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Gainsbourg (Sfar) (hors champ)

21/12/2009 8873 visiteurs 8.0/10 (1 note)

Gainsbourg (une vie héroïque) n’est visiblement pas une biographie, ni un enchainement de morceaux musicaux. Gainsbourg (hors champ) n’est pas un film. Les deux doivent être reçus comme un « conte truffé de mensonges » selon leur auteur. Le film n’est pour le moment visible que par bribes – nombreuses – à découvrir ici et là mais, de manière un peu prématurée selon Joann Sfar, le livre est déjà là. Prêt à être placé au pied du sapin, avec d’autres « beaux livres ». Qu’on le lise avant de découvrir le long métrage ou après, c’est comme se passer de la découverte de l’un ou l’autre (des deux ?), à chacun de voir.

De façon péremptoire, il est possible de dire que cette somme à l’allure monumentale ne s’adresse pas à qui ne connait rien de l’œuvre du dessinateur. Ou alors le risque est patent d’être privé d’une dimension palpable par ceux qui s’autorisent à imaginer une complicité de longue date avec lui, au motif qu’ils scrutent chacune de ses créations et apartés. Pour ceux-là, à n’en pas douter, (hors champ) est un véritable cadeau. Un condensé de quarante carnets composés, sur une période de deux ans, aussi bien de dessins réalisés au cours de la phase préparatoire du film que d’après nature, sur le plateau. Pour les amoureux de la vie qui se dégage de ces aquarelles, de l’urgence manifeste qui pousse à coucher sur le papier les idées ou le spectacle de l’instant, de la sensation de se voir révéler une image instantanée, composée de couleur et d’eau, et qui laisserait une trace sur le bout du doigt qui irait à son contact, le recueil parle de lui-même. Les autres s’interrogeront sans doute à propos de ce qui n’est ni véritablement le script, ni le story-board, ni même un résumé détaillé de la vie de Gainsbourg. La mine réjouie des uns, l’indifférence des autres.

Si (hors champ) n’est donc pas beaucoup de choses, c’est avant tout un livre de Joann Sfar, qui propose "son" Gainsbourg comme un acolyte, voire une synthèse de beaucoup de ses personnages. Cette capacité à l’intégrer au milieu de ses figures fétiches constitue le sel du livre, et va bien au-delà du portrait de famille, qu’on devinait bien avant de le voir, représentant le chanteur au côté de Pascin, de Fernand le vampire, du chat du rabbin ou de Yaacou (Klezmer). Par instant, l’idée, saugrenue peut-être, vient à l’esprit que c’est le personnage de Gainsbourg qui, depuis les débuts de l’auteur, a inspiré tous les autres. Avant qu’elle laisse la place à son négatif : c’est la personnalité de l’auteur, celle que l’on aperçoit en tout cas à travers ce qu’il offre à ses lecteurs, éparpillée jusqu’alors, qui se trouve condensée en un seul. Cette illusion de décryptage, ou bien ce jeu de mystification, apporte un indéniable plus qui fait que les pages donnent l’impression de se tourner toutes seules. L’intermède de la page 335, authentique et sincère, à propos de souvenirs fabriqués, du souvenir de la mère, risque d’avoir une portée différente selon que le lecteur se sent proche ou pas, depuis longtemps ou pas, de l’auteur.

Autant dire donc qu’on évolue en territoire connu. Le choix d’un musicien, juif, issu d’une famille d’immigrés, attaché à ses racines, amoureux de sa patrie d’élection, n’est pas fait pour surprendre. L’occasion de remarquer que l’exposé apparaît plus riche dans les phases de la vie de Lucien Ginsburg qui correspondent aux âges que Joann Sfar a désormais derrière lui (l’enfance, la première phase de l’âge adulte) plutôt que les suivantes. Les premiers pas dans l’existence dans un environnement particulier, l’apprentissage de la création et du succès, la dimension schizophrénique, le doute et les blessures de l’âme semblent de meilleures muses que les coulisses du showbiz ou une déchéance mise en scène où l’implication semble moindre. Aborder ces sujets, c’est doublement rassurant : à la fois pour l’auteur (sans prétendre parler à sa place) qui s’aventure dans un nouveau média et pour le lecteur qui consent à le voir creuser un sillon familier sous un angle légèrement différent (les mauvais esprits parleront de rabâchage) plutôt que de se renier sous prétexte de vouloir faire tout autre chose.

Que le film soit bon ou pas, en tant qu’amateur de Joann Sfar et de BD, désormais, on s’en fout un peu. Si l’acteur principal ne verse pas dans l’abondance de tics maniérés qui affectaient parfois son modèle au point de les faire sonner faux et si l’effet de la « gueule » ne tombe pas à plat une fois sur pellicule, le long métrage retraçant cette vie héroïque devrait se révéler intéressant. Pour le fan du poète écorché auquel on promet des indices et des références visuelles à chaque coin de scène, comme pour celui du père du Chat du rabbin dont on est impatient de découvrir la gestion du découpage et de l’ellipse, le dosage entre volubilité et place laissée à l’ambiance sonore, les choix de lumière. Dans le pire des cas, de toute façon, le souvenir laissé par Gainsbourg cinéaste ne constitue pas un étalon susceptible d’effrayer l’un et l’autre lorsque la lumière de la salle va s’éteindre. (hors champ) est une offrande, une œuvre qui se suffit à elle-même, qui contient plus que ce que l’on verra à l’écran. Qui contentera la soif des uns, qui déroutera ceux qui en attendaient autre chose. A tort ? A raison ? A juger sur pièces.

