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Toute la bande dessinée

Le désert d'épaves

13/11/2007 32 planches



En cette fin d'année, Alfred propose deux albums très différent : Paroles de sans-papiers, un collectif dont il est à l'origine avec david Chauvel et le 2ème tome du Désespoir du singe réalisé avec Jean-Philippe Peyraud. Retour avec l'auteur sur ces deux albums mais aussi sur ses collaborations passées, ses projets à venir mais aussi sur une de ses activités annexes à la bande dessinée, le théâtre. Sans oublier une partie Expo avec quelques documents inédits, croquis, recherches et, une fois n'est pas coutume, des photos d'un spectacle qu'il donne sur scène avec Olivier Ka. Une façon de saluer les créateurs de Pourquoi j'ai tué Pierre, prix du Jury BDGest 2006. Avant de retrouver Alfred prochainement sur le site, mais patience, c'est une autre histoire...

En cette fin d'année, Alfred propose deux albums très différent : Paroles de sans-papiers, un collectif dont il est à l'origine avec david Chauvel et le 2ème tome du Désespoir du singe réalisé avec Jean-Philippe Peyraud. Retour avec l'auteur sur ces deux albums mais aussi sur ses collaborations passées, ses projets à venir mais aussi sur une de ses activités annexes à la bande dessinée, le théâtre. Sans oublier une partie Expo avec quelques documents inédits, croquis, recherches et, une fois n'est pas coutume, des photos d'un spectacle qu'il donne sur scène avec Olivier Ka. Une façon de saluer les créateurs de Pourquoi j'ai tué Pierre, prix du Jury BDGest 2006. Avant de retrouver Alfred prochainement sur le site, mais patience, c'est une autre histoire...

Commençons de manière abrupte : on pouvait avoir de vous l'image d'un auteur poète, prédisposé à raconter des histoires qui jouaient sur l'absurde, qui s'était fait une spécialité de s'adresser à un jeune public. Pourtant vous venez de nous asséner quatre coups de poings successifs (1) Une page est-elle tournée ou est-ce un concours de circonstances, une succession de projets à un moment donné qui donnent cette impression ?  
 
Les projets et les livres viennent quand on les ressent. A aucun moment je ne me pose de question autre que "ai-je envie de le faire?" quand je démarre un livre. J'ai toujours aimé faire des livres très différents les uns des autres. J'aime ne pas savoir où le prochain bouquin m'embarquera. C'est pour cette raison que nous avons fait Octave avec David Chauvel, par exemple. Avant qu'il ne me le propose, je n'avais jamais envisagé un instant faire de la jeunesse.  
 
Si mes derniers ouvrages sont à la fois plus durs et "sombres",  ce n'est ni calculé, ni prévu à l'avance.
Sans doute suis-je dans une période de ma vie qui me pousse à creuser plus en moi et à me mettre plus « à poil ». Cela passe par le fait d'exprimer des colères, des tensions... Il m'a fallu quelques années avant d'assumer de me montrer plus au travers de mes livres. Chez moi ce n'était pas évident tout de suite.

Vous n’avez plus d’albums destinés aux plus jeunes dans les cartons ?  
 
Si, il y aura très certainement des choses. Du moins des envies sont là, entre autres avec mon compère Henri Meunier. Mais rien de précis n'est encore enclenché pour le moment.
 
Avant Paroles de sans-papiers, vous avez participé à Paroles de tox, publié il y a à peu près un an, qui exposait des témoignages de toxicomanes et d'alcooliques, démontrant par l'exemple que leur sort était souvent sans issue. Pourquoi j'ai tué Pierre abordait le tabou des enfants qui sont abusés par des adultes. Lors d'une scène, le tome 2 du Désespoir du singe pointe du doigt les conséquences d'une action irraisonnée de l'homme sur son environnement ? Vous avez décidé de secouer les lecteurs apathiques et de leur faire la leçon ? (rires)  
 
Ne supportant pas qu'on me fasse la leçon, je ne viendrais pas me permettre de la faire à mon tour !
Je me contente de raconter des histoires sur des sujets qui me touchent et dans lesquels je me retrouve.
Etant d'un tempérament plutôt " bouillonnant",  cela se ressent fatalement dans mes choix.
Mais rien n'est organisé ou calculé à l'avance. Je ne me dis pas " tiens, je vais faire un album dur avant de refaire un petit truc léger." Je fais les choses comme elles me semblent cohérentes au moment où elles se présentent à moi.
 
