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Lutte majeure

05/03/2010 6081 visiteurs 7.0/10 (3 notes)

R écit purement historique, Lutte Majeure se concentre sur un épisode du siège de Leningrad durant la 2e guerre mondiale. À des fins propagandistes, Staline avait décidé de faire jouer la dernière création de Chostakovitch, la Septième Symphonie, devenue célèbre depuis, dans la cité assiégée. Un bel exemple de détermination et de résistance. Dans la réalité, cette mission est quasiment impossible à organiser. La ville est encerclée par les Nazis, les habitants meurent de faim et l’orchestre perd des membres à chaque nouveau bombardement.

Céka (Billy Wild) a choisi de traiter son sujet d’une façon presque documentaire. L’organisation du concert et rien d’autre, à croire que la volonté de Staline est encore menaçante. Ce choix scénaristique est parfaitement assumé. Tous les éléments de la narration sont là pour faire progresser l’histoire vers un seul but : la représentation du 9 août. Sur ce point, l’album fonctionne très bien. Le propos est clair et parfaitement documenté. La situation intenable des habitants de la ville (la faim, le froid) est particulièrement bien racontée. Les personnages, par contre, souffrent un peu de cette direction unique du scénario. Malgré quelques révélations, ils ressemblent finalement plus à des âmes éteintes qu’à des artistes. Cette vision est, en fin de compte, peut-être la plus réaliste ; la survie était, sans doute, prioritaire face l’héroïsme.

Le traitement anthropomorphique de ce conflit a déjà engendré des chefs-d’œuvre bien connus. Difficile de se démarquer de Maus ou de La bête est morte ! quand on dessine des animaux pour décrire l’indescriptible. Tel est le choix fait par Borris pour Lutte Majeure. Son trait, plus proche de Benoît Sokal ou de Jean-Marc Rochette que celui d’Art Spiegelman ou d’Edmond-François Calvo est efficace. L'auteur réussit, avec un certain talent, à donner vie à ses cochons humanoïdes. Ce pari, à première vue risqué, est donc plutôt réussi. Le dessinateur est, il est vrai, aidé par les très bonnes couleurs de Brice Follet. La chape de plomb, faite de grisaille sombre et froide, créée par le coloriste, donne à ce Leningrad sous les bombes une atmosphère étouffante et tout bonnement terrifiante.

Lutte Majeure apporte sa pierre à l’édifice de l’histoire dessinée de la 2e guerre mondiale. Sans atteindre des sommets, la partition est néanmoins bien exécutée.

À lire également :
Le blog de Borris
Le site de Céka

Par A. Perroud
Moyenne des chroniqueurs
7.0

Informations sur l'album

Lutte majeure

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