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A LA LETTRE PRES

01/08/2005 22 planches

Il y a toujours une satisfaction à être dans les premiers à "découvrir" un jeune talent. BDGest' a eu un véritable coup de coeur pour "A la lettre près", de Cyrille Pomès (Albin Michel), one-shot étonnant et intelligent sur les pièges de la vie et les résolutions trahies. Coup de projecteur sur cet album, où vous pourrez découvrir le travail de l'auteur ainsi qu'un entretien intimiste qui vous donnera, nous l'espérons, envie d'entrer dans la vie d'un dessinateur de 40 ans pas tout à fait honnête avec lui-même.

Si « A lettre Près » de Cyrille Pomès est une Bd émouvante et sensible, elle est cependant quelque peu dérangeante car nous sommes pris au dépourvu devant tant de justesse. C’est une première bd brillante. L’auteur ne l’est pas moins et il n’a que 25 ans…rencontre pour une interview/entretien dans un grand café parisien.


(c)pablo nunez soler
BDGest' : Comment, à 25 ans, peut-on avoir une telle maturité et autant de recul ? Comment rentrer dans la tête d’un type de 40 ans ?

Cyrille Pomès : Je suis content que l’on puisse la constater, mais je ne suis pas persuadé d’avoir cette maturité, cela part surtout d’un questionnement plutôt quotidien, plutôt régulier, qui découle d’une éthique en fait, de principes éthiques que je n’ai pas envie de trahir donc forcément je réussis à me projeter plus loin, un peu plus tard.

BDG : C’est quoi comme éthique ?

CP : C’est une éthique de non participation à un certain nombre de choses. A ma sortie des Beaux Arts (2002), je savais que je voulais vivre de ma passion, à savoir le dessin et raconter des histoires mais je ne voulais pas participer à certaines choses, comme on peut le voir dans l’album, telles que faire de la publicité mais surtout ne pas participer à des choses qui, au quotidien, m’agacent, par exemple que l’on essaie de me manipuler. Je ne veux pas me mettre au service de « ça ». Le fait d’être cerné par le mensonge et la contestation obscène d’un certain nombre d’évidences fait partie de ce tout.
Donc au sortir des Beaux Arts, je me suis retrouvé avec, je ne sais pas si l’on peut appeler cela vraiment une éthique, mais disons certains principes, et je me suis projeté dans 15 ans, puisque j’en ai 25, alors que je me serai complètement trahi.
BDG : Patrick c’est celui à qui tu redoutes de ressembler ?

CP
: Oui c’est ça c’est ce que je redoute de devenir et que je pourrais devenir.
A un moment j’ai hésité à faire de la pub, on me l’a proposé. Vers 17/18 ans, mes parents me pressaient un peu de trouver un domaine dans lequel je puisse m’exprimer et la publicité n’était pas exclue. Mais après avoir tâté le terrain, je me suis rendu compte que ce n’était pas du tout fait pour moi. D’une part le travail d’exécutant m’ennuyait, et d’autre part le travail créatif me mettait au service d’une marque qui ne me représentait pas forcément. Je me suis donc rendu compte que je préférais raconter mes histoires à moi… BDG : La vie que mène Patrick est à l’encontre des ses idéaux de jeunesse, penses-tu qu’il s’agisse d’une certaine fatalité ?

CP : Non non pas du tout. Encore une fois Patrick c’est un exemple de ce que je pourrais devenir dans le pire des cas. Après ça n’a rien de fatal. Y’a un truc qui est absent de l’album, c’est ce qu’il fait de la lettre quand il la retrouve à 40 ans ? C’est une question que l’on me pose souvent en dédicace. Premièrement, je ne voulais pas que cela soit présent dans l’album parce que je ne voulais pas porter de jugement, je voulais apporter un constat mais pas mon avis personnel. C’est que même à 40 ans, si l’on se rend compte que l’on fait mal les choses, on peut changer, revenir en arrière et aller de l’avant. Il n’est jamais trop tard pour bien faire.

BDG : C’est un travail sans concession ? La bd et ses choix ? Tu le vis bien au quotidien ?

CP : Oui j’essaie que ce soit un travail au quotidien et oui je le vis bien parce que pour l’instant j’y arrive (rires) C’est quelque chose qui motive autant à se lever le matin que quelque chose qui peut te clouer au lit pour 3 jours. C’est un moteur pour moi.
BDG : D’où t’es venu l’idée des souvenirs à rebours, des flash-back ?

CP : Cela m’est venu avec le film « Irréversible » (Gaspard Noé). J’ai trouvé que cela faisait ressortir quelque chose de très fort. Toujours dans une optique de constat, sans jugement, implacable.

