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L e métier de Kiké et Tito ? Déménageurs. Leurs clients sont surtout de riches terriens qui souhaitent quitter la planète
- devenue un bidonville géant - pour s'installer sur Luna Europa, «the place to be». En ce jour bien pollué, première mauvaise nouvelle : les taxes au cosmoport ont augmenté ; deuxième : la fille de Kiké veut, elle aussi, s'envoler pour le nouvel éden avec son mari, trop aimable pour être honnête. Mais un papa est prêt à tout pour protéger son enfant, non ?

Comme dans La bulle de Bertold, Diego Agrimbau expose une critique de la société et de l'humanité au travers d'une dystopie décalée, en moins burlesque et beaucoup plus réaliste, pour le coup. Cet avenir est certes fantasmé, cependant, loin d'être absurde, il entrevoit les conséquences d'une continuité dans nos travers et dans comportements abusifs. En exposant les déboires d'un père «mère-poule» en butte contre le système, le scénariste montre que l'humain n'abandonnera jamais ces défauts et que la corruption, les magouilles et le pouvoir sont toujours maîtres. Fable intelligente, décomplexée et pertinente, ce récit se lit avec un réel plaisir grâce à une narration enlevée et bien rythmée, mélangeant histoire familiale et critique visionnaire, sans oublier une pointe d'humour grâce aux personnages bien campés et attachants.

Gabriel Ippóliti participe grandement à la réussite de cet album par son style semi-caricatural expressif. Le travail des couleurs est excellent grâce au lavis riche en texture ; la densité de l'air saturé en est presque palpable. Si le découpage reste classique, les cadrages assurent un excellent dynamisme.

Le futur, c'est déjà maintenant. Avec Planeta extra, le duo d'auteurs argentins simulent avec brio, acuité et légèreté ce qui attend l'Homme ou, tout du moins, cela y ressemble grandement.

Par L. Moeneclaey
Moyenne des chroniqueurs
7.0

Informations sur l'album

Planeta extra

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L'avis des visiteurs

    ALICECOOPER Le 18/09/2020 à 16:22:55

    Content d'avoir découvert cette bande dessinée avec un scénario un peu en symétrie avec du déjà vu, toutefois il est très réussi et conserve malgré tout une bonne part d'originalité. J'ai passé un excellent moment. J'en veux encore...

    Une organisation de la haute société envisage une attaque bioterroriste vers la colonie Luna Europa en piégeant une gentille famille et un ensemble de protagonistes un peu loufoques et sympathiques qui n'opèrent pas toujours dans la légalité et qui sont, pour partie, à la recherche d'une nouvelle vie sur une nouvelle terre. C'est très intelligent, ça se lit malheureusement très vite malgré soixante quinze pages. Un scénario qui se déroule parfaitement sans aucune erreur et pas de place à du bla-bla-bla.

    Le dessin est d'une originalité absolue, des cases remplies, pleines et travaillées, pas de triche sur ce coup-là. On passe par des lieux très beaux à des décors de science-fiction style "5ème éléments", pour les voitures volantes et le déménagement, mais également style "Blade Runner" pour les panneaux géostationnaires, on visite également des quartiers très pauvres et des quartiers "Haut-les-mains", on assiste à un suicide, on a droit à tout un ensemble de tenues vestimentaires, à la consommation de mon breuvage énergique et boostant favori, je cite, le thé Maté accompagné de sa Bombilla (jamais vu dans une BD), boisson très consommée et très prisée en Amérique Latine, un cunnilingus sous une couverture dans une scène érotique géniale, on décèle une grande kyrielle d'animaux, deux planches m'ont également fait penser à ma série actuelle préférée "R.I.P", je crois que les auteurs se sont bien défoulés.

