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De Mémoire

08/07/2019 655 visiteurs 6.0/10 (1 note)

N ick Powell n'oublie rien... Même s'il le voulait, cela lui serait impossible. Il souffre d'hypermnésie depuis sa plus tendre enfance. Une enfance pas vraiment heureuse puisqu'il a perdu son père, tandis que sa mère s'est retrouvée clouée dans un fauteuil roulant, lors un accident de la route alors qu'il n'avait que cinq ans. Des années après, tout cela risque d'influer à nouveau sur sa vie... car Nick Powell n'oublie rien. Jamais.

La mise en place d'Éric Corbeyran est efficace. Le scénariste multiforme connaît son affaire et, en plus de s'intéresser à un sujet qui interroge et pique d'emblée la curiosité, sa narration rend très vite cette histoire prenante. L'emploi de la voix off, utilisée avec parcimonie, s'avère en ce sens judicieux. Le trait de Winoc (Gran Café Tortoni, Le Postello) peut dérouter. À tendance réaliste, il ne brille pas par sa précision sur les corps et les visages, mais ses mises en scène et le dynamisme dont il fait preuve emportent. Autant par ce graphisme que par les informations sur l'enfance du héros et l'origine de son hypermnésie, distillées au compte-goutte, l'immersion se veut rapide et la lecture prenante.

L'action comme le suspense montent crescendo à mesure que le don de Nick et son accident s'avèrent être l'objet de la convoitise des antagonistes. Les ambiances sont bien rendues, grâce notamment au travail de Sébastien Bouët sur les couleurs. Tranquillement, toutes les pièces se mettent en place, sans se perdre en de trop nombreux rebondissements, et la tension croît jusqu'à la conclusion, qui aurait mérité quelques pages de plus pour convaincre pleinement. Malgré cet écueil, l'ensemble se tient tout au long des soixante-deux planches et permet de passer un bon moment.

Bon petit polar, De mémoire parvient à tenir en haleine jusqu'à son terme malgré un dénouement qui laissera les plus exigeants quelque peu sur leur faim. Peut-être l'occasion pour Éric Corbeyran et Winoc d'offrir une suite aux lecteurs conquis ?

Par M. Moubariki
Moyenne des chroniqueurs
6.0

Informations sur l'album

De Mémoire

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Note: 3.5/5 (2 votes)

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L'avis des visiteurs

    Shaddam4 Le 21/06/2019 à 10:01:54

    La couverture de cet album et le pitch l'ont envoyé directement sur ma page des albums les plus attendus... Elle va également illico dans mon top catégorie Couverture tant cette image et le design du titre marquent et donnent terriblement envie de lire l'album. Bravo global pour cette composition à la fois esthétique et efficace... avec le risque que l'envie donnée ne soit pas totalement récompensée (j'y reviens plus bas). Hormis cela rien de particulier niveau éditorial.

    Nick est hypermnésique. Il possède une mémoire totale: il se souvient de tout, n'oublie rien. C'est handicapant et l'oblige à organiser sa vie sous ce qui ressemble à des TOC, le rendant particulièrement instable professionnellement et émotionnellement. Un jour il est enlevé, pour ses capacités hors norme...

    Eric Corbeyran fait partie des vieux briscards du scénario de BD. Il connait son métier et nous propose avec De Mémoire une histoire remarquablement ficelée sur un pitch redoutable. Tout dans cet album tend vers le thriller, de la couverture au déroulement progressif, structuré entre maintenant et l'enfance, avant l'accident que nous montre la couverture. Or s'il en a les habits cet album n'est pas un thriller mais plutôt la chronique d'une vie compliquée pour cet homme qui a perdu son père très jeune et doté de capacités que beaucoup voient comme un super-pouvoir mais que lui tente plutôt de gérer en en atténuant les effets. Sorte de chronique psychologique, De mémoire évite tout ce qui pourrait l'amener vers une BD grand public. Pourtant de l'action il y en a, que ce soit dans la mise en scène ou l'intrigue même. Mais les auteurs s'attachent plutôt à nous présenter la vie sentimentale de Nick, en couple libre avec sa psychiatre, la seule à même de le comprendre et de l'aider. Cette histoire est touchante car elle évite le misérabilisme très français en nous montrant un homme en pleine possession de ses moyens, que sa spécificité rend aussi fier que compliqué. Nick n'a pas réellement de problématique et c'est peut-être cela qui crée un étrange sentiment d'entre-deux à la lecture. L'on ne saurait dire s'il s'agit d'une volonté de Corbeyran de déstabiliser son lectorat par un traitement assez expérimental (on pense par moment aux rythmes d'un Gibrat sur Léna, sorte de thriller politique contemplatif). Comme en structure juxtaposée, le drame est apporté par la partie Passé, qui remonte jusqu'à nous pour nous révéler en fin d'album l'origine de l'hypermnésie de Nick et en quoi son enlèvement est lié à ses parents.

    On ne peut pas dire que cela soit un défaut tant la maîtrise de la progression dramatique, des dialogues et des scènes est évidente et efficace. On a plaisir à voir cet esprit libre changer de job comme de chemise, incapable de s'inquiéter et honnêtement heureux avec sa chérie. Tout en détachement, Nick envoie des réparties décalées que seul le lecteur, complice, peut saisir et qui laissent ses interlocuteurs intrigués. Comme un film de genre à la française, De mémoire casse les codes. Selon le public que l'on est cela n'aura pas le même effet. Personnellement je vois le potentiel d'une grande série SF ou d'un thriller conspirationniste. Les auteurs ont plutôt opté pour une histoire simple, peut-être pas assez ambitieuse malgré les enjeux représentés par les recherches du père de Nick. La capacité de Nick pouvait permettre une revisitation su thème super-héroïque en mode réaliste. Plein de choses passionnantes que l'on n'a finalement pas et qui peut laisser un peu déçu.

    Graphiquement, le dessinateur propose d'élégantes planches au trait fin et à la colorisation agréable. Si les personnages sont correctes, la partie technique (arrières plans, cadrage) est très réussie et participe à l'efficacité du récit. Les quelques scènes d'action sont très lisibles et l'album propose plusieurs visions graphiques vraiment réussies.

    Cet album est donc un étrange objet qui intrigue surtout quand on sait l'attrait de Corbeyran pour le policier. J'ai été un peu frustré de voir ce potentiel bouclé (très convenablement) en un one-shot. Les lecteurs habitués aux BD psychologiques seront sans doute les plus satisfaits et surpris par ce scénario hybride. Les fans de thriller seront sur leur faim. La lecture n'en est pas moins très agréable, donnant envie d'avancer et sans accroc. Un travail très sérieux qui manque sans doute un poil d'ambition.

    A lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2019/06/20/de-memoire