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Le grand mort T.4 - INTERVIEW DE LOISEL, DJIAN & MALLIÉ

12/10/2012 23 planches

Et si Le Grand Mort était né d'une résurrection ? Celle d'un projet enfoui depuis de nombreuses années dans les cartons de Régis Loisel. Ce sont deux rencontres qui lui ont permis de prendre son envol. Celle avec Jean-Blaise Djian, en 1997, qui s'est très vite enthousiasmé pour cette histoire mêlant monde réel et fantasy, puis celle avec Vincent Mallié qui a su transcender le récit des deux scénaristes. La série ayant désormais pris son rythme de croisière, c'est à l'occasion de la sortie du quatrième tome que nous lui consacrons un coup de projecteur avec, en bonus, l'interview des trois auteurs.


PREVIEW & DOCUMENTS


INTERVIEW DE LOISEL, DJIAN & MALLIÉ

Régis, comment est né l’idée du Grand Mort et pour quelles raisons avez-vous confié ce projet à Jean-Blaise Djian ?

Loisel : Initialement, comme beaucoup d'auteurs, j'avais ce projet ,comme celui de Magasin Général, dans mes cartons, il y a de cela presqu'une vingtaine d'années. Un jour, les éditions Soleil m'ont contacté pour que j'écrive un scénario pour un dessinateur qui avait envie de travailler avec moi (Laurent Cagniat). J'ai repensé alors à ce scénario du Grand Mort... J'étais déjà sur Peter Pan et je n'avais pas le temps de développer cela tout seul. J'ai pensé à Jean Blaise qui débutait dans la BD... Cela pouvait l'intéresser de rentrer plus intensément dans ce monde impitoyable, accompagné par un auteur à qui on ouvrait facilement ses portes. Après avoir développé graphiquement une quinzaine de planches de crayonnés sur l'univers et les personnages du Grand Mort, Laurent Cagniat, pour des raisons que je ne connais pas trop, a déclaré forfait... Je n'ai pas confié le projet à Jean-Blaise Djian, je l'ai tout simplement invité à le développer ensemble, et quand je dis ensemble c'est une écriture où l'on se retrouve tous les deux autour d'une table soit en France, soit à Montréal à écrire le scénario, les dialogues, et tout le découpage qui s'effectue au fur et à mesure de nos rencontres. En clair, je ne donne pas un plan, des idées à Jean-Blaise pour qu'il les développe tout seul dans son coin.

Jean-Blaise, que s’est-il passé entre le moment où Régis Loisel vous a proposé ce projet, en 1999, et la parution du premier tome, Les Larmes d’Abeille, en 2007 ?

Djian : Un premier dessinateur avait été proposé par un éditeur (Laurent Cagniat, NDLR). Mais au bout d’un certain temps, ce dessinateur n’a pu continuer et du coup, le projet s’est arrêté. Durant plusieurs années, le projet est resté enterré dans nos tiroirs. À un moment, Régis et moi avons même passé une petite annonce sur un site pour trouver la perle rare, mais seulement trois réponses nous sont parvenues. Le style était intéressant mais ne correspondait pas exactement à ce que nous attendions pour cette histoire. Et puis un jour, j’ai proposé à Joël Parnotte que je savais libre de s’intégrer à notre projet. Au bout de quelques mois, Joël m’a téléphoné pour me dire qu’il avait prévu de travailler avec le scénariste Yann depuis longtemps, et que celui-ci venait de se manifester. Le Grand Mort redevenait donc un projet mort-né ! Et puis, quelques semaines plus tard, Vincent Mallié que je connaissais et qui connaissait bien Joël m’a téléphoné pour me dire que le projet « Le Grand Mort » l’intéressait. Quelques essais plus tard, l’équipe était en place.

Qu’est-ce qui vous a intéressé dans Le Grand Mort ? Un scénario à mi-chemin entre le réalisme de Magasin Général et la fantasy de La Quête de L’Oiseau du Temps ?

Djian : Tout d’abord, les personnages. Cette Pauline, parisienne qui croit que son temps et ses urgences ont plus de valeur que celles d’un gars perdu dans la campagne bretonne. Qui le prend de haut et même lui attribue de possibles mauvaises intentions… En partant de très loin, comme ça, on mesure mieux les changements dans sa personnalité. C’est intéressant de suivre des personnages qui ne sont pas en bois... Ensuite, Erwan, ce garçon placide et réservé, va lui aussi changer. Il est le lien entre le petit monde et le nôtre, et à la mort de maître Cristo, il va se sentir responsable de cette Pauline qui a finalement bousculé le cours de sa cruciale mission. Le voir devenir un homme pressé dans les rues de Paris et angoissé par la situation représente une singulière évolution pour quelqu’un comme lui. Enfin, ce qui m’a aussi attiré dans cette histoire, c’est le petit monde. J’avoue que je ne savais pas très bien où on allait aller et jusqu’où on allait aller. C’était très motivant de partir vers cet inconnu-là.

