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Toute la bande dessinée

Phoolan Devi

17/09/2018 7414 visiteurs 8.0/10 (4 notes)

À la manière de Julie Rocheleau, Carole Maurel ou Chloé Cruchaudet, Claire Fauvel fait partie de ces autrices dont chaque production marque une évolution. Après l'Égypte et la France, la lauréate du prix jeunesse du FIBD d'Angoulême 2018 (pour son adaptation de La guerre de Catherine, de Julia Billet, parue chez Rue de Sèvres) envoie ses lecteurs au cœur de l'Inde.

Comme elle l'indique en préface, c'est d'abord via son père puis par le roman Moi, Phoolan Devi, reine des bandits (en collaboration avec Marie-Thérèse Cuny) que Claire Fauvel découvre cette figure de l'histoire moderne indienne. Elle livre ici une adaptation libre de ces mémoires, pour le plus grand bonheur des bédéphiles.

Car disons le clairement, la vie de Phoolan est romanesque, dramatique, voire par instants dantesque. Née dans l'une des plus basses castes en Inde, elle va être mariée à onze ans, violée, « divorcée » avant d'être incarcérée. Enlevée à dix-sept ans, elle prendra les armes, d'abord contrainte par ses ravisseurs, puis par conviction, pour se révolter et s'émanciper des hommes et de leurs lois injustes. Au seuil de ses dix-huit ans, la voilà bandit, chef de gang même, constamment sur les routes. Trois ans plus tard, elle atterrira derrière les barreaux, y restera onze années, avant d'être graciée afin d'entrer en politique et finira assassinée à l'aube de ses trente-sept ans. Une féministe avant l'heure, mais surtout une combattante éprise de justice dans un pays où les inégalités sont la base de la société. Une vie de violence et de luttes acharnées.

Pour conter cette histoire forte, l'autrice d'Une saison en Égypte ne sombre ni dans la glorification ni dans la débauche d'effets. Avec beaucoup de pudeur, elle suggère les moments les plus tragiques et parvient par là même à en restituer toute la force. Son dessin, toujours aussi rond et fin, a évolué et c'est par un encrage travaillé qu'elle accentue la puissance des séquences de combats et met en valeur celles plus intimes. Les réflexions de son personnage ne se limitent pas à sa condition de hors-la-loi et questionnent autant son avenir de femme dans une civilisation patriarcale que sur le système même des castes et les disparités qu'il génère. En mettant en avant l'altruisme et la compassion de son héroïne, l'artiste exprime à merveille les raisons de sa popularité, sans pour autant légitimer ses actes. Car Phoolan est devenue et restera une Dacoït. L'influence et la main mise de ces groupes armés dans ces contrées et sur leur peuple sont eux aussi exposés avec justesse, sans filtre ni parti pris ; les brigands ont beau être respectés, voire protégés, ils sont surtout craints et ne se soumettent à aucune autorité sans combattre. Qu'elle ait lieu dans les paysages rocheux ou au beau milieu des villages traversés, chaque scène est habillée d'une colorisation subtile et nuancée, tantôt dans des tons bariolés typiques des saris tantôt dégradée de vert et d'ocre très western ou encore bleuté et noir lors des veillées ou des « coups » nocturnes. Ces changements d'ambiance s’opèrent en toute fluidité et accompagnent l’éventail de sentiments qui saisissent le lecteur tout au long des deux cent vingt-quatre planches d'une qualité constante. Un travail remarquable, qu'il n'est pas facile de lâcher avant d'en avoir lu la conclusion.

En 1994, avec son Bandit Queen, Shekhar Kapur avait offert à Phoolan Devi, Reine des bandits les honneurs du grand écran. En 2018, Claire Fauvel livre sa version de la vie de cette femme au destin hors norme en même temps qu'elle ajoute une perle de plus à sa bibliographie. L'autrice se montre à la hauteur de son sujet en proposant une œuvre forte au graphisme somptueux, pleine de maîtrise.

Par M. Moubariki
Moyenne des chroniqueurs
8.0

Informations sur l'album

Phoolan Devi

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Note: 4.2/5 (17 votes)

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L'avis des visiteurs

    Shaddam4 Le 04/03/2019 à 14:43:33

    Le bel album Casterman grand format comporte une préface de l'autrice et quelques références "pour aller plus loin". L'album est directement inspiré de l'autobiographie romancée de Phoolan Devi. Très belle couverture, l'une des plus belles de l'année dernière.

