le fameux Attentat de Sarajevo a été commis par des lycéens qui ressemblent davantage aux pieds nickelés qu'à la bande à Bono, ça fait froid dans le dos ! L' "aventure" de Gavrilo et de ses deux comparses n'est qu'une succession de heureux hasards et d'épisodes plus burleques qu'épiques !!

Quand on évoque les assassinats qui ont marqué l’Histoire, on ne peut s’empêcher de penser à celui de JFK. Celui-ci est-il d’ores et déjà prévu ou est-ce le type même du scénario « casse-gueule » qu’on ne souhaite plus aborder ?

M.L.G. : Pas prévu pour l'instant. Tout simplement parce qu'aucun auteur n'a souhaité le proposer. Un jour peut être...  

Pouvez-vous nous parler des prochaines sorties prévues dans cette collection ?

M.L.G. : La collection est officiellement composée de cinq tomes indépendants. Trois albums sortent en septembre 2015 et deux autres sont programmés pour le premier semestre 2016. Rodolphe et Gaël Séjourné ont choisi de traiter le cas de Mark Chapman, l’assassin de John Lennon. L’idée de traiter un assassinat contemporain sans enjeux politique, ethnique ou religieux nous a semblé intéressant, et c’est définitivement le cas. Enfin, Laurent-Frédéric Bollée et Olivier Martin se sont attachés à Charlotte Corday, l’une des rares femmes concernées par notre sujet (il n’y a d’ailleurs pas de féminin pour le mot assassin). On peut en effet se demander pourquoi une frêle jeune femme sans histoire va assassiner à l’arme blanche le révolutionnaire Jean-Paul Marat, un homme malade allongé dans son bain. J’ai par ailleurs été contacté par des auteurs qui ont entendu parlé de la collection et qui m’ont soumis leurs idées, leurs envies. On verra ce que l'avenir nous réserve, tout dépend maintenant des lecteurs et de leur enthousiasme à acheter les premiers albums de la collection.

Comme évoqué ci-dessus, Serge Le Tendre ouvre le bal de la collection avec un thème particulier, puisqu'assis sur un mythe et non sur une réalité historique. Plus de libertés, moins de contraintes, l'histoire revisitée de Caïn et Abel croise celle de la Mésopotamie. Paysages désertiques, décors grandioses, couleurs chaudes, un terrain de jeu idéal pour Guillaume Sorel qui appose une touche graphique très personnelle. 

Serge, comment Michaël Le Galli vous a-t-il proposé de réaliser un tome de cette série concept ?

Serge Le Tendre : Nous nous connaissons depuis déjà pas mal de temps et son regard critique sur mon travail m’a toujours enrichi. Aussi, lorsqu’il m’a proposé de participer à la collection « J’ai tué » j’ai sauté sur l’occasion. Le thème était en or et je me sentais totalement en confiance.

Se placer du côté obscur, en l’occurrence celui du tueur, en lieu et place de la victime, c’est une approche originale et intéressante pour un auteur ?

S.L.T. : C’est assez courant. Hannibal Lecter est plus fascinant que Clarice Staerling, Dark Vador que Luke Skywalker, le Joker que Batman… heu, Pat Hibulaire que Mickey.

Pour quelles raisons avez-vous choisi le mythe de Caïn et Abel ?

S.L.T. : Parce qu’il pose cette question : pourquoi Yahvé - dans Son Infini Sagesse - a-t-il favorisé Abel au détriment de Caïn ? Il devait quand même bien savoir, Lui, l’Eternel, l’Omniscient, quel drame découlerait de ce terrible choix. Shakespeare ne le dit pas autrement avec ces mots : « Comme des mouches pour les enfants cruels, ainsi sommes nous pour les dieux. Ils s'amusent de nos tourments ». L’idée d’un dieu cynique était assez bien vue et je l’ai adoptée sans complexe. Maintenant, n’oublions pas que ce mythe (entre autres :  4ème chapitre de la Genèse et versets coraniques 27 à 32 de la sourate 5 Al-Ma-Ida) est l’un des piliers de nos chères cultures et qu’il pose cette autre question : le crime est-il indissociable de la civilisation humaine ? Pour y répondre, je vous propose la lecture des autres albums de la collection «  J’ai tué » ( promo gratuite ).

L’une des particularités de ce premier tome est l’absence de réalité historique. Utiliser un mythe plutôt que des faits historiques avérés offre-t-il plus de libertés ?

