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Gentlemind 1. Gentlemind - Episode 1

07/09/2020 4411 visiteurs 8.0/10 (3 notes)

N ew York, début des années 1940, Navit hérite de Gentlemind, un magazine coquin en manque de lecteurs, dans lequel le milliardaire H.W. Powell faisait essentiellement la promotion des chanteuses et danseuses recrutées par ses salles de spectacles. La jeune dame, qui n’a aucune expérience dans le monde de l’édition, met tout en œuvre pour le transformer en une publication moderne à succès.

Les Espagnols Juan Diaz Canalès et Teresa Valero dépoussièrent le mythe du rêve américain. L’héroïne, juive orthodoxe en rupture avec sa communauté, n’a peur de rien ni personne. Elle rejette sa religion, vit sa sexualité comme elle l’entend et s’impose dans les affaires. Dans ce récit au contenu féministe, il est tout de même ironique de constater que, pour atteindre ses objectifs, elle s’appuie sur quatre hommes : un richissime industriel, un avocat portoricain, un mystérieux écrivain et son amoureux, Arch, illustrateur au chômage. En retour, telle une fée, elle fera ressortir le meilleur (la compassion, le talent) ou le pire (l’orgueil, la jalousie, la lâcheté) de chacun. Il est intéressant de noter que presque tous ne font que passer : l’un meurt, l’autre part en Europe et un troisième n'existe qu'à travers sa prose.

Le coup de pinceau d’Antonio Lapone se repère au premier coup d’œil. Un trait semi-caricatural aux accents rétro et des personnages tout en légèreté. Le dessin est toutefois moins rond que dans ses autres travaux ; les faciès, notamment celui de la protagoniste, sont souvent anguleux, cette dernière se montre d’ailleurs parfois plus vieille qu’elle ne le devrait. Cela dit, le charme désuet du travail de l’auteur de Greenwich Village et de La fleur dans l’atelier de Mondrian demeure intact. Aussi, l’artiste fait preuve d’une intéressante économie de couleurs alors que chacune des cases est largement dominée par une teinte. Le marron prévaut souvent, mais le bédéiste éclaircit généralement sa planche avec une ou quelques vignettes rouge, bleu ou verte. Enfin, les clins d’œil à la culture populaire sont omniprésents et il est agréable de scruter les décors pour découvrir des pastiches de publicités et de revues.

La démarche artistique d'Antonio Lapone rappelle celle de Woody Allen. Et pas seulement parce que la grosse pomme est leur muse. Tous deux ont le talent de raconter des histoires en apparence légères qui peuvent se révéler plus complexes qu'elles ne le semblent à première vue. Avec pour cadre l’Amérique de la Deuxième Guerre mondiale, alors que la propagande s’en donne à cœur joie, Gentlemind apparaît comme une vaste réflexion sur l’image et le temps. Il y a d’abord l’égérie au sommet de sa beauté qui, dessinée par son amant, paraît nue à la une de son périodique, puis les clichés d'une photographe, Maggie, qui gardent la trace des événements, un romancier comparant un amour naissant au visage dévoilé par les produits chimiques dans la chambre noire, sans oublier les kiosques à journaux où, mis côte à côte, les hebdomadaires et les mensuels synthétisent l’actualité politique et culturelle du moment.

Le portrait d’une époque, d’une ville et, d'abord et avant tout, d’une femme libre.

Par J. Milette
Moyenne des chroniqueurs
8.0

Informations sur l'album

Gentlemind
1. Gentlemind - Episode 1

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L'avis des visiteurs

    canarenchaine Le 21/09/2020 à 17:58:01

    J'ai découvert Lapone avec Adam Clarks (2014) et franchement son travail sur Gentlemind est encore plus percutant. Les décors années 50 sont particulièrement soignés et paraissent réels. Les unes de la presse américaines font partie intégrante de l'intrigue rondement menée par les scénaristes.
    Un joli cocktail dans lequel une héroïne à forte personnalité dame le pion à ces messieurs condescendants.
    En sera-t'il de même dans le T2 ?