    Les couleurs, plus que flamboyantes, c'est pour moi aussi, du jamais vu, en tout cas pas à ma connaissance (prédominance au rouge pour le camion pour lequel on s'attache également) mais avec des verts, des bleus, des turquoises, des roses et des jaunes, des pages bariolées, envoûtantes et agréables. J'en suis tombé amoureux rien qu'en regardant la preview, puis en la feuilletant manuellement, qui plus est, de la science fiction, c'est mon mode d'évasion, pour moi un petit joyau. La très belle scène érotique à la page 33 est franchement réussie et approfondie encore plus la véracité des ambitions alambiquées.

    Les auteurs nous donnent l'illusion d'un humour en nous présentant des héros sympathiques, des faits un peu hors du commun, des choix inattendus propres à une société plus futuriste, mais qui sont tout à fait à leur place de manière décomplexée dans cette extraordinaire histoire à la Pierre Bellemare, c'est pour ça que je nomme les ambitions alambiquées, parce qu'en fait, on s'attache aux personnages, surtout Toti, avec un crâne outrageusement déformé, très néandertalien, accentuant alors fortement son aspect latino, et Tetamanti, gros nounours gentil, et il n'y a en fin de compte rien de drôle dans cette BD, c'est ce qui en fait toute sa réussite.

    C'est du bon boulot et c'est une histoire complète, je le redis, beaucoup de tomes 1 sont simplement tronqués à la fin et ça me saoule, j'estime que ce n'est pas du boulot. Mais là, j'en redemande. A acheter sans l'ombre d'une hésitation. J'espère sincèrement une suite à cet album. Avis aux auteurs. Et s'il vous plaît, Shaddam4 rajoutez une ou deux étoiles, cette BD le mérite.

    Shaddam4 Le 19/03/2020 à 10:16:51

    La Terre est une poubelle. Tous ceux qui en ont les moyens et la chance se sont réfugiés dans l’espace, sur la Lune ou sur Luna-Europa, une station luxueuse et utopique située à plusieurs années de voyage. Kiké a une entreprise de déménagement et magouille ce qu’il peut pour faire vivre sa famille. Lorsque sa fille aînée débarque avec un gendre dont il se passerait bien, il se retrouve embarqué dans un très mauvais plan. La jalousie est un vilain défaut…

    Gabriel Ippoliti (ainsi que son comparse Agrimbau avec qui il travaille depuis leur premier album) est un auteur majeur de la sphère histanique. Étonnamment méconnu, il réalise le tour de force de voir presque tous ses huit ouvrages publiés en France chez un éditeur différent… Planeta Extra est le troisième album du duo (même s’il s’agit bien d’une première parution en France grâce à Sarbacane) et si l’on y trouve encore quelques tâtonnements expérimentaux dans la mise en couleur, le trait y est déjà affirmé, entre très grande maîtrise technique et jeu avec les corps et les formes aboutissant à un design futuriste résolument réussi. L’album Guarani sorti il y a deux ans chez Steinkis et qui avait été un vrai coup de cœur reste donc pour l’heure la dernière œuvre du dessinateur argentin.

    Le thème de l’album est un grand classique vu mille fois et permettant d’aborder l’humanité et le futur dans une vision hautement pessimiste. L’originalité de cette vision est justement son origine argentine, qui change résolument la coloration et la focale des auteurs. On ressent ainsi l’atmosphère langoureuse des cités argentines, entre chaleur et rythme calme. Kikké le colosse et son énorme bedaine promène son camion de petits arrangements en repas de famille. Bon macho il n’accepte pas la modernité d’une fille résolue à quitter le berceau de l’humanité avec un compagnon bien plus âgé qu’elle. Celui-la appartient à la haute société argentine faite de réceptions grand luxe dans des villa occupée par des majordomes et des maîtresses de maison retendues et décolorées directement issues des telenovela. Comme souvent en SF c’est donc bien la société argentine contemporaine qui semble croquée par les compères avec force caricature, choisie comme style par Ippoliti. On est dans de la BD loisir semi-réaliste où on prend un grand plaisir à voir cette galerie de trognes déformées, du menton Scwarzyesque de Kikké à la face de singe de son beauf en passant par les moultes moustaches et calvities des fonctionnaires divers croisés dans l’aventure…[...]

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    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2020/03/04/planeta-extra/