Il y a aussi mes rapports avec les scénaristes qui partagent ces projets avec moi. Nous sommes très proches et nous connaissons de mieux en mieux avec les années qui passent. L'envie de faire des choses plus " ambitieuses" ensemble est inévitable. Que ce soit avec olivier Ka, David Chauvel ou Jean-Philippe Peyraud, nous somme très liés, et avons envie de travailler sur des albums qui nous ressemblent.

A propos du collectif Paroles de SP que vous avez dirigé avec David Chauvel : pouvez-vous nous raconter la genèse de ce projet ?  
Il suffit d'écouter les infos pour trouver des dizaines de bonnes raisons de faire un tel album.  
Cet album part d'une colère lorsqu'il y a un peu plus d'un an, la police intervient aux abords des écoles pour interpeler des personnes sans papiers. David et moi nous sentons agressés et insultés par cet acte et ces dérives. Très vite le besoin de le dire  se fait sentir. Tout cela provoquait trop de questions chez nous.
Nous sommes auteurs de BD. La manière que nous avons de nous exprimer passe par la BD. Le projet commence comme ça et c'est Guy Delcourt qui nous propose d'ouvrir le champ du livre en permettant à d'autres auteurs de se joindre au projet.
 
Comment se fait le "recrutement" pour un tel album ?  
 
À l'instinct. Il y a avait ceux dont j'étais proche et que je savais concernés par ce sujet. Et ceux dont le travail me semblait évident sur un tel thème. Tous ont accepté spontanément.
Dans le cadre de l'exposition consacrée à l'album, vous avez déclaré qu'après avoir pris connaissance de la diversité des cas qu'on regroupait sous l'étiquette « Sans papier » que le sujet était extrêmement complexe. Est-ce une façon de prendre les devants et de dire que l'ambition de l'album est avant tout d'éveiller les consciences et peut-être pas de proposer des solutions ?  
 
Quand on démarre un livre, on ne sait pas  s'il fera bouger quoi que ce soit, ni qui le lira. Nous avons fait ce livre, d'abord, pour répondre à des questions que nous nous posions nous.
Ensuite, parce que nous voulions exprimer notre désaccord vis à vis de la politique sur l'immigration actuellement pratiquée en France.
Ce livre ne changera sans doute rien, ou ne convaincra que des convaincus. Malgré tout, je préfère savoir qu'un tel livre existe plutôt que pas du tout.
Enfin, avec cet album, nous voulons juste dire que nous ne cautionnons pas ce qui se passe. Ça peut paraître idiot, mais c'est important pour nous. C'est un livre citoyen.
   
La bande dessinée est-elle selon vous un vecteur efficace pour ce genre d'exercice ?  
 
Depuis un peu plus de dix ans, la bande dessinée permet d'aborder tous les sujets ! Elle a complètement sa place dans ce genre de débat. Pourquoi j'ai tué Pierre a été distingué à Angoulême où il a notamment reçu le prix du public et un « Essentiel ». Qu'est-ce que ce genre de distinction change dans la carrière d'un auteur ?
 
Il permet au livre d'être plus longtemps dans la tête des gens et dans les bacs des librairies. Et donc, de mieux se vendre. Ce qui a surtout changé c'est le fait que mon travail s'est trouvé plus identifié par la profession, suite à ce prix. Avec Olivier, nous avons fait ce livre pour nous, sans se soucier de qui le lirait, ni de ce que serait sa vie. L’accueil qu'il a finalement reçu et auquel nous ne nous attendions pas est quelque chose de très beau et fort pour nous.
 
Votre dernier album en solo, Café panique, date d'il y a déjà trois ans. Y a-t-il une formule que vous préférez ? Solo ? Duo ? Collectif ?
 