    Yovo Le 13/09/2020 à 11:56:05

    « Gentlemind » se distingue d'abord par une grande liberté formelle : le découpage en cases très variées (sans cadres, rondes, étroites, pleine pages…), les couleurs fanées - parfois parsemées d’éclats plus vifs - et les textures tramées donnent une atmosphère vintage et une énergie folle à cet album. Quelle ambiance !
    Le dessin anguleux et chargé peut sembler brouillon mais il est parfaitement maitrisé. Les lumières travaillées à l’aquarelle lui apportent profondeur et vivacité. C’est vraiment très beau.

    Et c’est aussi par le scenario que brille « Gentlemind ». Il faut être attentif car l'ensemble est dense mais l'écriture est précise et ciselée. Ne vous fiez pas à la preview ; passées les 1ères pages un peu déroutantes, le récit est porté par des personnages charismatiques et touchants qui gagnent en intensité au fil des pages.

    Franchement je n’aurais jamais pensé que la simple histoire d’un magazine puisse autant me passionner… Il faut dire que le contexte historique (1940), les relations complexes entre les protagonistes et les enjeux qui se dessinent au fur et à mesure nimbent ce 1er tome d’émotions inattendues et le hissent au dessus du lot.

    Une excellente BD, très originale, intelligente et particulièrement bien réalisée. Bravo !
    A lire absolument.

    darkstef Le 05/09/2020 à 13:36:26

    Absolument indispensable ! Graphisme hors de tous standards, humour grinçant, l'Amérique comme on ne la connaît plus. Du grand art, vraiment !

    bd.otaku Le 31/08/2020 à 13:24:05

    Gentlemind », c’était un peu l’arlésienne de la bande-dessinée : cela faisait tellement longtemps qu’on entendait parler de ce projet et qu’on l’attendait sans rien voir venir, qu’on s’était peu à peu résignés à ce qu’il n’aboutisse pas…. Et puis finalement, délicieuse surprise l’annonce tomba en plein Covid : Diaz Canales scénariste espagnol de l’incontournable « Blacksad » et du nouveau « Corto Maltese » et sa compagne Teresa Valero connue pour la belle trilogie « Curiosity shop » s’alliaient à Antonio Lapone spécialiste ès-fifties pour nous concocter une histoire d’émancipation et un hommage à la presse américaine.

    L’envers du décor

    Le New-York décrit par le trio apparaît comme une ville impitoyable dans laquelle les artistes n’ont d’autre choix pour survivre que de se compromettre tandis que des avocats sans scrupules défendent les intérêts de grandes multinationales au détriment des droits des plus faibles, même quand ils sont eux-aussi des immigrés de fraîche date…

    C’est donc une ville où l’on perd facilement sa dignité et ses amours … Durant ces 88 pages, les personnages ne cessent d’évoluer et acquièrent une réelle profondeur.

