Cher lecteur de BDGest

Vous utilisez « Adblock » ou un autre logiciel qui bloque les zones publicitaires. Ces emplacements publicitaires sont une source de revenus indispensable à l'activité de notre site.

Depuis la création des site bdgest.com et bedetheque.com, nous nous sommes fait une règle de refuser tous les formats publicitaires dits "intrusifs". Notre conviction est qu'une publicité de qualité et bien intégrée dans le design du site sera beaucoup mieux perçue par nos visiteurs.

Pour continuer à apprécier notre contenu tout en gardant une bonne expérience de lecture, nous vous proposons soit :


  • de validez dans votre logiciel Adblock votre acceptation de la visibilité des publicités sur nos sites.
    Depuis la barre des modules vous pouvez désactiver AdBlock pour les domaine "bdgest.com" et "bedetheque.com".

  • d'acquérir une licence BDGest.
    En plus de vous permettre l'accès au logiciel BDGest\' Online pour gérer votre collection de bande dessinées, cette licence vous permet de naviguer sur le site sans aucune publicité.


Merci pour votre compréhension et soutien,
L'équipe BDGest
Titre Fenetre
Contenu Fenetre
Connexion
  • Se souvenir de moi
J'ai oublié mon mot de passe

Les Brigades du Temps

07/03/2012 20 planches

Et si Christophe Colomb était mort en 1492, au moment de découvrir le Nouveau Monde, que serait devenue l’espèce humaine ? Une civilisation flamboyante ou, au contraire, en pleine déchéance et amenée à disparaître ? Voilà le genre de problèmes épineux que doit résoudre l’agence Ukronia, chargée de réparer les déviances historiques causées par des petits malins, plus connus sous le nom de « manipulateurs ». Pour ce faire, elle emploie des agents, très spéciaux, envoyés sur place et à la bonne époque, pour tenter de colmater les brèches. Kallaghan et Montcalm sont les héros d’une nouvelle série, signée Kris et Duhamel, dont le premier tome est disponible aux Éditions Dupuis. Placées clairement sous le signe de l’humour, les aventures des Brigades du Temps démarrent sur les chapeaux de roue, dans un registre où l’on n’attendait pas forcément les deux auteurs. L’occasion était belle de leur consacrer un coup de projecteur.





Pour avoir abandonné le titre initial de la série, U.K.R.O.N.I.A. ?