BDG : Un peu une « Chronique d’une mort annoncée », La chronique d’une fin annoncée

CP : Oui c’est ça, il y a un aspect fatal, ce doit être mon côté cynique mais cet album ce n’est pas moi. Il y a une part en moi qui est cynique mais il y a aussi le fait que je me lève tous les matins parce que je crois à des choses ; je ne suis pas QUE comme ça.
Pour en revenir aux flash-back, j’ai pensé que c’était moins linéaire de commencer par ses 40 ans que par ses 17. C’était plus intéressant d’un point de vue narratif.

BDG : Pourquoi le vert plutôt qu’une autre couleur ?

CP : Au début, je la voyais bien en N&B et Albin Michel en quadri. Puis je suis parti d’une BD de Seth (le Commis voyageur) qui utilise ce procédé de bichromie et j’ai trouvé cela très beau et très efficace. J’y ai ensuite pensé pour mon album. En revanche, je ne sais pas trop pourquoi le vert..

BDG : Le vert met mal à l’aise…

CP : C’est vrai que cette couleur collait bien avec l’ambiance générale de l’album. Disons à l’idée que je m’en faisais avant même que l’album ne soit terminé. En tout cas j’en suis content…

BDG : Le dessin (un dessin d’attitude) a cependant cédé le pas au récit. On a l’impression de lire un roman. En as-tu eu conscience au moment de l’élaboration de cette bd ?

CP : Ca me fait très plaisir que l’on me dise cela…Dès le départ, c’était une volonté. Cet album est né d’un mois et demi d’écriture non stop. Je n’avais jamais fait cela en fait, d’habitude, je « crobarde » toujours un peu. Là je n’ai fait qu’écrire les dialogues des 5 ou 6 premiers chapitres, puis je me suis dit qu’il fallait que je mette cette histoire en images parce que je voulais que ce soit une bande dessinée. Mais j’ai fait en sorte que mon dessin ne soit là que pour appuyer le récit, pour l’accompagner, il est donc assez dépouillé. Je n’ai pas trop poussé le trait parce que je ne voulais pas que l’on s’attarde sur des décors alors que cela n’avait pas lieu d’être. L’essentiel de cette histoire, ce sont les dialogues. Moi quand j’imaginais des scènes, c’était comme on est tous les deux, avec juste une table (nous sommes dans un café parisien). Je ne plaçais pas ma caméra au bout de la pièce, elle est toujours proche des personnages. Pour le dessin des visages, j’ai cherché au maximum à faire des expressions plus justes que poussées. C’est un dessin d’attitude, l’expression est bien, ça correspond bien à ce que j’ai voulu faire

BDG : Est-ce pour cela que pour ton prochain album tu seras au scénario ?

CP : Je profite de cette interview pour annoncer que ce projet n’aboutira pas. BDG : Quel(le) est la bd/livre/œuvre qui t’a révélé à toi même ? Quelles sont tes influences ?


CP : C’est difficile parce que parler de révélation ça marquerait un point dans une chronologie, une sorte de basculement alors que j’ai toujours su que je voulais dessiner. Depuis tout môme, je dessine, je raconte des histoires.
Je peux d’avantage parler de périodes, par exemple, vers 8/9 ans, je recopiais des comics, ce qui m’a éveillé à la dynamique du découpage de planches.
La question sur mes influences est très difficile, trop vaste. En ce qui concerne la musique, c’est vrai que j’en écoute toute la journée. Toujours quand je dessine, elle m’accompagne, crée peut être une ambiance. C’est vrai que ce n’est sans doute pas innocent si je tourne le bouton du son quand je m’installe à ma table. Je suis plutôt jazz, chanson française, des chansons à textes. J’ai une grande admiration pour Brel.
J’adore le cinéma, je suis passionné de Kubrick, les frères Cohen, de Paul Thomas Anderson. Si, lui, on peut dire qu’il m’a mis une claque avec « Magnolia »
J’aime les films dont la vie des personnages s’imbrique comme « short cuts » d’Altman, ce film est absolument génial.
BDG : Comme si tous les destins étaient liés finalement ?

CP : Oui c’est ça, c’est exactement ça.
En littérature, j’aime beaucoup Vian, John Fante, Raymond Queneau, si un jour je devais écrire, ce serait comme lui pour sa liberté, son humour, ses néologismes poétiques et délirants. J’aime également l’univers de M. Kundera et de J. Irving. Je crois avoir lu presque tous leurs livres.
En peinture, je me sens proche de Schiele et Klimt, Picasso aussi. Picasso pour son parcours pour le fait qu’à un moment, il ait fait le tour, qu’il soit capable de dessiner n’importe quoi et qu’il crée le cubisme. Ca me dépasse complément. Je suis admiratif ! Admiratif, c’est pas un mot que j’aime beaucoup mais là je respecte. Je ne suis pas touché par l’art abstrait, j’ai besoin, à l’heure actuelle où tout est contestable, d’être rassuré par des choses concrètes. Brel ou Picasso c’est très concret.
BDG : Ton dernier choc esthétique ?

