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"Comment t'appelles-tu ? Tu as quel âge ? Tu es catholique ou protestant ?". La dernière question peut paraître incongrue en France. Pas en Irlande du Nord. A la fin des années 80, le conflit fait rage à Belfast, notamment, où l'IRA, branche armée du Sinn Féin, parti nationaliste, multiplie les attentats. En face, l'armée britannique tente, en vain, de rétablir l'ordre avec des méthodes très discutables. La Dame de Fer reste, pour le moment, inflexible. Pas question de négocier avec des terroristes. C'est dans ce contexte explosif d'une ville meurtrie par une guerre civile larvée que débarquent deux ados, venus de France, pour apprendre l'anglais. Ils se prénomment Chris et Nico et leur naïveté, autant que leur insouciance, vont être mises à mal. Deux potes qui, dès leur arrivée, se retrouvent séparés. L'un dans une famille catholique, en plein cœur du conflit, l'autre chez des protestants, dans un quartier beaucoup plus huppé, épargné par la violence. Et puis, il y a les filles, les premiers émois dont le langage a le mérite d'être universel. L'Irlande, un simple voyage linguistique ? Bien plus que ça, un véritable parcours initiatique qui transformera définitivement deux gamins de 14 ans en adultes dont les yeux auront perdu beaucoup de leur candeur.

Il serait tentant, de prime abord, de comparer Coupures irlandaises à Un Homme est mort, tant Kris excelle dans l'exercice difficile de la chronique sociale. Pourtant, selon l'auteur, les deux albums sont loin d'être aussi ressemblants qu'il n'y paraît, dans la mesure où le premier raconte un drame survenu après une heureuse aventure, tandis que le deuxième relate exactement l'inverse. Autre différence, l'authenticité des deux récits. Si la quasi-totalité du contenu de Coupures irlandaises est basée sur des faits réels, la fin, en revanche, a été inventée. Pourquoi avoir voulu à tout prix ajouter à l'histoire un côté tragique, alors que les événements, remarquablement décrits, suffisaient amplement à rendre compte du climat de haine ? Autre bémol, autant il est facile d'imaginer les aspirations d'adolescents, apprentis révolutionnaires, luttant contre le pouvoir en place, autant il aurait été intéressant de connaître la position de jeunes protestants face au conflit.

Pour le reste, c'est du grand art. Kris décrit sa propre expérience, évoque le quotidien d'hommes et de femmes qui vivent, depuis des décennies, avec le bruit des bombes, l'odeur de la poudre et le va-et-vient de militaires armés jusqu'aux dents. Clichés Beyrouth 1990 racontait l'histoire de deux frangins partis au Liban pour se rendre utiles et le choc qu'ils ont reçu devant la réalité de la guerre. Chris et Nico, eux, ne connaissaient rien de l'Irlande à part les quelques clichés classiques relatifs au temps pluvieux et à la nourriture... spéciale. Parler d'émoi à leur arrivée serait sans doute un euphémisme. C'est un véritable séisme intérieur qui agita les deux gamins à travers une aventure sociale extraordinaire. A ce sujet, Kris se demande encore : "Comment nos parents ont-ils pu nous laisser partir là-bas ?".

L'auteur n'a pas son pareil pour faire jaillir de l'horreur des sentiments beaucoup plus nobles. Il mêle habilement les relations humaines, qu'elles soient familiales, amicales ou amoureuses, pour en extraire l'essentiel. Il n'y a qu'à voir le regard d'un père inquiet pour son fils ou les risques courus par Chris pour retrouver Nico, en plein cœur de Belfast, pour s'en rendre compte. Pas d'emphases, pas de larmes, pas de cris. Seulement l'impact de la pudeur et de la retenue.

Pudeur et retenue. Deux termes qui pourraient également qualifier le remarquable travail de Vincent Bailly. Derrière un trait faussement approximatif, le dessinateur parvient à transmettre un large panel d'émotions contradictoires. Des yeux grands ouverts et c'est la peur de Chris qui jaillit devant l'armée britannique ou la sévérité du regard des fils d'Henry traduisant leur haine envers la communauté protestante. Un contraste saisissant avec la douceur angélique des visages de Ruby et Fiona, les filles du groupe. Le tout donne un ensemble harmonieux, rehaussé par des couleurs directes particulièrement réussies.

La fin de l'album contient un dossier très instructif retraçant l'historique du conflit nord-irlandais mais aussi plusieurs témoignages. De quoi convaincre les plus réticents du caractère quasi-indispensable de Coupures irlandaises, un ouvrage poignant et passionnant, mais aussi terriblement humain, dans le pire comme dans le meilleur.

Par L. Gianati
Moyenne des chroniqueurs
7.6

Informations sur l'album

Coupures irlandaises

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Note: 3.8/5 (60 votes)

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L'avis des visiteurs

    Erik67 Le 31/08/2020 à 21:21:02

    Kris a l'air de se spécialiser dans les bd de prise de conscience. Dans Un homme est mort, il voulait nous rappeler le difficile combat des syndicats lors d'une immense grève pour sauver ses chantiers. A partir d'un drame humain individuel qui aurait pu être évité, il tire avidement tout son récit... ce qui peut énerver certains lecteurs n'aimant pas les partis pris.