Kris : J'avais eu le temps de m'y habituer à ce titre, puisque le projet a été signé à l'origine dès... 2005 (oui, il a connu moult vicissitudes, rachat de Dupuis, changement d'éditeurs et de dessinateurs, etc.). Je trouvais également important d'utiliser le mot "Uchronie", ou un de ses dérivés, pour bien indiquer précisément de quoi il s'agissait : non pas du steampunk ou un monde vaguement dérivé de notre histoire mais bel et bien imaginer des aventures au sein d'une histoire qui dérive "logiquement" à partir d'un point précis. Exemple dans le T1 donc : Colomb meurt en débarquant en Amérique. Que se passe t-il si ce continent n'est pas découvert par les Européens dès 1492 ? Sauf que... Entre 2005 et aujourd'hui, plusieurs séries ont été éditées utilisant ce même vocable. Uchronia (un seul tome chez Bamboo, je crois, et qui n'est pas une uchronie en l'occurrence mais bon), "Uchronie(s)" de Corbeyran, etc. Fred Duval a d'ailleurs lui aussi choisi pour sa série "Le Jour J" de s'éloigner du vocabulaire purement uchronique et ce n'est sûrement pas un hasard. Cerise sur le gâteau empoisonné, on s'est rendu compte qu'un jeu vidéo s'appelant "Ukronia" avait également existé et pouvait nous embêter pour tout ce qui était nom de domaine internet ou autre. Bref, il fallait changer. Et là, on a tout essayé en vain, en sachant que nombre de titres étaient déjà pris, notamment à connotation "militaire" (La patrouille du temps par exemple que je n'ai toujours pas lu, honte sur moi). Or je voulais, si possible, inclure cette notion militaire car il s'agit bien d'une guerre du temps entre mes agents ukroniens et des "Manipulateurs" (nommés ainsi pour le moment, faute d'en savoir plus sur leur origine et leurs objectifs exacts). C'est même une lutte à mort, une dérivation historique trop importante risquant de faire disparaître la civilisation future à laquelle appartiennent nos héros-agents. On peut rapprocher ça de l'atmosphère propre à Battlestar Galactica par exemple où, là aussi, nous avons un vaisseau-monde, dernier espoir de l'Humanité en proie à une lutte implacable pour sa survie. Je rappelle juste quand même que j'ai bâti tout cet univers entre 2003 et 2005, date à laquelle je ne connaissais pas du tout cette série TV, évidemment. Mais pour l'avoir vu depuis, je retrouve nombre de choses que je rêve de mettre en place, notamment toute la vie quotidienne à bord de l'Agence Ukronia, faite aussi d'amours, d'amitiés, de rancœurs, de jalousies mais aussi de luttes internes pour le pouvoir politique, etc. Tout ça sera développé en filigrane, par petites touches, épisodes après épisodes. Bref, on avait fini par s'arrêter, pour la parution dans Spirou, sur "Agence Temporelle U.K.R.O.N.I.A.", faute de mieux. Mais, chez Dupuis, on persistait à se dire qu'il y avait risque de confusion avec d'autres titres. Et, brusquement, un membre de l'équipe éditoriale a eu cette idée de "Brigades du Temps" que nous étions persuadés d'avoir déjà testé... Et finalement non. Et, on s'est dit que là, ça le faisait très bien aussi : hommage à celles du Tigre, connotation militaire que je recherchais, titre jamais utilisé, etc... Ceci dit, on va garder le logo de l'Agence Ukronia, qui devrait être présent en 4è de couv' et surtout au sein des récits puisque l'Agence dont font partie nos héros, garde ce nom. Enfin, c'est un titre aisément et immédiatement compréhensible par le grand public, au contraire d'Ukronia ou uchronie, connus plutôt d'une minorité fan de SF (faites un sondage rapide autour de vous et vous verrez). Dont acte et choix des "Brigades du Temps". Pour "1492, à l’Ouest, rien de nouveau", il y a le clin d’œil au roman bien sûr mais surtout, c'est un titre à double-tranchant : oui, vu que Colomb n'a pas ramené la nouvelle de sa découverte, il n'y a toujours "Rien de nouveau à l'Ouest". Sauf que ce simple fait suffit justement à être un truc énormément "nouveau à l'Ouest"... Donc, perso, ce titre est là depuis le départ, soit 2005, et je n'en aurais changé pour rien au monde !

Quel est l'esprit de la série ?

Kris : Mi-parodique et truffé de références historiques (militaires, culturelles ou autre) et, dans le même temps, tourné vers l'aventure avec une autre façon de découvrir l'Histoire. Là aussi, il faut mettre le titre en rapport avec la couverture, tout de même très dynamique et montrant des navires voguant toutes voiles déployées vers la découverte de quelque chose, alors même qu'on affirme qu'il n'y a rien de nouveau… Enfin, chaque aventure sera en diptyque : le premier tome de chaque récit mettra systématiquement en scène le moment où l'Histoire dérive, le développement de son background/contexte, les enjeux de cette dérivation, etc. Le tout assaisonné de la vie quotidienne au sein de l'Agence. Et le 2è tome sera lui plutôt consacré aux conséquences de cette dérivation (exemple pour le premier récit : les Aztèques ont découverts la navigation à voile, que vont-ils en faire ?...) et la course contre la montre de nos héros/agents pour ramener l'Histoire dans le "droit chemin" avant qu'il ne soit trop tard...

De "La patrouille du temps" de Poul Anderson à "La fin de l'éternité" d'Isaac Asimov, les sources d'inspiration n'ont pas dû manquer...