CP : Un tableau de Magritte, ce mec de dos qui est devant une glace, qui est aussi de dos dans la glace avec un livre de Poe posé sur la cheminée. C’est un tableau qui m’a fasciné. Il y a également un spectacle incroyable, celui de James Thierrée « La veillée des Abysses ».

BDG : C’est un homme à qui il manque quelque chose, comme Patrick à qui il manque une part de lui-même... Tu as peur de peur de perdre une part de toi même ? CP : Oui j’ai peur de perdre quelque chose. Ce n’est pas que je m’aime particulièrement en ce moment mais j’ai l’impression d’être dans quelque chose d’à peu près juste. Je me fixe des objectifs conformes avec moi et je n’ai pas envie d’y renoncer. Ce n’est pas dans une optique non évolutive. C’est qu’il y a des choses auxquelles je tiens beaucoup comme des rêves d’enfant. Ils sont importants dans la mesure où ces rêves ne comportent pas de notion d’impossible, or à l’adolescence on mesure la difficulté de mettre en pratique ces rêves. S’offrent à soi deux possibilités,

soit on se rend compte que ces rêves sont irréalisables, qu’on ne les atteindra jamais et on abandonne pour se consacrer à autre chose de souvent plus médiocre, soit on s’attache à ces rêves et l’on se rend compte que ce qui est important n’est pas de les réaliser mais d’aller le plus loin possible dans leur direction. C’est ce que je me suis dit vers 17/18 ans, je me suis réellement écrit une lettre comme le personnage.
BDG : Tu as rencontré beaucoup de « Patrick » ?

CP : J’ai essentiellement rencontré des Patrick. D’ailleurs comme le dit la dédicace en exergue de ma Bd, je les remercie de ne pas avoir cru en mes rêves, ils m’ont permis de les réaliser. Ils ont essayé et essaient de me démontrer que je suis un jeune con, que je ne connais rien à la vie, ce qui n’est pas forcément faux. Mais ce que je trouve d’insupportable, c’est qu’ils essaient de pourrir ce à quoi je crois. Donc oui une petite rancœur vis-à-vis des Patrick.

BDG : Tu penses que c’est cette rancœur qui t’a permis de te glisser dans la peau de cet homme de 40 ans ?

CP : Oui, ce n’est pas impossible, il y a une part de ça, même si c’est caricatural. Il y a aussi le fait que j’apporte assez peu d’importance aux notions d’âge, pour moi il n’y a pas de clivage. C’est peut être la raison pour laquelle j’ai réussi. Puisque la maturité peut arriver à n’importe quel âge ou ne jamais arriver d’ailleurs. Il y a une curiosité, une sensibilité avant tout…

BDG : Mais finalement il n’est pas si détestable que cela, car on a tous en nous cette part obscure

CP : Oui, je ne sais pas comment j’ai fait pour faire un personnage qui puisse toucher autrui, sérieusement, je sais pas comment j’ai fait.

BDG : Tu pourrais écrire une suite à cet album ?

CP : Je crois que dans l’état actuel des choses, si j’écrivais une suite, elle ne serait pas très gaie (rires)

BDG : Etre exposé, dans le cadre des jeunes talents à Angoulême, ça t’a apporté quoi ?

CP : C’est plus dans une optique d’exercice. En arrivant aux Beaux Arts, on m’a dit tu vas tout faire sauf de la bd, parce que la bd, t’en fais déjà. On m’a forcé à être curieux. C’est, entre autre, ce que j’ai conservé des Beaux Arts. C’est une sorte de « mise en danger intellectuel ».

BDG : La rencontre avec ton public ?

CP : Très bon accueil du public, je suis étonné dans le sens où je voulais avant tout que cette bd me plaise à moi et me ressemble le plus possible, car pour moi l’écriture est un exutoire, aussi lorsque des lecteurs viennent me voir et me disent qu’ils ont été touchés par l’histoire, je trouve ça super et émouvant. Par exemple, il y a des personnes qui sont venues me voir en dédicace pour me dire que ma bd leur avait donné envie d’écrire une lettre !

BDG : Quels sont tes projets ?

CP : Un album que je fais de nouveau tout seul mais cette fois ci avec un dessin plus poussé parce que là l’histoire le justifie. Entretien réalisé par Alexandra S.CHOUX

Informations sur l'album

À la lettre près

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