Je trouve des choses dans les deux formules. Je crois toutefois que je préfère travailler à deux, dans un contexte d'échanges permanent. C'est le cas quand je travaille avec David Chauvel, Jean-Philippe Peyraud ou encore Olivier Ka. J'aime travailler avec eux. Et j'aime surtout ne pas avoir la même manière de fonctionner avec l'un ou l'autre. Ils m'apportent tous des choses différentes qui se complètent entre elles.
 
Le tome 2 du Désespoir du singe est très sombre. Alors que le tome 1 laissait encore beaucoup de place au romantisme et à la comédie sentimentale, ce 2ème tome voit se succéder les atrocités (exécutions sommaires, viol, fugitifs exploités par des passeurs etc.). L'introduction de cette violence parfois aveugle était-elle prévue dès l'origine ? Si l'on parle d'amour aveugle (les sentiments qui ne sont pas toujours partagés) sur fond de violence aveugle, qu'en pensez-vous ?  
 
Toute la trame de l'histoire est écrite depuis le début. Nous savons où nous allons et Jean-Philippe a toute la matière des quatre tomes. Dans ce tome 2, nous partons effectivement dans des ambiances plus sombres et dures.
La guerre civile vient d'éclater, c'est le bordel dans tout le pays, les personnages tentent de fuir à l'aide d'un passeur, dans des conditions pénibles... Bref, nous entrons de plain-pied dans l'histoire.  
Mais dès le départ, nous avions prévu avec Jean-Philippe que chaque tome aurait une "teinte" différente. Le tome 3 par exemple sera très tourné sur l'aventure....
Parler d'un amour fou dans un monde de fou nous amusait au départ. Cela permettait d'exagérer tous les sentiments, de l'amour à la violence.

 
Il y a dix ans, vous publiiez ensemble Anatole/Roue libre avec Jean-Philippe Peyraud au dessin et vous au scénario ; en 2001, pour Un colt qu'on en finisse ! les rôles sont inversés. La formule est reconduite pour le Désespoir du singe : alors, finalement, lequel des deux a gagné ? (rires)  
 
Plus précisément, dans ce petit livre, nous écrivions et dessinions tout les deux. Mais c'est Jean-Philippe, avec qui nous nous connaissons depuis plus de 12 ans (nous démarrions dans l'auto-prod à l'époque), qui a un jour proposé d'écrire une histoire pour moi. Dans le même temps, nous devenions très amis et l'évidence de faire quelque chose ensemble était là.
Il avait des envies d'écriture sur des choses qu'il ne se voyait pas nécessairement dessiner. Après avoir tâtonné pour savoir sur quoi nous voulions partir ensemble (nous avions commencé un western avant de laisser tomber !), nous avons enclenché le Désespoir du singe. Durant un an, nous nous sommes contentés d'en parler ensemble avant de commencer à poser la trame de l'histoire.

Apporte-t-il des idées, des suggestions à propos du dessin ? A-t-il défini graphiquement certains personnages ou décors ?  

Nous discutons beaucoup. L'histoire a été rêvée à deux. Nous continuons à avancer ensemble sur ce projet. Il m'arrive de lui faire une suggestion sur une scène, il lui arrive de me proposer une piste graphique sur une autre. C'est très agréable.
Pour les personnages, il me donne parfois des noms de comédiens qu'il verrait bien dans le rôle. Ça me donne des pistes.
 
D'où vient le choix de la taille monumentale de la locomotive du convoi dans lequel voyage le colonel Komack et le style très différent retenu pour les personnages appartenant à chaque camp ?   L'histoire du Désespoir du singe n'est ni géographiquement ni historiquement située. Nous avions envie de pouvoir fantasmer des décors, des situations, des personnages.... Nous voulions pouvoir exagérer les miliciens au point d'en faire juste ces masses caricaturales d'un état répressif. Il en est de même sur la locomotive ou le désert d'épaves.
De plus, je ne suis pas un dessinateur réaliste. Je fonctionne de manière plus instinctive ou affective dans mon trait. Donner le sentiment d'une loco écrasante en la dessinant démesurément grande est une démarche qui m'intéresse.  
L'idée de faire de Komack un faux esthète féru de poésie et d'art moderne affublé d'une mère autoritaire auquel il n'ose pas répondre, alors qu'il est capable des pires horreurs, ne va-t-elle pas un peu loin dans la caricature ?  
 