Kris : Je n'avais donc pas encore lu "La patrouille du temps" dont je connaissais l'existence quand même, évidemment. Asimov, j'ai assez peu lu et pas celui-là mais je note aussi ! En fait, professionnellement, je travaille aux Brigades depuis un bon moment déjà (au moins sept ans si je compte bien et que mes souvenirs sont corrects) mais j'y pensais déjà depuis très longtemps. Et, très vite, j'en avais une idée assez précise sur ce que je voulais en faire, notamment au sujet des "théories" relatives au temps et à l'Histoire que je voulais mettre en place. Dès lors, tant que je suis en plein dans cette phase de création, ça peut paraître étrange mais je refuse de lire tout ce que pourrait avoir écrit mes p'tits collègues sur le sujet. Tout simplement pour éviter de me faire "vampiriser" évidemment (et sur ce sujet, ce serait vite fait !). Je peux lire plein de publications scientifiques mais pas de littérature. Par exemple, depuis que j'ai commencé "Notre Mère la Guerre", je n'ai plus rien lu de Tardi sur le sujet, non seulement ses albums 1914, 1915, etc., mais je n'ai pas non plus relu "C'était la Guerre des Tranchées". Et dès que je vois un "Jour J" de l'ami Fred Duval, je fuis en courant ! (Enfin, là, j’avoue en avoir lu quand même, juste pour voir…) Pour en revenir aux autres œuvres uchroniques, j'en avais bien sûr, lu, vu dans ma tendre jeunesse (j'ai une vraie tendresse pour "Nimitz" par exemple et la machine à voyager dans le temps de l'émission Dimanche Martin... Que je n'ai pas non plus revu depuis !). Mais, parti dans le travail, je stoppe tout ça, me contente de mes vagues souvenirs et surtout de tout ce qu'ils ont fait naître et développé dans mon imaginaire. Et croyez-moi, dès lors que ma toute première histoire écrite à l'âge de six ans était déjà une histoire de machine à voyager dans le temps, j'ai eu le temps d'en accumuler des fantasmes temporels... Mais, là aussi, et tant pis si ça peut paraître étonnant, je n'ai pas été du tout un lecteur de romans jusqu'à l'âge de 25 ans en gros (je n'avais pas dû en lire plus de 10...). Et l'uchronie en BD était très rare, hormis donc des albums de Valérian ou quelques épisodes de telle ou telle série. Bref, j'ai des pans entiers à rattraper, même si, à travers le cas Valérian, finalement, j'ai aussi subi l'influence de Poul Anderson. Par contre, maintenant que mon univers est bien en place, je n'ai plus de raisons de me priver au contraire. Même si, en les lisant aujourd'hui, je peux y trouver des idées et les "repiquer", il faudra qu'elles s'insèrent dans le canevas très précis de ce que j'ai imaginé. Donc, soit j'aurais tout simplement suivi le même raisonnement que certains auteurs sans le savoir, soit il faudra que j'adapte tout de même pas mal leurs idées à ma sauce. Dans ce cadre, ça me dérange moins. Bref, tout ça pour dire que, dès que je trouve le temps, je vais aller lire ces romans avec gourmandise... Bruno : N’oublions pas « Retour vers le futur », qui reste un modèle du genre. Les deux premiers sont extrêmement drôles et bien foutus ! Kris derechef : Ha oui, c’est vrai ! Ça j’avais vu quand même… ;)

Kris, il parait que c'est l'un de tes premiers scénarios. Pourquoi avoir attendu si longtemps ?

Kris : Comme je l’ai dit, c’est un projet qui a connu énormément de vicissitudes. Et donc ce temps d’attente n’est pas réellement de mon fait. Je n’ai pas trop envie de refaire tout l’historique de ces problèmes mais, en résumé, cinq dessinateurs se sont échinés dessus avec des fortunes diverses, trois directeurs éditoriaux se sont succédés, Dupuis a également été racheté entretemps, moi-même je l’avais mis en veilleuse du coup durant dix-huit mois car j’étais trop pris par ailleurs, etc. Bon, au final, il n’en reste nulle animosité ou réelle frustration, ni de mon côté ni, je le crois, du côté des personnes qui ont accompagné le projet durant un temps avant de devoir l’abandonner. C’est juste que la création n’est pas un long fleuve tranquille, c’est comme ça. Et parfois, c’est même très agité ! Mais l’important, c’est que, au fond, j’y ai toujours cru, j’étais certain que cette histoire valait le coup et que j’arriverais à mener le projet à bien. Et qu’alors… On verrait bien ! La chance que j’ai eu, c’est que la plupart de mes récits ont demandé un temps de gestation relativement long (4 ans pour « Un homme est mort », 3 pour « Notre mère la Guerre », 4-5 ans également pour « Svoboda », etc.) et, au final, ce temps long de la création a toujours bénéficié au projet, notamment pour en trouver le dessinateur idéal. Bref, j’étais impatient au final mais pas inquiet. Et aujourd’hui, je suis d’autant plus heureux que j’ai attendu si longtemps !