N’a-t-il pas été trop difficile de pénétrer un univers créé par un autre auteur ?

Djian : Pas vraiment. J’ai bien étudié les idées de Régis et j’ai essayé de comprendre ses motivations. J’ai commencé à faire le découpage de la moitié du premier tome. J’ai soumis ce travail à Régis et nous avons fait ensemble quelques ajustements.

Comment se déroule l’écriture à quatre mains ?

Loisel : Comme je le disais, on se retrouve et on se raconte l'histoire de l'album. On note, rature ,on fait une partie de ping-pong, on découpe au fur et à mesure, avec description de l'image et les dialogues. Rien de plus qu'un scénario classique de BD. C'est Jean-Blaise, pendant nos séances, qui retranscrit fidèlement de sa main ce que l'on a défini page par page. Ensuite, il repart chez lui pour taper ça au propre pour l'envoyer à notre dessinateur préféré. Très vite nous recevons les commentaires de Vincent et s'il y a lieu, on remanie certains points en fonction de ses remarques qui sont souvent judicieuses. Djian : Dans la joie et la bonne humeur. Nous nous retrouvons de temps en temps pour une certaine durée, en France ou au Québec et nous partons dans l’idée que nous allons passer de bons moments. Chaque matin, nous nous mettons face à face à une table, avec les tomes précédents prêts à bondir sur nous au moindre oubli de ce qui s’est passé. Nous reprenons à la suite du dernier tome paru et nous nous lançons des idées à la figure. Des idées qu’on garde ou pas. Nous mettons en place chaque image et chaque dialogue à la suite du précédent et on avance comme ça séquence après séquence. Il est arrivé deux ou trois fois que Vincent soit avec nous et que nous travaillions ensemble. Dans ce cas, Vincent participe à l’élaboration du découpage avec nous. Du fait que nous savons exactement ce que sera la fin de l’histoire, nous avançons continuellement avec un garde-fou. Ça facilite bien le travail.

L’évolution des personnages entre le premier et le quatrième tome est flagrante : Pauline s’assagit tandis qu’Erwan est contraint de prendre les choses en mains…

Loisel : En ce qui me concerne, dans une histoire, c'est l'aspect psychologique qui m'intéresse. Nos personnages sont comme tout le monde, ils ont des qualités, des fragilités, des faiblesses, des doutes et des contradictions. Ils évoluent, réagissent, se révèlent, se transforment et changent même de coupe de cheveux en fonction de l'histoire. Djian : Oui, c’est ce que je disais plus haut. Dès le départ, cette évolution des personnages est l’un des éléments qui m’a le plus plu. Dans certains albums, les personnages ne bougent jamais de leur case psychologique ou comportementale, et c’est très bien comme ça car c’est agréable de retrouver les personnages qu’on aime tels qu’on les aime. Il se trouve que ceux du Grand Mort n’ont pas été conçus comme ça. C’est souvent leur caractère ou leurs humeurs qui font rebondir l’histoire. En fait, ils ne sont pas des héros, juste des humains affrontant des situations particulières.

L’évolution psychologique des personnages passe également par des ajustements d’ordre esthétique. Par exemple, les deux couettes de Pauline dans le premier tome ont été remplacées par une coupe plus « adulte »…

Djian : Oui, alors ça, ça peut être vu de plusieurs manières. Au moment où on retrouve Pauline, dans la foule, à la télévision, elle a disparu de la circulation et, en quelque sorte, elle se cache. Mais bien sûr, interpréter son changement physique comme l’évolution d’une jeune femme à couettes qui est devenue femme et mère est tout aussi logique.

Même si de nombreuses questions restent encore en suspens, ce quatrième tome apporte quelques éléments de réponse quant au dénouement du triangle amoureux…

Loisel : Effectivement, il y a un trouble amoureux entre les deux filles et Erwan...Et c'est pas fini! C'est des situations normales liées à la jalousie que l'on retrouve dans la vie...I ls SONT, tout simplement. En fait, rien de bien original Djian : Oui, c’est sûr. On entre dans le domaine des doutes, des suspicions, des jalousies, des ruptures, des réconciliations etc. C’est une nouvelle forme d’évolution des personnages. Les relations entre eux sont en évolution permanente.

Un Petit Monde qui vit en osmose avec la nature face à un monde réel qui se dégrade au gré des pollutions et des conflits sociaux… Peut-on qualifier Le Grand Mort de bande dessinée militante ou écologiste ?

