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RIP 1. Derrick - Je ne survivrai pas à la mort

15/10/2018 4106 visiteurs 7.7/10 (3 notes)

D ans la brigade, ils sont six. Parmi eux, il y a Derrick, un aimable alcoolique rendu aigri et usé par un job particulièrement pénible et qui consiste à débarrasser les intérieurs des personnes décédées dans l'indifférence générale. Parce qu'ils n'ont pas de descendance et avant l'intervention des pompes funèbres, leurs biens sont saisis afin d'être mis en vente aux enchères. Et tout ceci pour quoi ? Pour gagner seulement trois francs six sous. Alors, la tentation est grande quand se présente l'occasion de voler une très belle bague sur un corps en état de décomposition. Une aubaine pour mettre du beurre dans ses épinards !

« Je bosse dans la mort. Mais pas dans les plus belles morts. » Derrick

RIP, abréviation latine qu'il faut traduire par « Repose en paix », invite à pénétrer dans un univers tout à fait singulier, extrêmement fouillé et noir à souhait. Gaêt's (Un léger bruit dans le moteur, Mourir sur Seine) a bichonné son scénario pendant près de cinq années pour pouvoir le servir aux petits oignons. Son concept, à la fois original et infaillible, sécrète pour celui ou celle qui s'y engouffre, l'équivalent d'une farouche dépendance. La narration débute avec le personnage central s'adressant directement au lecteur pour, dans un premier temps, décrire son cadre de vie, puis pour présenter les lascars qui évoluent à ses côtés. Ensuite, le récit prend un virage considérable pour laisser place à une intrigue dont les engrenages sont imparables, aspirant nombre de protagonistes dans une inévitable dégringolade aux accents de descente aux enfers. Car non content de peindre son héros comme un mélancolique psychiquement atteint de troubles émotionnels et affectifs, l'auteur, en père fouettard, le soumet à une nouvelle épreuve, celle de la tentation. Si la trame sort tout droit de l'imagination de l'auteur, en revanche, pour avoir été rapporté à ses oreilles, le métier particulièrement glauque de ces pauvres bougres est semble-t-il, ailleurs, bien réel. Malgré une fin qui lui est propre, l'ouvrage ouvre et laisse de nombreuses interrogations en suspens. Les autres personnages auront l'occasion d'y répondre dans les cinq volumes suivants que compte cette série.

La grande force de Julien Monier (Gant blanc, La Faucheuse des moissons) est de réussir, par le biais d'un trait semi-réaliste et caricatural, à dégager le nec plus ultra de ses planches sans pour autant effrayer ou choquer. Et pourtant, le talentueux dessinateur avait convenu de mettre le paquet et de n'épargner personne : cadavres en putréfaction, odeurs pestilentielles, gueules de loustics marquées par un quotidien fait de scènes sordides, couleurs froides sur des décors et ambiances répugnantes, il y avait largement matière à rebuter. Que nenni ! Grâce à un cadrage millimétré et un découpage habile, son public est ainsi placé dans les meilleures conditions qui soient pour entrer sereinement dans cet album et en apprécier chaque case à sa juste valeur. Une véritable prouesse artistique pour un régal visuel.

Parce que son dessin est d'une rare intensité et qu'il est posé sur un scénario ingénieux et fascinant, «Je ne survivrai pas à la mort» est un premier volet qui prend aux "tRIPes" et qui tutoie la perfection.

Par D. Roy
Moyenne des chroniqueurs
7.7

Informations sur l'album

RIP
1. Derrick - Je ne survivrai pas à la mort

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L'avis des visiteurs

    thieuthieu79 Le 19/10/2018 à 22:27:40

    Si vous avez cet album entre les mains, vous possédez une véritable petite pépite.
    RIP a réussi à atteindre la perfection. Il est dans le club très fermé de ces albums aussi beaux que surprenants, qui ont le pouvoir de provoquer chez le lecteur une véritable claque visuelle.
    L'histoire est noire et glauque à souhait avec très peu de dialogues, privilégiant davantage des textes écrits à la première personne comme si quelqu'un nous racontait tout ça.
    Les évènements s'enchaînent, se lient et deviennent de plus en plus morbides avec des personnages tous aussi cinglés et dérangés les uns que les autres. C'est un vrai régal.
    Le dessin n'est pas en reste avec un graphisme exceptionnel très caricaturale et aux détails délicieusement morbides.
    Tous ce mélange nous donne un premier album qui déroule les évènements sur une période. Tous les autres albums mettront chacun en avant un des personnages et son histoire pendant cette même période. Ainsi, tous les mystères laissés volontairement au fil des pages trouveront au fur et à mesure leurs réponses.
    L’intrigue principale va ainsi pouvoir continuellement se développer et s’étoffer.
    Les auteurs ont réalisé un très bon travail et nous livrent un chef d'œuvre, tout simplement.

    Yovo Le 18/10/2018 à 23:16:38

    Pour être honnête, cette BD m’a quand même un peu déconcerté…
    Une chose est sûre, elle est parfaitement écrite. Avec un scenario très cohérent, plus complexe qu’on ne le penserait de prime abord, et une narration ultra efficace (beaucoup de récitatifs et une voix off tutoyant le lecteur), "RIP" commence comme une chronique à l’ironie grinçante puis se poursuit en polar morbide dans un glissement savamment maîtrisé.
    Le dessin semi caricatural n’est a priori pas mon genre mais je reconnais qu’il est exceptionnel y compris dans ses cadrages et sa mise en couleur. Très axé sur les personnages il laisse hors champ les pires détails tout en donnant l’impression d’égrener des indices au fil des planches. Du très beau boulot.

    Après… l’ensemble est tellement glauque que c’en est suffocant! Les auteurs exagèrent volontairement la putridité du background et la déliquescence ambiante n’épargne pas les personnages, tous malsains, dépressifs ou dégénérés…
    Certains lecteurs ne supporteront pas. Les autres apprécieront l’originalité du récit, le concept décliné sur 6 albums ou l’amoralité dérangeante d’une histoire sans concession, particulièrement bien conçue à tous niveaux.