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C ’est d’abord l’histoire d’une voix, celle de Julie Birmant, dévoilant sur les ondes de France Culture les fruits d’une rencontre. Entrecoupés de silences, les échanges avec Yolande Moreau versent dans l’intimité, révélant les facettes d’une femme, drôle à l’écran, réservée au quotidien. Les sujets de conversation se succèdent, le masque se déchire. Il y a le talent de la journaliste, bien sûr, mais aussi la qualité de l’interlocutrice. Le choix du lieu, également, s’affranchit de l’insignifiance d’un café ou de la froideur d’un bureau, pour se porter sur le domicile, le nid douillet, pour certaines, le cocon pour d’autres. Le moindre objet déposé là, négligemment, témoigne d’un trait de caractère insoupçonné, comme le César, glané en 2005 pour Quand la mer monte…, qui « ne pose pas. La pose est réservée à ceux qui craignent le ridicule et se torturent pour savoir ce qui se fait et ce qui ne se fait pas. ». C’est ce film qui fut l’élément déclencheur pour Julie Birmant, le personnage d’Irène flirtant en permanence entre le rire et l’émotion.

De l’autre côté du poste, une auditrice, Catherine Meurisse. Le charme opère. Après Mes hommes de lettres : Drôles de femmes, joli pied de nez. Son trait, lâché, faisant souvent penser à Sempé, convient à merveille pour illustrer les rencontres. Julie Birmant devient un personnage à part entière, parfois un peu cabotin, mais dégageant une formidable énergie, papillonnant autour de sa proie ou se faisant plus sage, plus discrète pour laisser l’autre s’exprimer. C’est cette mise en scène qui sauve l’album d’une relative monotonie, rendue inéluctable par une succession de monologues. Au contraire, les échanges sont vifs, alertes, rappelant sans cesse que la qualité des réponses dépend en grande partie de celle des questions.

Parmi la centaine d’entretiens réalisés, il a fallu faire un choix. Après le charme champêtre de Vernon, et surtout celui du jardin de Yolande Moreau, direction Paris, dans un appartement très chic juste en face du Bon Marché. Sylvie Joly ouvre la porte, la discussion s’engage. Elle revient sur son éducation, très stricte, sur sa courte carrière d’avocate qui révélait déjà des talents certains d’orateur. Puis vient le tour de Florence Cestac, puis de Michèle Bernier… Chaque artiste laisse son empreinte : la douce folie de Maria Pacôme, le rejet du star-system d’Anémone ou l’excentricité d’Amélie Nothomb. Et quand Julie oublie de brancher son magnéto, c’est Claire Bretécher qui évoque les souvenirs de son amie, Dominique Lavanant.

Les dialogues, comme le dessin, sont nerveux, donnant à l’ensemble de l’ouvrage une étonnante vivacité. Il ne faudra cependant pas chercher de scoops retentissants ou de révélations fracassantes mais tout simplement la mise à nue de personnalités, dont le rire est souvent une façade. À regarder le nombre de rencontres mises, pour l’instant, de côté pour des soucis de pagination, d’autres volumes semblaient, avant lecture, nécessaires. L’album refermé, ils s’avèrent désormais indispensables.

Par L. Gianati
Moyenne des chroniqueurs
7.7

Informations sur l'album

Drôles de femmes

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