Difficile cependant de ne pas être légèrement soucieux - pour l'auteur qui n'a bien entendu rien demandé à personne - à la découverte de quelques phrases dans la préface (à lire après tout le reste comme il se doit ; tout comme le livre après la découverte du film…). Pas seulement parce que celle-ci débute de la meilleurs manière qui soit pour s’égarer en route et finir par perdre de son intérêt à tel point que le propos finit dans une impasse : parler de Gainsbourg sans parler du tout de pornographie, c’était pourtant un beau challenge à relever, prude ou pas ; exposer son travail à soi sans théoriser au risque de faire bailler même les plus endurcis, ce qui ne doit pas vouloir dire dissimuler ses idées et sa faculté indiscutable à les exposer, voilà qui pouvait séduire aussi. Détails direz-vous que ces deux ou trois feuillets qui ne sauraient faire d’ombre aux lumineuses 450 et quelques autres pages. Il y a autre chose. L’opposition du vécu de l’auteur de BD et du cinéaste par ces mots : « je n’avais de l’amour qu’après avoir fini un livre (…) avec le cinéma, c’est même pendant la création qu’on se sent porté par des âmes bienveillantes ». Le 20 janvier et des poussières, on saura si l’accueil critique et public donneront le change à « On voyait les lecteurs (de BD) et on se disait que ça valait le coup ». On le souhaite.


A noter : Un portfolio Gainsbourg (images) proposé par Dargaud (23 illustrations assorties de citations) est également disponible. Et pour plaire à ceux qui ne hurleront pas au gavage intensif, Feuille de Chou – Journal d’un tournage signé Matthieu Sapin sera publié par Delcourt à la date de sortie du film. Personnellement, en bonus sur le DVD, Mr Noël, si je pouvais vous suggérer La ballade Melody Nelson (et L’homme à la tête de chou, soyons fous) illustrée par Joann Sfar pour accompagner la version de JC Averty dans ma vidéothèque…

Par L. Cirade
Moyenne des chroniqueurs
8.0

Informations sur l'album

Gainsbourg (Sfar)
(hors champ)

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L'avis des visiteurs

    nonodu18 Le 22/08/2015 à 21:51:56

    Et dire qu'il y en a qui qualifie ça de "monumental" !!!! Mon neveu de 4 ans m'a fait quelques dessins, il a toutes ses chances de devenir une star !

    minot Le 21/04/2012 à 09:57:11

    Les nombreuses aquarelles sont superbes et illustrent l'indéniable talent de Sfar. Un dessin tout en liberté, qui laisse assez rêveur. J'avais adoré le film, et j'ai énormément apprécié cette BD.

    herve26 Le 24/01/2010 à 10:23:36

    Monumentale, cette nouvelle oeuvre de Sfar, Gainsbourg (hors champ). Non seulement par le nombre de pages (plus de 450), mais surtout par la beauté des planches. Joann Sfar revient une nouvelle fois à l'aquarelle (inaugurée avec "la Java Bleue"). D'ailleurs, je ne suis guère étonné que Sfar aborde la vie du chanteur à la fois au cinéma et en bande dessinée car Pascin, avait parfois des airs de Gainsbourg sur certaines planches.
    Je n'ai pas suivi les conseils de l'auteur prodigués dans sa longue préface et j'ai donc lu son livre avant d'avoir découvert le film.
    Ici, je retrouve le Sfar que je préfère, beaucoup plus proche de l'univers des carnets (parus chez Delcourt et à l'Association), que de ses récentes parutions, assez inégales.
    Cet album n'est ni une biographie, ni un carnet sur le tournage du film mais un mélange très réussi des deux.
    Paraphrasant Balzac à propos du "Rouge et le Noir", je dirai que Joann Sfar a fait un livre où le sublime éclate de pages en pages.
    Particulièrement réussis les portraits de Juliette Gréco, de Bardot ou encore de Jane Birkin et de toutes les femmes rencontrées par Gainsbourg.

    Un livre assez long à lire mais très beau à contempler.
    Son film est parait-il un conte mais certainement pas un conte pour enfants car Sfar se livre à quelques dessins que l'on pourrait qualifier d'osés voire pornographiques et rejoint là, l'univers de Pascin (oeuvre évidemment à découvrir pour ceux qui ne l'aurait pas encore lue car on y retrouve le monde de la peinture, cher à Gainsbourg, et une vie de débauche)

    Vous l'avez compris ce GainSfar est une petite merveille, entre la bd et le livre d'art que l'on ouvre comme ça, à n'importe quelle page pour admirer un dessin, un tableau...

    Une réussite totale.