Loisel : Militante, écologique... Oui en quelque sorte, que l'on veuille ou pas, on est tous plus ou moins concerné par ce problème. C'est certain, que si on ne réagit pas maintenant, nous irons vers l'irrémédiable, le chaos. Ne laissons pas nos dirigeants et l'économie de la mondialisation nous dicter notre destin... Il nous reste plus qu'à éduquer nos enfants, et les générations futures à avoir un comportement conscient face à ce grave problème. Mais l'ignorance du plus grand nombre et le profit de nos multinationales ne me rend pas optimiste à ce sujet. C'est pas notre planète qui est menacée, depuis sa création elle en a vu d'autres, c'est l'humanité toute entière qui risque d'en subir les conséquences. L'Homme actuellement n'est rien d'autre qu'un petit parasite terrien qui lui démange la couane... Au bout d'un moment, la terre, le temps venu, quand elle en aura assez, saura s'en débarrasser... C'est en fait ce qui se pointe dans Le Grand Mort... Ça commence à la gratter! Djian : Personnellement, je suis content qu’on aborde ces thèmes car j’y suis sensible. Maintenant, utilise-t-on la déchéance progressive de notre planète comme contexte à notre histoire ou pour faire passer des messages, je ne sais pas. Je n’aimerais pas non plus qu’on présente la situation écologique comme une fatalité inéluctable.

Vincent, comment avez-vous été « recruté » par les deux scénaristes ?

Mallié : Je finissais ma troisième série et sortais d’univers SF, Les Aquanautes, avec Joël Parnotte où nous mélangions dessin et scénario dans un univers très sombre, ainsi que L’Arche en collaboration avec Jérôme Felix, où là nous étions dans une histoire sur l’adolescence. Je cherchais de nouvelles pistes artistiques à explorer et la lecture du scénario du Grand Mort m’a tout de suite intrigué (la nature, l’univers contemporain, la pointe de fantasy, la tonalité proche du conte moderne). J’ai contacté Régis et Jean Blaise, et le courant est tellement bien passé entre nous que nous avons monté le dossier et hop, c’était parti !

Comment aborder un projet initié par Régis Loisel et surtout, comment imposer sa propre patte graphique, sans être tenté d’imiter l’un des maîtres du genre ?

Mallié : Régis est quelqu’un d’extrêmement bienveillant. Il n’a pas été là pour me brider ou me formater mais au contraire pour me pousser dans de nouvelles pistes et me sortir les tripes sur chaque dessin et sur chaque cadrage. Je ne renie pas une certaine influence mais bon, je pense qu’il y a pire et j’essaye de me soigner ! (sourire)

Régis, comment êtes-vous intervenu dans la conception graphique de la série ? Quels ont été les conseils donnés à Vincent ?

Loisel : Vincent est un dessinateur talentueux réceptif et intelligent. C'est un très bon metteur en scène qui a le sens du rythme et de l'équilibre,tout pour me plaire ! Donc pour répondre à votre question, je n'interviens pas proprement dit sur son travail. Je porte plus un regard critique sur ses planches pour lui signifier une faiblesse graphique, ou un manque d'efficacité sur un plan, un point de vue mais c'est tout. Quand l'album est terminé, on s'arrange pour se retrouver tous les deux afin de repasser au peigne fin tout ce qui pourrait être amélioré graphiquement... une tête mal foutue, un geste, l'intention d'un regard...etc ... Alors on rustine, on corrige, réajuste, passe au blanc, il améliore autant ce faire que peut ces petites faiblesses. Il a l'intelligence d'écouter ce que je lui propose, je n'impose rien, il n'y a pas de problème d'ego entre nous. Il sait que si je pinaille sur certains aspects de son dessin c'est pour le bien de l'album. Je le pousse à aller plus loin dans ses exigences... On est toujours très content quand l'album sort d'avoir retouché toutes les images qui nous semblaient un peu plus faiblardes.

En combien de tomes la série est-elle prévue ? Ce nombre était-il prévu dès le départ ?

Loisel : Cela dépend de Vincent ....On en a prévu six. Djian : Prévu dès le départ ? Je dois avouer que je ne m’en rappelle plus.

Pouvez-vous nous parler de vos prochains projets ?

Djian : Les Derniers Argonautes que je coscénarise avec Olivier Legrand, Le destin des Algo-Bérang ainsi que le quatrième tome des Quatre de Baker street viennent tout juste de sortir. Je prépare un polar noir situé sur le port du Havre aux éditions Vagabondages. Il se présentera sous forme de roman graphique de 120 pages. Le tome 2 du Service un thriller politique sortira aux éditions Emmanuel Proust en janvier… Mallié : La promo du Grand Mort, rencontrer les lecteurs, et finaliser mon deuxième petit livre auto édité !

Propos recueillis par L. Gianati