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Le rapport W

03/06/2019 7906 visiteurs 8.0/10 (3 notes)

A utomne 1940, un groupe d’hommes dans un wagon de train. Destination Auschwitz. Parmi eux, Tomasz Serafinski, alias Witold Pilecki, un capitaine de cavalerie membre de l’armée secrète polonaise. Son objectif : recruter des détenus afin de créer un réseau de résistants. Dans un monde où chacun tente de sauver sa peau, la tâche s’avère délicate. Il travaille lentement et prudemment à constituer son organisation. Parallèlement, avec l’aide de complices, il communique à ses supérieurs des rapports sur les atrocités observées, mais c’est en vain qu’il attend l’ordre du soulèvement. Le récit se révèle finalement celui du quotidien, souvent banal, de la vie dans le camp, ponctué de moments où le genre humain expose son côté le plus sombre.

Gaétan Nocq s’est abondamment documenté pour écrire ce scénario inspiré d’une histoire vraie, notamment en validant ses informations auprès de l’historienne Isabelle Davion. Le ton demeure objectif, les descriptions quasiment cliniques, sans pour cela se montrer froides. Dans cet univers trouble, les prisonniers sont parfois des crapules prêtes à vendre leur voisin de dortoir dans l’espoir d’obtenir des privilèges alors que des kapos se compromettent pour soutenir les bagnards. Et que dire des alliés qui n’interviennent pas, alors que le protagoniste encourt tous les risques pour les informer de ce qui se passe derrière les barbelés ? Le livre est copieux et l’auteur s’accorde le luxe de décrire l’esprit des lieux à l’aide de séquences fréquemment longues. Paradoxalement, le passage du temps se ressent difficilement. Le lecteur a l’impression que l’espion vient tout juste d’arriver alors que le recrutement des insurgés est déjà avancé. Du reste, il a du mal à concevoir que l’aventure s’étend sur près de trois années.

La nuance du propos se traduit également dans le choix des teintes. L’artiste a en effet pris le parti de représenter l’horreur en bleu et rose pastel ; certaines cases évoquent même l’art de Claude Monet. Le traitement graphique est tout en retenue, les visages, représentés avec sobriété, affichent peu d’émotions ; les actes de violence sont pour leur part pudiquement figurés par des gros plans presque abstraits ou encore dépeints de loin. La technique déployée par l’illustrateur est très intéressante, un mélange d’acrylique et de crayon de couleur qui donne un résultat particulier rappelant par moments le travail de Jean-Claude Götting.

Enfin, les éditions Daniel Maghen font bien les choses en complétant l’ouvrage d’un imposant dossier sur le Rapport Pilecki.

Une belle réussite, un album cohérent où le sujet, le texte, le dessin et les couleurs convergent habilement.

