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C édric a vu sa vie basculer en quelques jours. Son père et sa sœur sont assassinés lors d'émeutes. Lui est arrêté et emprisonné, soupçonné d'avoir participé aux affrontements. Il passe un an enfermé, des fers aux pieds. La présence d'un codétenu désormais incapable de se lever suite aux blessures infligées par les chaînes qui enserrent ses chevilles le terrifie. Grâce à l'intervention d'un ami de la famille, un gardien véreux le fait finalement sortir des geôles du régime et le fait embarquer sur un bateau en direction de l'Europe.

Cédric n'a que 16 ans lorsqu'il débarque en Suisse. Il apprend qu'entre temps, sa mère et son grand-père sont morts au pays. Il n'a plus de famille. Sa procédure d'asile en cours, il végète, coincé dans une zone de non-droit administrative, le condamnant à une existence entre parenthèses. À quoi peut-il encore rêver ?

La psychologue Irène de Santa Ana l'a suivi pendant plusieurs années. Elle a consacré un long article : Le garçon qui continuait à rêver, à la relation complexe qui s'est tissée entre le demandeur d'asile et elle. Elle y raconte l'évolution de son état d'esprit, au fil de séances parfois interrompues lorsqu'il se retranche dans la clandestinité parce qu'il craint un rapatriement forcé. Ce compte-rendu de son mal-être repose en grande partie sur ses rêves. Isabelle Pralong s'en est emparée pour composer Je suis au pays avec ma mère.

Le livre alterne ce texte, entièrement réécrit pour l'occasion, et des séquences dessinées. Ces dernières se composent essentiellement de retranscriptions des songes. Les mots de la praticienne introduisent, complètent et éclairent les planches de l'autrice. En filigrane, l'évolution psychologique du jeune homme transparaît, ainsi que l'impasse dans laquelle il se trouve acculé. Ses traumatismes resurgissent, entre souvenirs plus ou moins fidèles et reconstruction mentale. Une mosaïque onirique se met en place, révélant une personnalité brisée.

Visuellement, Isabelle Pralong opte pour un style plus épuré que dans ses livres précédents (L'éléphant, Oui, mais il ne bat que pour vous). Son style y était volontiers plus expressionniste, osant des postures exagérées. Son trait, même s'il reste reconnaissable, tend vers plus de sobriété et une certaine forme d'intériorité. Les personnages conservent malgré tout une forte expressivité par un très beau travail sur leur regard et l'utilisation subtile des couleurs.

La volonté des autrices est d'aborder une problématique connue sous un angle inédit. Rendre compte de l'insécurité mentale d'un adolescent déraciné à travers ses rêves apporte une dimension onirique originale, sans pour autant occulter la réalité qui sous-tend ces songes. Le ton n'est ni à la revendication, ni au misérabilisme. À aucun moment, elles ne se laissent aller à l'émotion facile. Il aurait été si simple de jouer sur le pathos face à la tragédie. Malgré l'aspect sociologique du sujet, Cédric apparaît d'autant plus dans toute son humanité. Il n'est jamais ramené à un sujet d'étude ou un symbole politique. C'est un être humain confronté à ses peurs et ses traumatismes. La voix de la psychologue trouve la bonne distance pour transmettre la détresse du jeune homme.

Ce changement de point de vue permet de réfléchir autrement à un sujet de société, mais aussi d'aborder une autre question dans les dernières pages : la désobéissance et l'insoumission. Ces deux notions se révèlent alors primordiales pour comprendre ce qui se joue. Avec Je suis au pays avec ma mère, Irène de Santa Ana et Isabelle Pralong signent un livre original, fort et puissant. Peut-être un incontournable de cette fin d'année.

Par T. Cauvin
Moyenne des chroniqueurs
8.3

Informations sur l'album

Je suis au pays avec ma mère

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