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eptembre 1944, les Alliés entrent en Belgique. Même s'ils n'ont pas encore dit leur dernier mot, les Nazis reculent, rendant ainsi leur liberté aux Belges. À la Goffe, comme partout au pays, au-delà des festivités, c'est surtout le temps de règlements de compte qui commencent. Quand collaboration et résistance riment avec histoires de famille, les apparences peuvent être trompeuses.
Petite surprise à la lecture de ce second opus des Temps nouveaux, alors que le premier volume finissait à la déclaration de la guerre, Warnauts et Raives débutent ce second tome à la Libération ! Cette approche originale donne au récit un cachet percutant. Certes, les aléas de plus de cinq ans d'occupation sont bien présents, ils nourrissent même à satiété la trame de cette comédie dramatique familiale. Par contre, l'absence du conflit permet aux auteurs de se concentrer sur leurs personnages. Le traitement psychologique des différents protagonistes en ressort gagnant. Les créateurs de Lou Cale ont su aller au-delà des apparences pour offrir des portraits des plus convaincants. Thomas, l'aventurier fier-à-bras, maintenant seul (Assunta a disparu dans la tourmente, Charles et, surtout, Alice sont partis à la ville pour aider l'occupant) sombre lentement tandis que Joseph, prêtre et ami de toujours, se révèle dans un autre rôle inattendu. Même si la narration s'égare un peu par moments (la romance entre Lucie et son GI fait un peu pièce rapportée), l'album se lit avec facilité et grand intérêt.
Dans la lignée du tome précédant, les auteurs continuent également à se régaler en dépeignant la vallée de l'Aisne, avec un talent sublimé par l'amour de leur pays. Véritable acteur invisible, la région avec ses vallons et ses forêts offre un écrin à la hauteur des mésaventures de la famille Deschamps. Autour d'une mise en page très classique, les dessinateurs réussissent à retranscrire l'atmosphère régnant durant cette époque troublée.
Diptyque aux grandes qualités, Les temps nouveaux est tout à fait recommandable.








Nous sommes en 1945. Les personnages que nous avons tant aimés où détester dans leurs profondes humanités et leurs failles ont connu la guerre. Et les revoici après l’enfer, ou presque…Car beaucoup manque à l’appel et ce second tome raconte plus les absents que les présents, narre d’avantage le hors champ que la case. Et c’est, pour moi, ce qui fait toute la réussite de cette conclusion. Raconter les absents sans savoir vraiment qui ils étaient et ce qu’ils sont devenus. Ce tome raconte l’absence mais aussi la lâcheté, les faux semblants, les perceptions des uns et des autres toujours fausses. Car la guerre est passée par là. Car la guerre a révélé les femmes et les hommes de ce récit dans tout ce qu’ils avaient de meilleurs ou de pire.
Warnauts et Raives racontent avec brio l’humanité, les petites histoires qui font la grande. Le personnage principal est le seul qui n’a eu aucune révélation sauf celle peut être de sa profonde lâcheté alors qu’il avait tant été véhément dans le 1er tome. Et on suit, au travers de son regard fuyant, la destinée de tous les autres (présents comme absents). La narration est d’une grande pertinence.
Même le graphisme me plait. Peut-être justement le temps de planches silencieuses qui racontent tant. Ce blanc maculé qui illumine des paysages magnifiques. Et même si j’ai toujours quelques difficultés avec cet ancrage presque inexistant, je trouve les planches très belles.
J'ai été emballé par "Les Temps Nouveaux", toujours dans des thématiques qui tiennent à cœur les auteurs, Warnauts et Raives, ici la seconde guerre mondiale. Sur cette toile de fond, 2 femmes voir même 3 femmes partagent le cœur d'un homme indécis, Thomas. Ces relations permettent un point d'accroche essentiel à la narration, en plus de la relation ambiguë avec le frère de Thomas (Charles) et la gestion de l'auberge dans laquelle ce dernier se trouve.
Le premier tome se déroule en Belgique avant la mobilisation générale pour la seconde guerre mondiale avant de partir au front. Le scond tome se passe à la fin de la guerre après l'arrivée des renforts américains sur le vieux continent. Ces 4-5 années qui séparent les deux tomes permettent de construire durablement les personnages et leurs évolutions respectives, de les élever et les incarner d'autant plus. Le choix de ne pas tomber dans la romance avec un récit ponctué d’événements dramatiques (guerre, relations familiales et amoureuses) ajoute un coté réaliste. C'est pour moi une narration honnête auquel Warnauts m'a habitué, car les relations humaines sont complexes et ambiguës.
Les illustrations sont plus minimaliste que les one-shots existants des deux auteurs (moins de détails), mais la mise en couleur est toujours très réussie et reflète la qualité du diptyque. Le thème de la guerre (1ère ou 2nde) est un thème qui revient souvent dans la bande dessinée, il est abordé ici avec beaucoup d'humilité et d'humanité, des dialogues percutants qui reflètent la complexité de l'homme mais aussi sa beauté.
Le sujet sur l'engagement dans la guerre est difficile et pourtant dépeint avec justesse, avec à l'appui un dessin puissant et très précis, aux couleurs particulièrement bien adaptées au scénario...Collabos, double jeu, résistants de la dernière heure, curés et révolutionnaires, amours et passion, drames et retrouvailles, le récit est cohérent et très plaisant...Petite précision, la Division Leclerc n'est pas la 4ème, mais la 2ème (en fin de page du supplément), mais cela ne terni pas ce très beau diptyque...
Juste après la guerre nous retrouvons une partie des protagonistes (certains malheureusement ne reviendront jamais) avec leur complexité et leurs interrogations après l'épreuve de la guerre qui n'a pas apaisé les problèmes personnels.
Peut-être un récit un peu moins attachant que le premier tome car malgré la fin de la guerre, pas beaucoup de bonheur ni d'espoir, mais cela reste intéressant et crédible dans une atmosphère toujours très bien rendue.
Globalement un très bon diptyque.