    Dans l'Inde des années 70 Phoolan Devi naît fille dans une famille de basse caste. Dans cette société extraordinairement inégalitaire et patriarcale, les filles sont moins que rien. Phoolan est une révoltée. Mariée à 11 ans, violée à plusieurs reprises, elle prends le maquis, devient chef de bande, une Robin des bois féministe utilisant les mêmes armes violentes que ces hommes qui terrorisent femmes et pauvres. Elle finira députée. C'est cette histoire incroyable que nous propose de vivre Claire Fauvel.

    Sorti en même temps que l'extraordinaire Guarani, les enfants soldats du Paraguay (qui fait parti de mon top de l'an dernier), Phoolan Devi m'avait attiré par sa couverture très percutante avec notamment ce rouge puissant, le rouge du sang et de la liberté. La figure de Phoolan Devi est éminemment romantique et dramatique. Toute la première partie de l'album est difficile à lire tant elle nous plonge dans une société d'une injustice et d'une violence envers les femmes parfois insoutenable. Non que le graphisme de Claire Fauvel soit dur, tout au contraire, son trait et ses magnifiques couleurs sont agréables à regarder. Mais l'histoire de Phoolan est absolument tragique en ce qu'elle nous jette à la figure la dureté ultime lorsque cette fillette de 11 ans, ignare, d'une innocence absolue, est livrée à un homme de 30 ans, quittant pour la première fois sa famille et son village pour devenir esclave domestique et être violée... Dans cette société une fille n'a pas plus de valeur qu'un chien.

    Le récit est celui de Phoolan. Le regard qu'elle porte, adulte, emprisonnée après sa reddition, sur son paye, sa société, les hommes. C'est un récit éminemment féministe, un féminisme de guerre, de révolte concrète contre une injustice quotidienne insupportable et qui mène à la mort, comme ces femmes répudiées ou dont le mariage est cassé et qui n'ont plus pour solution que de se jeter dans un puits... Cette thématique rejoint d'ailleurs l'une des histoires du très intéressant projet Midnight tales chez Ankama. Après cette première partie rude on entre dans une histoire plus romantique, celle d'une jeune femme qui découvre tout à la fois la liberté, l'amour simple, celui d'un humain pour un autre humain avant même de comprendre ce que peut être l'attirance sexuelle. L'auteure touche à ce moment le cœur même de l'humanité et de l'inhumanité vécue par son personnage en ce que le simple fait de considérer l'autre pour ce qu'il est et non par son statut dégradé peut changer un destin. Il n'y a pourtant pas de naïveté dans cet album qui nous montre la violence qu'a pratiqué Phoolan à l'encontre de ses agresseurs, de ces hommes dominants contre lesquels elle retourne la même inhumanité. Claire Fauvel ne condamne ni ne dénonce. Elle documente simplement une réalité, celle de la vie de Phoolan Devi qui jusque dans les dernières heures de négociations pour sa reddition sera victime de son inculture face à des adversaires sans foi ni loi pour maintenir l'ordre établi. En cela le combat de Phoolan Devi est bien un combat révolutionnaire, qui n'est jamais associé à celui de Gandhi mais qui pourrait le rejoindre tant il touche à des fondements de l'humanisme.

    Visuellement le trait et le découpage simples mais très graphiques de Claire Fauvel font mouche. Il permet de traiter de scènes crues sans voyeurisme ni violence gratuite. On suggère suffisamment pour ne pas avoir à insister et cette délicatesse joue beaucoup dans la perception du lecteur qui peut voir l'inmontrable sans dégoût, Phoolan étant toujours montrée comme insoumise et accompagnant nos yeux dans une Inde de beaux paysages sauvages et de moments de beauté. C'est cette vision positive que je garde après avoir fermé ce très bel album qui mérite la réputation d'être l'un des plus beaux de 2018.

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2019/03/03/phoolan-devi-reine-des-bandits

    Hugui Le 30/12/2018 à 12:36:53

    Dur, dur, la vie de femme de surcroît de basse caste en Inde. La violence du récit est presque insoutenable, le dessin sait le rendre touchant et supportable en rendant son humanité à cette femme humiliée.
    Le combat des femmes est loin d’être terminé et ce n’est pas parce que c’est en Inde que cela ne nous concerne pas.
    A lire absolument pour partager la révolte de Phoolan et la poursuivre avec des moyens moins violents.

    Aswin Le 24/08/2018 à 16:41:04

    La BD est sans surprise, je dirais, qui se lit assez facilement. Recommandable à des grands ados. L'histoire d'une femme indienne forte que la vie n'a pas gâtée, et qui est digne d'un grand film... Je conseille par après de voir des vidéos de Phoolan Devi, c'est assez "flashant" (comme disent les jeunes) de la voir en vrai car la BD reprend tel quel les événements tristes de sa vie tumultueuse.