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Chroniques d'Iblard 1. Le pays des laputas

20/03/2008 7202 visiteurs 5.0/10 (1 note)

S e plonger dans les Chroniques d’Iblard, c’est accepter de se fondre dans un univers riche et complexe, dans les méandres oniriques d’un monde où la logique n’a plus de raison d’être. Perte des sens, absence de repères, l’immersion est complète mais elle n’est pas sans risque pour le touriste en manque de séjour atypique. Naohisa Inoué propose ainsi un parcours initiatique au cœur de sa création, le Monde d’Iblard. Au gré des 12 histoires qui composent le recueil, le guide apparaît peu disert et seules quelques clés de compréhension sont livrées au lecteur déboussolé. Au cours de la visite, il apprendra, par exemple, les secrets de la récolte du tabac azur ou ceux de la fabrication d’un terramodèle (trouver un tramway abandonné dans la forêt, demander à un homme des bois de l’apporter dans la plaine, inciter un sorcier à récupérer de la syntholite – pierre qui amplifie la pensée – du poste du conducteur, puis modeler le corps du véhicule avec de l’argile avant de le cuire à haute température) ou encore le danger que représente l’apparition soudaine d’un éléphant dépressif. Mais à peine devinera-t-il au fil de ses pérégrinations un arrière-plan géopolitique complexe. Comme il sera bien en peine de décrire un environnement changeant, animé par une tectonique des plaques très particulière, qui voit surgir de temps à autre des Laputas, ces îles flottantes dont Jonathan Swift avait le premier rapporté l’existence dans Les voyages de Gulliver.

Lost in translation, jet-lag, déséquilibre de l’oreille interne ? Comment expliquer ce sentiment de vertige diffus alors que l’on repose l’album ? Simple trouble provoqué par le décalage fantasmagorique ? Peut-être faut-il chercher ailleurs. Serait-ce lié à l’absence de cohérence entre des histoires publiées entre 1982 et 1995, regroupées de façon arbitraire par l’éditeur. Sans même évoquer la question de la lisibilité de la police retenue, pourquoi avoir choisi de placer les chapitres dans le désordre ? La lecture en devient laborieuse, hachée quitte à décliner l’invitation au voyage.

Le dépaysement est pourtant assuré, comme l’atteste le traitement graphique de l’ensemble, à mille lieues de l’esthétique habituelle de la bande dessinée japonaise. A bien des égards, les planches ne manquent pas d’évoquer les travaux de Moebius, de René Laloux ou de Roland Topor (Les Maîtres du temps, La planète sauvage). Mais Inoué maîtrise avant tout les techniques de l’art pictural. Il semble ainsi particulièrement influencé par l’impressionnisme et le pointillisme. Par l'absence de trame, le dessin paraît procéder par petites touches et les décors fourmillent de détails. Mais il est difficile de se libérer de l’impression de n’avoir à contempler que des ébauches où manquerait un élément essentiel: la couleur. Il n’y a, pour s’en convaincre, qu’à contempler les superbes peintures acryliques de l’auteur ou visionner Mimi wo Sumaseba (réalisé par Yoshifumi Kondo et produit par Hayao Myasaki au sein des studios Ghibli).

Œuvre difficile d’accès, Chroniques d’Iblard se mérite. De ce point de vue, l’album s’adresse aux connaisseurs et n’est sans doute pas la meilleure façon de s’initier aux merveilles d’Iblard. Pour les autres, la visite du site internet de l’auteur s’impose au préalable.

Par D. Lemétayer
Moyenne des chroniqueurs
5.0

Informations sur l'album

Chroniques d'Iblard
1. Le pays des laputas

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