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« Tout homme qui n’a pas été anarchiste à vingt ans est un imbécile, mais c’en est un autre s’il l’est encore à quarante ». Ulli Lust, auteure et personnage central de ce récit qui n’a rien d’une fiction, semble avoir rempli a minima la moitié du contrat fixé par cette citation attribuée à Georges Clémenceau. C’est tout du moins ce qui ressort de la lecture de cet album retraçant un périple accompli à l’âge de 17 ans. En 1984, la jeune autrichienne, résidant loin de ses parents, décide de tout plaquer pour partir en Italie avec une copine rencontrée il y a peu (le genre de détail qui ne va pas sans créer quelques surprises). C’est avec le strict minimum qu’elles prennent la route ; à pied. Pour commencer, il s’agit de traverser la frontière sans se faire attraper par les douaniers, car, sans papiers, et qui plus est mineures, la virée pourrait tourner court.

La forme ne dépare pas du fond, bien au contraire ! Le trait est volontairement imparfait et ne manquera pas de replonger certains dans l’atmosphère studieuse des fonds de classe des années 80, où les gribouillis à connotation « punk » recouvraient cahiers et tables. Néanmoins, s’en tenir à ce ressenti serait réducteur. Tout d’abord, le dessin d’Ulli Lust, sous son apparence brouillonne, s’avère, à sa manière, régulier de bout en bout (l’ouvrage comporte tout de même dans les 450 planches). Ensuite, comme elle n’hésite pas à forcer un rien sur les expressions des personnages, il est particulièrement suggestif. Enfin, mais cela a déjà été dit, il est parfait pour illustrer ce voyage qui se révèle évidemment initiatique en bien des domaines : de la véritable amitié, de la confrontation à un univers interlope, de la naïveté de l’oie blanche qui se croyait le loup, de la réalité de la vie du sans domicile fixe ou encore de la vulnérabilité de la femme seule. Cet album vient confirmer, après Les six coups de Philadelphia, l'émergence d'une bande dessinée alternative allemande de qualité.

Si la cohérence entre le fond et la forme fonctionne, cela ne peut suffire à faire un bon album. Trop n’est pas assez, dont le titre s’apparente à un cri (de rage ?) du cœur, a d’autres arguments à faire valoir. Le recul des années permet ainsi à l’auteure de prendre une certaine hauteur dans le regard qu’elle porte sur cette période de son existence. Le ton qu’elle adopte est relativement neutre tant elle se garde bien de noircir ou d'édulcorer le tableau. En se concentrant essentiellement sur du factuel, elle laisse le lecteur seul face à ce qu’il lit, ce qui l’oblige à se poser des questions et à trouver ses propres réponses. L'option se révèle judicieuse, car les sujets abordés sont profonds, comme souvent pour ce qui touche à cette étape délicate de l’existence qu’est le passage à l’âge adulte, d’autant qu’en l’occurrence, cela ne se passe pas sans une véritable violence.

Là où se situe l’originalité de ce récit, c’est dans le rapport décalé qu’entretient Ulli avec la vie. La ligne de conduite qu’elle s’est fixée, « vivre chaque jour comme si c’était le dernier », fait qu’elle est dans un processus d’assimilation rapide. Pour autant, est-elle prête, est-elle armée pour cela ? Oui, parce que cette doctrine qui la guide l'affranchit de penser aux lendemains qui font naître les regrets. Non, parce que dans la réalité, il y a des lendemains qui, faute de devoir s’assumer, s’accumulent. Le problème étant que, lancée comme elle l’est, le temps de freinage est incertain, et donc pas nécessairement suffisant. Dans un sens, elle se nourrit de tout ce qu'elle vit pour grandir, elle parle d'expérimentations, mais de l'autre, rien n'est gratuit. Paradoxalement, ce qui la sauve, c’est son passé renié qui opère comme une bouée de sauvetage et la maintient à la surface de l'eau, toujours présente au cœur de cette mer tumultueuse dans laquelle elle s’est volontairement jetée. Elle n’en sortira pas indemne pour autant, mais il est difficile d’apprécier de quelle manière elle a perçu les choses à l’époque, tant elle y apparaît comme déconnectée, blindée par des certitudes toutes puissantes, tout en étant très consciente de ce qui lui arrive. D’ailleurs, même si elle est dans le déni, c’est bien cette conscience qui va provoquer les failles dans son raisonnement. Petit à petit, elle va réaliser qu'elle s'est éloignée du monde des vivants.

Cette fin d’adolescence menée par la farouche volonté de vivre pleinement chaque seconde pourrait avoir le goût amer d’une chronique de vie consumée trop tôt. A priori, il n’en est rien ; cette autobiographie partielle vaut pour la maturité avec laquelle elle est racontée !

