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Tempête sur Bangui 1. Tempête sur Bangui

09/11/2015 4517 visiteurs 8.0/10 (2 notes)

U n peu d’Histoire pour commencer : pays d’Afrique sub-saharienne totalement enclavé, mais aux nombreuses ressources minières (ah, les fameux diamants de Giscard), la Centrafrique n’était essentiellement connue jusque-là qu'en raison du règne ubuesque de son mégalomaniaque et autoproclamé empereur Bokassa Ier. Pourtant, à force d’instabilité politique et de coups de force répétés – le pays n’a connu que dix ans de multipartisme depuis l’indépendance –, la guerre civile s’est invitée dans les JT occidentaux quand le spectre d’un remake du génocide rwandais a surgi dans la région en décembre 2013… Tout avait commencé un an plus tôt lorsque les milices de la Seleka avaient pris le pas dans le nord du pays sur les forces gouvernementales du président Bozizé. C’est précisément à ce moment que s’ouvre Tempête sur Bangui, qui détaille par le menu les événements des mois suivants, la progression des rebelles, la chute de la capitale, puis celle du régime, les pillages, les exactions, le chaos politique et administratif, la mise en place progressive et brouillonne de l’autorité nouvelle.

Raconté de l’intérieur par Didier Kassaï, graphiste et bédéaste local, ce drame est d’abord vécu comme inéluctable. Entre angoisse grandissante, rumeurs alarmistes et fatalisme résigné, la population attend passivement que Bangui la coquette tombe. Mais cette fois, l’entrée des combattants de la Seleka et des nombreux mercenaires étrangers qui la composent sonnera comme le prélude d’une spirale sans fin de carnages et de représailles qui durera jusqu’à l’intervention des forces françaises sous l’égide de l’ONU. Car le conflit se teinte désormais de dissensions ethniques et d’antagonismes religieux.

Principalement musulmans, les assaillants oppriment d’abord la majorité chrétienne de la ville. Mais quand le vent tournera et que les milices Anti-Balaka – groupes d’autodéfense animistes ou chrétiens ainsi nommés car protégés par leurs gris-gris des balles AK (47) – entreront dans la danse, les massacres aveugles et les vengeances sanguinaires s’abattront à leur tour sur les civils islamiques, montrant que la barbarie n’a pas de camp et réside dans le cœur des hommes bien plus sûrement que dans leurs Livres. Mais ceci devrait trouver place dans le second volume de l’exposé historique initié par l’auteur.

Ce premier volet est donc centré sur les événements du printemps 2013, faisant la part belle à l’autobiographie, mais en la mêlant de récits, d’anecdotes, de tragédies ayant émaillé cette période. Ce qui frappe d’abord dans cet ouvrage c’est le ton de la narration. Didier Kassaï utilise un vocabulaire assez cru, prosaïque, mais empreint de truculence et d’effets comiques très inattendus dans ce contexte terrible.

Cette ambivalence est renforcée par le graphisme : une débauche de détails s’empare des images, des plus sanguinolents aux plus burlesques, parfois dans une même scène, rendant toute la dimension effarante et grotesque de la comédie humaine qui se joue là. Autre équivoque, la physionomie des personnages : les Noirs y sont presque caricaturaux, comme échappés du Congo d’avant-guerre d’Hergé, avec ces visages uniformément charbonneux, sans traits saillants, animés seulement d’une large bouche rose et roulant de grands yeux blancs. Malgré cette rusticité, l’expressivité des acteurs du drame est totale. Dernière réussite parachevant la performance, la mise en couleur : une profusion de tons délicats, de teintes profondes, naturelles, intenses, lumineuses, une exceptionnelle maîtrise de l’aquarelle qui happe le lecteur dès le premier feuilletage. Une œuvre qui interpelle à bien des égards.

Par O. Boussin
Moyenne des chroniqueurs
8.0

Informations sur l'album

Tempête sur Bangui
1. Tempête sur Bangui

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L'avis des visiteurs

    Erik67 Le 02/09/2020 à 22:09:34

    Tempête sur Bangui est un excellent documentaire pour nous alerter de la situation dans la République Centrafricaine qui fut autrefois une colonie française. Depuis que le colonisateur a laissé le pouvoir aux commandes des natifs, ce n'est que désolation sans vouloir faire de politique ou vouloir porter un jugement de valeur. Les faits, rien que les faits. Telle est ma devise.

    Ce pays est passé entre de très mauvaises mains. On se souvient de l'empereur Bokassa qui avait fait un coup d'état pour renverser un président démocratiquement élu. Puis, il y a eu d'autres coups d'états qui se sont succédés et qui ont affaibli ce pays pourtant riche en ressources naturelles. Après, on pourra toujours jeter la pierre sur la France près de 60 ans après l'indépendance. Il y a un moment où il faut pourtant arrêter de penser cela.

    Les faits décrits se situe à partir de 2012 donc c'est encore assez récent. Il s'agit d'une guerre civile entre des rebelles et des forces loyales au gouvernement en place. On va faire connaissance avec Séléka et son extrême violence. Je dois reconnaître que j'ignorais tout de la situation actuelle de ce pays dont les habitants vivent dans la peur quotidienne.

    Cette oeuvre qui a reçu le soutient d'Amnesty International mérite qu'on la lise pour comprendre le chaos qui s'est installé dans la capitale Bangui avec l'arrivée des Séléka. La lecture ne sera pas une partie de plaisir tant il est question de souffrances à travers des exactions intolérables.

    Mais encore une fois se pose la délicate question: doit-on intervenir en tant que puissance étrangère au nom des droits de l'homme dans les affaires d'un Etat souverain ? Moi, je suis plutôt partagé quand on voit de nombreux exemples à travers le monde qui concerne par exemple les grands états comme les gendarmes du monde. En tout cas, c'est la réflexion que cette oeuvre m'inspire.

    L'auteur a un bon coup de crayon. Il a parfaitement réussi sa mission que de témoigner au monde entier pour le biais de ce média sur ce qui se passe en République Centrafricaine. Cette bd servira de mémoire dans le futur. Il ne reste plus qu'à espérer un meilleur avenir pour ce peuple.

    Easy-bd Le 08/12/2018 à 19:30:25

    Didier Kassaï nous offre dans cet album un coup de crayon qui ne se retrouve nul part ailleurs, comme une nouvelle ligne clair africaine, mais qui est ici associée à des couleurs magnifique sur un scénario qui n'est ni plus ni moins que la véritable histoire de la Centrafrique en 2013. Il suffit d’ouvrir l'album sur n'importe quelle page et l'on est captivé. J'ai rarement vécu ça avec une bd! Essayez, vous verrez.