    Un récit d’émancipation

    Comme le montre la splendide couverture de l’édition standard, on a affaire à un récit d’émancipation : Navit, la belle jeune femme issue d’une famille juive traditionnelle part à la conquête de New-York. Cherchant à fuir la misère (tout aussi bien peut-être que le racisme ambiant), elle se rebaptise Gina Majolie et devient célèbre. Par sa liaison scandaleuse d’abord qui fait la une des journaux people puis par sa photo sur la couverture des magazines ensuite. Mais les auteurs la font se servir de son corps dans une société machiste et patriarcale comme d’une arme pour mieux lutter contre cette dernière. En effet, l’épisode 1 montre son affranchissement progressif.
    Lorsqu’elle hérite, elle refuse de perpétuer la tradition des Powell Follies et ne veut pas du théâtre : elle ne se place donc pas du côté de l’exploitation du corps des femmes. De même, après sa « une » spectaculaire, elle bannit les pin-ups de ses couvertures. En revanche, elle agit comme un diffuseur, via son magazine, de l’intelligence féminine : elle fait intervenir des femmes pour bousculer le côté stéréotypé et daté du journal et elle embauche une jeune immigrée photographe de talent pour des reportages sociétaux. Grâce aux femmes donc, la revue « Gentlemind » perd de sa frivolité, acquiert de la dignité et prend un nouveau départ La réciproque est vraie : grâce à la revue, Navit trouve une raison d’être (Trigo aussi d’ailleurs) et la jeune reporter également. En effet, ce personnage secondaire demeure encore assez mystérieux mais il apparait comme un double de l’héroïne (bien que douée, elle doit se résoudre à faire des photos de touristes sur Coney Island pour survivre avec son enfant et elle semble avoir dû fuir l’Europe donc elle est peut-être juive elle aussi). C’est donc une ode à cette presse qui fit découvrir des romanciers talentueux, tels Fitzgerald ou Hemingway, des illustrateurs et de grands reporters photographes, mais c’est aussi et surtout une ode à la femme.

    Un dessin au diapason

    Qui d’autre qu’Antonio Lapone pouvait donner vie à ce passionnant récit à la « Mad Men » ? Cet héritier d’Yves Chaland, de Serge Clerc et du style atome affectionne depuis toujours l’imagerie américaine des années 1950. On l’a vu dans « Adams Clark » et son artbook « The New Frontier » notamment. Comme il le déclare lui-même : ses « racines graphiques plongent dans le monde de la création publicitaire, les portfolios d’affichistes ou les croquis de mode. Nombre de pages de magazines des années ‘50 et ‘60, un univers fait d’élégance et de compositions graphiques, sont une source intarissable d’inspiration ». On retrouve ainsi l’influence de Marcello Dudovich, un des pères de l’affiche publicitaire italienne moderne ou encore d’Achille Luciano Mauzan et Leonetto Cappiello, avec leurs jeux de contrastes entre le noir et le rouge dès la couverture et leur palette de couleurs. On peut même dire que le héros Arch est comme une mise en abyme du dessinateur car il utilise le même astérisque en guise de point pour sa signature et que ses affiches, dans un savant jeu de miroirs, rappellent la composition des tableaux de Lapone.

    Les planches sont extrêmement variées tant dans le format des cases - illustrations pleines pages qui reproduisent de vraies-fausses couvertures de magazines ; doubles pages montrant les kiosques de journaux débordants ou la rédaction du journal – que dans leur disposition et leur palette de couleurs. Le dessinateur crée constamment des ambiances différentes ; on a une impression d’urgence, de profusion et de mouvement grâce au crayonné apparent qui retranscrit bien également le rythme de la grande ville. Certains diront que le dessin en devient parfois peu lisible, je préfére penser qu’il est emporté par l’élan qui anime les protagonistes et que ce côté virevoltant mime l’exaltation et le dynamisme des héros.


    Ce tome introductif est réussi tant au niveau du scénario que de sa mise en images. Il embrasse brillamment plusieurs genres et les transcende. On ne sait si l’on est devant une évocation historique des années 1940, une satire du rêve américain, une saga entrepreneuriale à la « Largo Winch » en jupons, une comédie dramatique ou romantique avec des triangles amoureux qui se démultiplient. Tout cela donne une œuvre riche dont l’humour est loin d’être exclu (ah, la scène du brainstorming au champagne !). C’est une fiction enlevée avec un Lapone inspiré. On a envie d’adresser aux auteurs les propos si joliment tournés qu’ils ont mis en exergue. En effet, grâce à cette femme et ces deux « hommes créateurs de fiction (…) à leurs mots et à leurs images, nous voyons à chaque fois le monde avec des yeux neufs ». Vivement la suite (et la fin) !