En même temps, c'est cette exagération qui nous intéresse et nous amuse dans cette série. Il y a quelque chose de Grand-guignolesque avec ces personnages qui est excitant, comme poser des données très contradictoires entre eux, et les regarder évoluer avec ça. Votre style a beaucoup varié d'un album à l'autre par le passé. Avec les quatre albums cités depuis le début de cet entretien, on décèle une certaine stabilité du trait. Le ressentez-vous de cette façon ?  
 
J'aime faire des livres très différents les uns des autres. J'aime partir dans Octave pour la jeunesse et le livre suivant, faire Café Panique. Ce métier me permet ces grands écarts. Et mon tempérament en a besoin pour s'équilibrer.
Du coup, je n'hésite pas à faire bouger mon trait selon ce que je raconte. Ce qui compte pour moi étant que mon dessin colle le mieux possible à l'histoire, quitte à ce que d'un album à l'autre, je parte dans une direction opposée.
En revanche, j'ai beau faire tous ces écarts, je vois bien qu'après dix ans de boulot, il y a des repères dans mon travail qui commencent à se poser. Comme un vocabulaire graphique qui se met en place. C'est bien normal. Et c'est quelque chose dont j'ai besoin aujourd'hui: avoir quelques codes dans lesquels je me retrouve quoi que je fasse.  
Toutefois, je passe du temps à creuser des pistes qui ne servent pas directement aux livres, mais qui continuent à me nourrir la tête et la main. Avec Olivier Ka, vous préparez un spectacle intitulé "Crumble Club". Pouvez-vous nous en dire plus sur ce projet ?  

Olivier et moi venons du théâtre. Mes parents sont comédiens, il a été à la Ligue d'impro il y a 20 ans.
Quand nous nous sommes rencontrés il y a quelques années, notre amour pour le théâtre nous a rapprochés immédiatement. Puis nous sommes devenus très proches et le temps a passé....
Régulièrement nous parlions de théâtre et d'envie d'en faire, peut-être, un jour....
Et puis le moment est venu.
Il y a un an et demi environ, l'évidence que nous voulions être sur scène ensemble nous a poussés à écrire un duo : Le Crumble Club. Il s’agit d’un mélange de contes, de musiques, de chansons absurdes et grinçantes. C'est un univers très cabaret dans lequel nous interprétons deux personnages excentriques et décalés qui racontent au public tout un tas d'histoires. Nous jouons la pièce depuis quelques mois. Elle commence à tourner.
C’est quelque chose qui nous prend pas mal de temps, mais qui est devenu nécessaire à notre équilibre, compte tenu de notre métier d'auteur au final très solitaire.  
Se retrouver devant une salle pleine de gens attendant vos histoires est aussi terrifiant que dynamisant. Mais c'est une nourriture sans pareils pour les émotions. Nous nous sentons bien, ensemble, sur scène.  

 
Terminons en parlant d'avenir : la sortie du tome 3 du Désespoir du singe est-elle déjà programmée ? Avez-vous d'autres projets en cours ou sur vos tablettes dont vous pouvez nous parler ?
 
La date du tome 3 n'est pas encore prévue, je dois justement faire un point avec les éditons Delcourt sur les prochaines parutions. Toutefois, avant, je vais réaliser en collection Mirages l'adaptation du roman d'un ami (Guillaume Guéraud) " Je mourrai pas gibier". Son livre m'avait giflé à sa sortie et je suis très heureux de l'adapter.
Il y a aussi d'autres choses en cours, avec David Chauvel entre autres. Mais il est encore un peu tôt pour en parler.

(1) Paroles de tox (Futuropolis), Pourquoi j'ai tué Pierre, Paroles de sans papiers et Le désespoir du singe t2 (ces trois titres chez Delcourt).

Propos recueillis par Laurent Cirade