Par F. Mayaud
Moyenne des chroniqueurs
7.3

Informations sur l'album

Trop n'est pas assez

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L'avis des visiteurs

    Erik67 Le 24/11/2020 à 15:17:45

    J’ai mis 3 jours pour venir à bout de ce long pavé de près de 450 pages. La lisibilité est pourtant très bonne car ce n’était pas d’une complexité extrême. On arrive à suivre facilement le périple de l’auteure dans ce récit autobiographique qui nous transporte au milieu des années 80 au-delà des Alpes autrichiennes jusqu’en Sicile. Il y a cependant des enchaînements qui ont du mal à passer. Le lecteur se posera quelque fois la question de savoir mais pourquoi on est là après tel autre évènement.

    Comme dit, cette lecture est intéressante dans la mesure où l’on vit une expérience qu’on n’a pas l’habitude de ressentir. Je m’attendais également à une fin qui allait m’apporter des réponses sur le sens de ce voyage. Or, ce n’est qu’un retour à la case départ. Par ailleurs, combien de punk ont fini dans des écoles de commerce prestigieuse pour occuper ensuite de bons emplois dans notre société capitaliste. Faut-il alors passer par là pour apprécier la vie ? Mes interrogations resteront sans réponse. Pour autant, j’avoue avoir apprécié cette œuvre. C’est quand même paradoxal…

    herve26 Le 05/03/2011 à 21:50:50

    Long pavé que cette bd autobiographique !mais quel pavé ! J'ai été littéralement happé par cette histoire . "On the road again" aurait pu être le sous-titre de cet opus. Rien ne nous est épargné dans ces souvenirs: ni le viol, ni les appétits sexuels des machos italiens, ni les errances dans les rues romaines.
    Récit fort bien raconté même si le dessin n'est certes pas l'atout majeur de l'album, mais la sincérité de l'auteur l'emporte évidemment.
    J'avoue avoir eu du mal à comprendre les motivations de l'auteur pour cette escapade, ou plutôt cette longue fugue à une époque où, heureusement pour elle, le sida n'était pas encore aussi répandu.
    Témoignage d'une époque, pas si lointaine, où la liberté rimait aussi avec une certaine liberté sexuelle; d'une époque aujourd'hui révolue , celle du mouvement punk ou plutôt pour cet album, de l'esprit punk, qui allait aussi bien avec l'insousciance qu'avec ses aspects plus durs comme la violence et la drogue.

    Cet album mérite amplement son prix à Angoulème.
    C'est une histoire forte, qui peut parfois paraitre suréaliste tant le comportement des deux amies, Ulli et Edi, ne s'inscrit plus dans l'ère du temps.
    Deux gamines inconscientes en fugue en Italie et cela donne ce très bel album.

    A lire évidement.

    zemartinus Le 17/12/2010 à 13:02:49

    bon, au premier abord je peux comprendre que ça peut en rebuter certains : un gros pavé de 450 pages avec une couverture pas plus jolie que ça, un dessin instinctif approximatif et un peu brouillon, encore un récit autobiographique... mais là, la maîtrise de l'auteure, le propos, l'intensité de l'expérience vécue méritent amplement que l'on s'attarde sur ce bouquin! il a d'ailleurs reçu un très bon accueil critique en Allemagne semble-t-il, et réunit tout ce que la bande dessinée autobiographique peut offrir d'authentique et de poignant.

    L'autrichienne Ulli Lust y raconte un épisode de sa vie d'adolescente lorsque, jeune punk viennoise de 17 ans au milieu des années 80, elle décide de partir en Italie avec une amie, sans bagages, ni argent, ni papiers, juste leur courage et leur liberté. Une véritable Odyssée moderne débute alors, qui les mènera jusque dans l'antre de caïds de la mafia sicilienne, entre grosses galères et rencontres originales, vrais drames et joie de voyager, de Vérone à Palerme en passant par Rome et Naples, elles côtoieront la violence sexuelle, les drogues dures, la brutalité, la prostitution, la mendicité, la débrouille

    Un récit poignant à la force sans pareil, touchant et drôle, brut et sauvage, qui permet une immersion totale et une véritable empathie pour la jeune Ulli... le dessin révèle quant à lui petit à petit une expressivité très forte et une vraie justesse dans les attitudes décrites, en plus de posséder une force d'évocation puissante. La narration est impeccable, les dialogues d'une authenticité parfaitement retranscrite par le traducteur.

    Bref, jetez-vous dessus si vous aimez un tant soit peut les récits poignants et profondément humains... et en plus malgré la dureté du récit ça donne envie de reprendre la route!

    ma chronique complète ici : http://hulkestmort.canalblog.com/archives/2010/12/15/19884687.html