Comment l'expérience acquise depuis t'as amené à modifier (ou non) l'histoire, le découpage etc.

Kris : Si « l’expérience » m’a appris une chose, c’est bien que, si le dessinateur ne croît pas totalement à ton découpage, ça va réellement se ressentir au final car c’est lui qui est au bout du crayon ! Donc, ça ne sert à rien de vouloir le faire rentrer au forceps dans une vision écrite et totalement déterminée à l’avance, sans aucune possibilité d’évolution/d’adaptation à son dessin. Je crois fermement qu’il existe toujours un certain nombre de voies différentes pour raconter la même chose. Mais qu’il est beaucoup plus difficile pour le dessinateur d’adapter son dessin ou de changer de style. Bref, je ne découpe jamais sans savoir pour qui je découpe. Enfin, dans le cas des Brigades, Bruno possède un dessin où je peux réellement développer l’aspect humoristique des situations et des personnages, ce qui était moins le cas avec les autres auteurs avec qui j’ai travaillé précédemment. Donc, si la base était à peu près la même au départ, j’ai en grande partie réécrit pour Bruno les découpages déjà réalisés auparavant. Et puis, à partir de là, Bruno a aussi une liberté de « traduction » évidemment et le vrai travail final se fait conjointement, à l’étape du storyboard. Bruno : Ça, c’est l’inconvénient de tomber sur un dessinateur qui change tout le découpage, ajoute des dialogues, et donne son avis sur tout. Mais Kris est très patient, et fait preuve de beaucoup d'ouverture d'esprit avec moi. Bon, en même temps, vu les cases qu’il me demande de dessiner, il est obligé d’être un peu gentil avec moi :)

Lequel de vous deux s'est occupé de la documentation ?

Bruno : Les deux. Kris me fournit la documentation qu’il glane durant ses recherches pour l’écriture, et je complète avec les bibliothèques, les musées et Internet. Le Musée de la Marine de Lisbonne m’a bien aidé, grâce à une très belle collection de maquettes. J’ai aussi regardé le « 1492 » de Ridley Scott, mais là, manque de bol, La scène de l'université de Salamanque commence sur un gros plan d'une façade qui date du 16ème siècle et fini dans une cathédrale gothique du 17ème. J’en ai déduit qu’ « Alien » était bien mieux documenté et je me suis reporté sur des gravures de l’époque. Sachant que bon, les caravelles de Colomb, il en existe des dizaines de représentations différentes, des reconstitutions qui n'ont rien en commun les unes des autres, donc pour certains détails, l'imagination est reine. De même que les portraits de Colomb et des autres membres de l'équipage sont, la plupart du temps, largement fantasmés, de même qu'une partie de leurs biographies respectives. Les historiens ayant du mal à se mettre d'accord, ça nous laisse une bonne marge de manœuvre.

Bruno, en parlant de documentation, est ce que la perspective de changer d'époque à chaque épisode ne t'as pas effrayé avant d'accepter la série ?

Bruno : Au contraire ! C’est sans doute ce qui m’a le plus attiré dans ce projet. L’idée de réaliser des dizaines d’albums d’une même série, avec toujours le même univers, me fait peur. Le fait de changer d’époque tous les deux albums est un vrai bonheur, quand bien même cela demande des heures de recherche en plus, parce que je vais pouvoir apprendre plein de trucs, et ne pas dessiner tout le temps les mêmes ambiances, les mêmes vêtements, etc… Je vais à la fois avoir les avantages d’une longue (très longue même, j’espère !) série, et pouvoir maîtriser petit à petit mes personnages, les faire évoluer, et en perfectionner le dessin, mais aussi introduire des tas de personnages secondaires, changer les costumes, dessiner des voitures, des avions, des fusées, ou des chiens de traîneau, des buildings ou des pyramides. Kris et moi, on va pouvoir passer du Western à la conquête spatiale, de l'antiquité aux samouraïs, c'est quand même top ! Bon, vu le boulot que cela représente, je vais sans doute vieillir vite, mais je vais pouvoir rester jeune, grâce à la curiosité que cela demande ! Kris : Vous imaginez le bonheur pour un scénariste comme moi ? J’aime aussi toute l’Histoire, toutes les périodes peuvent être fascinantes à fouiller et (d)écrire et la SF me fait rêver. Mais trouver un co-auteur au diapason, surtout graphiquement, c’était une autre paire de manches. Sincèrement, il n’y en a pas des wagons. Du coup, penser aux prochains récits possibles est un bonheur sans nom parce qu’il n’y a aucun frein, aucune impossibilité.