S.L.T. : Tout d’abord, j’ai trouvé courageux que Michaël Le Galli et Valérie Aubin (Vents d’Ouest) nous accordent cette liberté par rapport aux autres récits qui, eux, sonnent plus « historiques », quoi que je suppose que l’intérêt de cette collection est aussi de permettre aux auteurs de se détacher de l’aspect uniquement historique pour en donner un éclairage plus personnel. Sinon, à quoi bon ? Maintenant, dans mon cas, je répondrai  « par paresse » dans un premier temps. Raconter un évènement historique crucial exige une sérieuse documentation et je ne me voyais pas battre le fer avec des historiens patentés pour savoir si le bouton de guêtre de tel ou tel personnages était bien en cuivre ou en laiton (ceci dit, Nabuchodonosor II a bel et bien assiégé et pillé Jérusalem ). Plus sérieusement, Caïn et Abel  est venu très naturellement parce que ce mythe portait en lui les germes de toutes les autres histoires. Le premier né d’une femme (Eve) est le premier assassin de l’histoire de l’humanité. Amusant, non ? Puis j’ajouterai « par plaisir ». Les mythes sont universels, porteurs d’histoires et offerts à la liberté de chaque interprétation. Nos civilisations fourmillent de ces mythes, petits et grands, réécrits et réinventés. J’avais déjà eu l’occasion de le vérifier en traitant celui d’Hérakles (Hercule), puis celui de Tiresias, les deux avec le formidable Christian Rossi au pinceau. J’ai voulu renouveler ce plaisir.

D’où vous est venue l’idée de lier l’histoire de Caïn et Abel avec celle de Nébunedzar et Hamor, dont les noms et les fonctions ne sont pas sans rappeler ceux de Nabuchodonosor et d’Hammurabi?

S.L.T. : Au départ, je voulais faire de cette rivalité une histoire à rebondissements dans laquelle (tels les protagonistes du film « Duellistes », de Ridley Scott), nos personnages se réincarnaient au fil des siècles tout en continuant de se poursuivre dans un défi sans fin. C’était une direction que j’ai vite abandonnée car trop complexe pour un seul album. Du coup, je me suis « figé » sur l’époque mésopotamienne, riche en exotisme et en cruauté, plus proche aussi des Temps Anciens. Hammurabi, je ne connaissais pas. Par contre, Nabuchodonosor était plus évocateur, et j’avais aussi en mémoire Sardanapale dans le tableau de Delacroix.

Tuer, même par jalousie, mais au nom d’un Dieu, c’est malheureusement un sujet qui n’a pas pris une ride…

S.L.T. : Je vous le fais pas dire. Comme quoi, hein…

Une fois la fin révélée, une deuxième lecture s’avère presque nécessaire pour repérer les fausses pistes disséminées tout au long de l’album. Jouer avec les lecteurs, c’est un exercice jubilatoire ? (sourire)

S.L.T. : Jouer avec les lecteurs, est un principe salutaire. Ca fait partie de la relation auteur-lecteur/spectateur. Je ne m’en lasse pas.

Comment avez-vous choisi Guillaume Sorel pour ce tome ?

S.L.T. : Nous avions déjà collaboré sur une histoire courte dans le collectif « Paroles d’Etoiles », traitant des enfants juifs cachés durant la Seconde Guerre Mondiale. Ça s’était très bien passé aussi lorsque Michaël Le Galli a évoqué ce projet, j’ai pensé que c’était une occasion unique de faire du « long cours » avec lui. J’ai donc écrit le scénario en pensant  à ce qu’il pourrait en faire. J’ai ainsi mélangé de l’épique avec de l’intime, du cruel avec du sensible, de l’érotisme avec du sordide. À partir de là, Guillaume s’est emparé de cette histoire pour la transcender. Il y a eu des aller-retours, des échanges, des repentirs et des états de grâce. Sans sa sensibilité et son immense talent, cette histoire n’existerait pas.

La Mésopotamie et ses ambiances aux couleurs chaudes sont un terrain de jeu idéal pour lui… (sourire)

S.L.T. : Je crois que ses « terrains de jeu » varient selon ses envies et je vous conseille de replonger dans la lecture de l’album Hôtel particulier qui est une cour de récrée particulièrement turbulente et colorée.

Quels sont vos autres projets ou prochaines sorties ?

S.L.T. : Le dernier épisode de Golias, avec le faramineux Jérôme Lereculey. Sortie fin octobre. Un épisode de La Quête de l’Oiseau du Temps est en cours de réalisation ( si si ). La première partie de l’adaptation du roman de David Khara « Le Projet Bleiberg », dessinée par mon pote, le talentueux Frédéric Peynet, alias David Gilmour. La première partie de l’adaptation du roman de Stefan Wul « Terminus Un », dessinée par Jean-Michel Ponzio, l’artiste-roi de la palette. Sous le coude, une nouvelle histoire de mythologie traitant cette fois de « Pygmalion », puis une histoire de sorcières aux Etats Unis au début du XXème siècle (pour l’instant sans titre) et enfin Derrière les masques une histoire sombre, très sombre, sur deux rescapés de la Seconde Guerre Mondiale qui basculent petit à petit dans une démence meurtrière.


Propos recueillis par L. Gianati

Bibliographie sélective

J'ai tué
1. J'ai tué - Abel

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J'ai tué
2. J'ai tué - François-Ferdinand, Archiduc d'Autriche

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J'ai tué
3. J'ai tué - Philippe II de Macédoine

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