    Dans coupures irlandaises, il s'agit de donner une vision beaucoup plus vaste de ce qu'à pû être la vie quotidienne des habitants de Belfast dans les années 80 à partir d'une expérience vécue de voyages scolaires par le biais d'un professeur d'anglais.

    L'auteur admet bien volontiers dans un dossier spécial en fin d'ouvrage que la fin du récit est résolument dramatique par rapport à la réalité qu'il avait vécu. Par ce biais et en nous prenant par les sentiments, il voulait nous faire ressentir l'injustice et l'état de guerre permanent qui a embrasé l'Ulster. Je n'ai rien contre ce procédé d'autant que cela paraît tout à fait plausible.

    Maintenant, j'ai toujours eu un faible pour les peuples qui défendent leur unité territoriale face à un envahisseur (dixit le Tibet par exemple). L'Irlande est une île dont un petit bout au Nord-Est se trouve sous administration anglaise pour des questions de religion principalement. C'est vrai que je trouve tout à fait ridicule qu'on puisse se battre parce qu'on est catholique ou protestant et qu'un lointain personnage historique à savoir Guillaume d'Orange a mené une bataille victorieuse. C'est totalement absurde ! Je suis véritablement intolérant... face à la guerre.

    J'irai même plus loin en indiquant que c'est quand même au peuple de se responsabiliser pour ne pas sombrer dans la haine et la rancoeur. Ces choses là sont impossibles en France car il existe véritablement une unité nationale malgré la diversité. Pourquoi ne pas comprendre qu'il faut respecter son prochain? Non, là-bas, il y a des pasteurs intégristes qui enseignent la haine. Or les différences peuvent constituer une source de richesse pour peu que l'ouverture d'esprit existe.

    J'avais sans doute pas besoin personnellement de "coupures irlandaises" pour me faire une idée sur la situation que vît le peuple irlandais. Cependant, ce témoignage vu par des adolescents de 14 ans est tout à fait intéressant et mérite une lecture, voir un achat. Cela provoquera bien des réflexions. Le but tout à fait louable de l'auteur est atteint.

    judoc Le 28/05/2020 à 07:35:27

    La découverte de Belfast en pleine guerre civile par deux jeunes ados avides de parfaire (ou découvrir) la langue de Shakespeare. Une bien drôle d'idée quand on y pense, de vouloir travailler sa compétence linguistique dans une région d'Europe que l'on associait, à la fin des années 80, à des termes aussi peu engageants qu'attentats, bombes et terrorisme.

    Toujours est-il que cet album autobiographique romancé, contribue à éclairé pleinement l'existence difficile de ces habitants et les rancœurs tenaces qui gangrènent les relations de ce peuple Nord-Irlandais. Néanmoins, l'humanisme de certains protagonistes attachants, permet à tout ce petit monde de trouver encore la force de sourire (lecteur compris) face à un conflit dramatique et très peu lisible (vu de ma toute petite fenêtre Franchouillarde).

    Dans un registre similaire, les deux albums de Pierre ALARY ("mon traitre" et "retour à Killybegs") complètent à merveille cette courte immersion et en disent un peu plus sur ce conflit issu du colonialisme (encore !) qui s'est quand même apaisé en ce début de XXIème siècle puisque les armes ne parlent plus.

    Bon album au final avec un scénario et un dessin agréable. Un sujet, en plus, rarement abordé en bande dessinée.

    Lelf Le 21/08/2008 à 22:29:21

    Un de mes plus gros coups de coeur de l'année.

    L'adolescence est le temps des découvertes, des remises en question et de la prise d'indépendance. Les deux copains de "Coupures Irlandaises" n'y échappent pas. Sauf que pour eux, plongés dans l'Irlande du Nord des années 80, en plein affrontement entre irlandais et anglais, les découvertes ont parfois des goûts de peur et d'amertume.

    Le dessin original porte avec ses belles couleurs l'histoire humain de jeunes gens dont l'innocence est radicalement opposée à la dureté du quotidien.

    Une belle BD semi-autobiographique remplie d'émotions, entre joie et angoisse au sein d'un pays qui fascine l'auteur depuis toujours. A lire et à offrir.

    Hugui Le 07/08/2008 à 21:02:11

    Ça démarre piano avec récit banal de la vie d'adolescent qui partent en voyage linguistique "à nous les petites anglaises" et j'ai un peu de mal avec les dessins qui me font un peu penser à ceux de Gibrat à ses débuts.
    Mais le récit progresse crescendo surtout avec l'arrivée en Irlande et la découverte de cette oppression anglaise et on finit par être pris dans le récit et du coup les dessins passent très bien. Et puis ce coup de poing final, est-ce trop ?
    D'un côté je regrette que ce récit ne soit pas uniquement réel car la force du réel est suffisante, d'un autre c'est très fort et on est très soulagé (et presque déçu, le gout du sang :oops: ) que ce soit de la fiction, et ça participe à l'émotion que procure cette histoire.
    Et le complément est très intéressant.

    Bref au final une nouvelle bd indispensable scénarisée par Kris