A moins que ce ne soit enfin l'occasion pour Bruno de s'échapper du 19e siècle... (sourire) (Kochka, Butch Cassidy, Le Père Goriot...)

Bruno : C'est pas faux. J’aime beaucoup le 19e siècle, je ne sais pas pourquoi, mais c’est une époque qui me plaît tant historiquement que graphiquement. Les lignes des vêtements, le mélange entre industrialisation et « rusticité ». Une vie antérieure mal digérée, sans doute… Bon, cela dit, avec « Harlem », j’ai dessiné New York dans les années 70, et avec « Je suis PAS petite !!! » la réalité quotidienne. Mais la référence à Kochka est amusante, puisque l’idée de Brémaud et moi, à l’époque, n’était pas si éloignée : Kochka était le nom du chat, et comme chacun sait, un chat a neuf vies. Nous avions donc l’intention de le réincarner à des époques différentes, tous les deux albums… Ce qui n’est sans doute pas étranger au fait que le projet de Kris m’ait plu !

Un couple d'agents 100 % masculin, voilà qui change des duos habituels de SF (Valérian, Orbital...). N'avez-vous pas été tenté d'introduire un personnage féminin ?

Bruno : Il y a une femme. Il y a toujours une femme. Rien de tel qu’une petite relation triangulaire pour mettre un peu d’animation. Les rythmes ternaires, c’est plus jazzy. Et puis il faut bien fournir à Daggy et à Stuart des raisons de se coller des baffes. Kris : Voilà. Il faut toujours chercher la femme… En réalité, même si nous resterons sur ce côté duo de héros, le personnage de l’agent Joé, qui apparaît à la toute fin du T1, sera bel et bien un personnage récurrent. Elle sera un peu notre Seccotine en plus présente, notre ‘Moiselle Jeanne en moins étourdie, notre Laureline en aussi jolie et de mauvais caractère, bref, celle dont on tombe éternellement amoureux. Mais cela ira aussi au-delà, comme on le découvrira petit à petit : elle sera aussi notre conscience face à l’Histoire, celle qui mettra parfois nos personnages, et au-delà nos constructions mentales en général, face à nos contradictions et nos responsabilités. La « découverte » de l’Amérique n’est découverte que du point de vue des Européens. Et, si elle marque le début de la domination européenne et capitaliste sur le monde, elle est tout autant le signal de lancement d’un véritable génocide vis-à-vis des populations amérindiennes et d’une accélération de l’exploitation de l’Homme par l’Homme avec le développement de l’esclavage. En ce sens, le fait que Joé soit métisse n’est évidemment pas neutre… Et pour chaque période visitée, cela peut être le cas. Parmi tous les scénarios déjà esquissés, il en est un qui se déroule durant la 1ère guerre mondiale et qui s’intitule « Il faut sauver le soldat Hitler »*. Je vous laisse imaginer ce qui pourrait se cacher sous un tel titre et les implications que ça engendrerait… Je ne sais d’ailleurs pas si on le fera et, en tout cas, pas tout de suite. Mais un jour ou l’autre, il faudra avoir le courage d’aller aussi sur ce genre de terrains « glissants ». Car raconter l’Histoire, ce n’est pas juste énumérer un ensemble de faits gravés dans le marbre. C’est avant tout se poser des questions sur les faits et gestes de l’Humanité, échafauder des hypothèses, tenter des réponses… Et s’avouer parfois encore plus ignorant qu’avant… * : pour ceux qui l’ignorerait, Hitler est un combattant volontaire de la Guerre des Tranchées, où il combat durant quatre années, est gravement blessé deux fois et est décoré de la Croix de Fer, sur recommandation d’un officier juif…

Tirer les ficelles de l'Histoire, est-ce un rêve de gamin ?