Par J. Milette
Moyenne des chroniqueurs
8.0

Informations sur l'album

Le rapport W

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L'avis des visiteurs

    bd.otaku Le 23/07/2019 à 23:13:28

    Automne 1940, un groupe d’hommes dans un wagon plombé cherche à deviner son lieu de destination : les mines de sel ? Non ! Brusquement le train s’arrête, on leur intime de descendre et l’horreur commence : on lâche les chiens sur eux, on leur ordonne de courir et on en abat une dizaine sans sommation sous les rires des SS. On les fait entrer dans un camp dont le portail arbore l’inscription « le travail rend libre » et on leur annonce que les portions alimentaires sont calculées de façon à ce qu’ils ne survivent pas plus de six semaines… Ces hommes sont des polonais raflés quelques jours plus tôt à Varsovie. Parmi eux, Tomasz Serafinski, alias Witold Pilecki capitaine de cavalerie membre de l’armée secrète, s’est fait prendre volontairement car il a une mission : « infiltrer le camp d’Auschwitz pour y constituer un réseau de résistance ». Il y passera 947 jours… Comment va-t-il réussir à survivre dans cet Enfer ? Parviendra-t-il à accomplir sa mission ?
    Gaétan Nocq est un passeur de mémoire : depuis son entrée en bande dessinée, il a pris l’habitude de raconter les grands événements du XXe siècle à travers des témoignages : qu’il s’agisse de la vie d’appelé en Algérie d’Alexandre Tikhomiroff dans « Soleil brûlant en Algérie » ou de celle du père de ce dernier, officier dans l’armée blanche russe, dans « Capitaine Tikhomiroff ». A l’instigation de son amie, l’historienne Isabelle Davion, il s’attaque aujourd’hui au destin extraordinaire mais méconnu de Witold Pilecki en s’appuyant sur le document rédigé par ce dernier en 1945 et traduit et publié en France en 2014 aux éditions Champ Vallon sous le titre « Le rapport Pilecki ». Nocq raconte ainsi de nouveau une histoire où l’humain et l’inhumain cohabitent, en la mettant à la portée de tous grâce à la bande dessinée mais sans souci didactique ni intentions moralisantes.
    Pour ce faire, il va d’abord choisir de mettre l’accent sur l’une des dimensions du « rapport Pilecki ». En baptisant son adaptation « Le rapport W », il instaure un certain mystère. Il va continuer de piquer la curiosité du lecteur en choisissant comme sous-titre « Infiltré à Auschwitz », il met, en effet, en avant la dimension romanesque de ce rapport - qui se voulait avant tout factuel - pour en faire un roman d’espionnage. Le lecteur assiste ainsi à la mise en place progressive du réseau : comment il se constitue progressivement par cellules de cinq membres autonomes les unes des autres, comment il fonctionne par langage codé, comment il crée de l’entraide, comment il fait sortir les renseignements du camp, comment il envisage un soulèvement ou encore comment il se débarrasse des mouchards dans deux séquences de contre-espionnage frappantes (la boîte aux lettres et l’hôpital).
    Ceci instaure une dynamique narrative et maintient le lecteur en haleine, mais Nocq ne renie pas pour autant la dimension testimoniale du récit source. Et, après s’être extrêmement documenté comme le montrent à la fois la bibliographie en fin d’ouvrage et les aquarelles de la postface dessinées lors de deux voyages de repérages (l’auteur a longtemps été carnettiste), il livre le récit du quotidien de la survie à Auschwitz I. Il évoque sans pathos (la plupart des violences sont en hors champ) les tortures arbitraires pratiquées à l’aide de tabourets par exemple ainsi que la cruauté des geôliers qui, à Noël, décorent le camp avec de beaux sapins illuminés mais font pratiquer à leurs prisonniers une gymnastique de la mort dans le froid. Il souligne la cruauté d’un tel monde ou des hommes meurent chaque jour sous les coups tandis que d’autres se préoccupent de se faire refaire une cuisine ou aménager un petit jardinet…. C’est grâce à cet oxymore entre les conditions âpres et violentes de survie des prisonniers et la peinture en bleu de Delft d’un intérieur cossu avec napperons et bibelots que l’on ressent pleinement l’enfer du camp. On peut aussi comprendre l‘importance vitale, au sens propre, que revêtent dans de telles conditions des choses qu’on juge banales : un couvre-chef, une paire de chaussettes ou quelques pommes de terre… Enfin le quotidien itératif, abrutissant et sombre qui nous est dépeint met d’autant en relief les étincelles d’humanité : les kapos qui fournissent un travail à l’abri ou du rab de nourriture malgré le danger, les discussions avec l’artiste Slawek qui permettent au narrateur de se nourrir intellectuellement ainsi que les échappées -de toute beauté - dans le rêve ou le souvenir d’enfance qui donnent de l’épaisseur au personnage et provoquent l’empathie du lecteur.
    Gaétan Nocq découpe le texte original selon une écriture véritablement musicale : on a une multiplication de rythmes : des pauses, des accélérations, des silences… Il enchaine récitatifs, dialogues et planches muettes. Il propose un découpage varié : avec des pleines pages ou des doubles pages ou au contraire une multiplication de cases. On sent ainsi tantôt l’urgence et le danger tantôt le poids du quotidien et le temps qui s’écoule très, trop lentement (les parties évoquent une sorte de compte à rebours jusqu’à son évasion mais de façon très vague « 95 jours jusqu’à Noël, » « 272 jours jusqu’à l’été », « 580 jours jusqu’au lundi de Pâques 1943 » contrairement au rapport original découpé lui année par année…) dans une sorte d’irréalité.
    Ce sentiment d’inquiétante étrangeté est également magistralement retranscrit dans le choix des couleurs. Il n’y a quasiment jamais de réalisme chromatique (hormis dans la séquence inaugurale) dans ces pages quasi monochromes qui déploient des dégradés de rouges (un magenta et un ocre rouge) ou de bleu (bleu de Prusse) et des variations de gris et de mauves par superposition. Ces couleurs primaires, a priori surprenantes pour décrire un univers concentrationnaire, permettent de retranscrire les sentiments et les émotions du protagoniste et de créer différentes atmosphères : le bleu pur associé au blanc des souvenirs d’enfance, de l’intérieur de l’officier SS et de la voute étoilée apaise et s’oppose aux gris du camp et au rouge de la violence et des cauchemars. Les paysages de l’extérieur du camp décrits avec des lignes courbes et horizontales rappellent les toiles du peintre romantique Caspar Friedrich tandis que les bâtiments à moitié plongés dans l’obscurité et éclairés par de petites lumières acquièrent un halo de mystère et évoquent Edward Hopper alors que le travail sur les ombres rappelle le cinéma expressionniste allemand.
    On a donc bien ici un texte riche et polysémique à l’instar des pages de garde de l’album avec ses cases bleues et blanches qui présentent des objets du quotidien : jouets en bois, boîte aux lettres, flacon, colis, briques... Elles peuvent en effet être interprétées comme un clin d’œil aux célèbres cadres d’Hergé dans les pages de garde des « Tintin » (jeu sur l’intertextualité) ou comme symbolisant un échiquier (roman d’espionnage) ou enfin comme étant un témoignage métonymique du vécu des camps pour lequel chaque objet acquiert une signification supplémentaire après la lecture. Bref, un livre indispensable qui, comme le « Maus » d’Art Spiegelman, fera date et mérite de figurer dans toutes les bibliothèques et CDI de France et de Navarre !