Kris : Totalement. J’ai écrit mon premier scénario à l’âge de six ans et c’était déjà une histoire de voyage dans le temps (j’emmenais Tif et Tondu à la Préhistoire suite à la découverte d’une étrange machine…). Ensuite, toujours gamin, j’adorais jouer aux petits soldats en mélangeant les époques. Je faisais des sortes de championnats, avec tirage au sort des batailles : « Alors, en ¼ de finale, les Gaulois vont rencontrer les paras allemands de la 2è guerre mondiale. Les Grognards de la Garde Impériale vont se battre contre les samouraïs et puis, … ». Oui, j’étais déjà un grand malade… Ensuite, cette passion pour l’Histoire ne s’est jamais tarie et je l’ai exercé sous toutes ses formes, depuis le wargame jusqu’aux études de fac d’histoire, en passant par la découverte de mon histoire familiale (très marquée par le 2nde guerre où mes aïeux ont participé à peu près à tous les événements marquants…) et donc, aujourd’hui… L’écriture de scénarios historiques ! Bruno : Absolument pas. Gamin, je n’avais qu’un seul souci : que le gentil gagne. Et accessoirement, que la gentille tombe amoureuse de lui. Ça a marché toute l’époque des Playmobil, et toute celle des figurines Star War. Tirer les ficelles de l’histoire m’est venu bien plus tard. Quand j’ai vu que la plupart du temps, c’était le méchant qui gagnait : il fallait trouver une ruse. Mais bon, je n’ai jamais été très doué… Par contre, voyager dans le temps, bien sûr. Mais pas pour changer les choses, je n'ai aucune envie de redresser quoi que ce soit, je suis bien trop perplexe vis-à-vis de ce qui est bon et de ce qui est mauvais dans l'histoire. Par contre, pour m'asseoir à la terrasse d'une taverne, particulièrement au Moyen Âge, et observer les gens, retrouver les ambiances lumineuses d'avant l'éclairage public, la présence des animaux au cœur de la vie des hommes, ça oui.

Comment choisissez-vous les "dérivations historiques" ?

Kris : il y a évidemment une infinité de récits possibles. Mais, pour démarrer la série, il nous fallait un évènement, un personnage, une période immédiatement maîtrisé par le plus large public possible. Tout simplement car nous avions déjà à amener tout l’univers des « Brigades du temps ». Donc, même en deux tomes, pas la place pour, en plus, avoir une présentation d’un contexte méconnu. Ensuite, il fallait que la dérivation présentée soit suffisamment spectaculaire pour comprendre également immédiatement les implications énormes que cela aurait sur l’histoire. Enfin, il fallait un sujet propice à l’aventure et au dépaysement. Pour toutes ces raisons, Colomb s’est très vite imposé. Ces critères seront les mêmes pour les deux, trois premiers récits avec une autre contrainte toutefois : varier les plaisirs donc les contextes. Du coup, pour la suite, nous n’irons pas au Moyen Age, trop proche de ce premier diptyque, ni dans l’Antiquité, dont les Aztèques sont également « esthétiquement » voisins. Enfin, il s’agit de trouver la dérivation provoquant les implications les plus intéressantes… Et le maximum de plaisir scénaristique et graphique ! Bruno : Voilà. Je poursuis Kris avec mes envies de dessiner tel ou tel truc, je le bombarde de mails, et s’il résiste, je vais plomber son mur sur un réseau social bien connu. En général, au bout d’un moment, il craque.

Avez-vous une idée précise du nombre de diptyques prévus ?

Kris : Ha ben oui, oui, bien sûr, Ha ! Ha ! Ha ! Vous croyez vraiment qu’on s’embarque dans une telle aventure sans savoir précisément où l’on va ?! Mais, mon pauvre ami, engagez-vous dans les Brigades du Temps et vous comprendrez ! Z’avez entendu ça, les gars ? Il nous demande si on sait ce qu’on fait ?! Ha ! Ha ! Ha, ces journalistes… Tiens, ça me rappelle Saïgon, année 19-69, une dérivation B-12, là oui, on a pu se demander un temps si l’état-major savait ce qu’il faisait ! Mais alors même que tout semblait perdu, brusquement, dans un éclair aveuglant, des dizaines de milliers de… Bruno : … Au moins. Kris : Voilà. Et là, bing. Tout était clair.

Propos recueillis par Laurent Gianati