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A 43 ans, Marisa Acocella Marchetto, illustratrice new-yorkaise en vogue, mène sa vie tambour battant avec l’insouciance qui sied si bien aux gens heureux. En parallèle, une analyse se prolonge dans les années. Séances de shopping, restaurants tendances et soirées où le tout N.Y. est dans la place s’enchaînent à un rythme frénétique que rien ne semble devoir arrêter. Rien, si ce n’est une petite boule au sein qui va venir perturber cet état de grâce.

Avec un titre comme Cancer and the city, le ton est donné et ce n’est pas la jaquette flashy qui démentira cette première impression. Le contenu est à l’avenant, rythmé à en devenir fatigant ! C’est en tout cas la sensation qui guette le lecteur européen, sans doute peu habitué à pareille extravagance, si ce n’est à travers des séries télévisées dévouées au culte de la working girl. Alors que cet album n’a pas été initialement rédigé pour le public du vieux continent, il est surprenant de prendre conscience que ce dernier y trouvera, par son côté « dépaysant », un intérêt selon toute vraisemblance peu perceptible outre-Atlantique. Dire cela alors qu’il est question de cancer peut paraître inconvenant, mais le refuser ne permettrait pas de comprendre la démarche de l’auteur qui, frappée de new-yorkite aiguë, va se retrouver confrontée au caractère universel de la maladie. Ce témoignage trouvera sans doute des détracteurs parce que bien volontiers provocateur, mais en rester à cet aspect des choses serait sans doute réducteur. Sans pathos exagéré ou distance prétentieuse, c’est décomplexée et avec une humanité que la mise en bouche ne laissait en rien présager que ce petit brin de femme énergique va affronter le mal qui la ronge. Dans ce combat, son entourage répondra présent et l’évolution du rapport à l’autre que développe M. Acocella dans cet ouvrage est particulièrement intéressante. Elle évoque ainsi son petit monde avec finesse et humour, sans oublier un soupçon de mauvaise foi. La palme revient tout naturellement à sa mère, hypocondriaque notoire, stéréotype de la mama à l’italienne, aussi envahissante qu’aimante. Le reste des personnages est du même acabit.

La narration bénéficie d’une savante maîtrise du découpage et le métier de M. Acocella n’est sans doute pas étranger à ce talent. Jouant avec les symboles et les contrastes, elle parvient à tirer l'essentiel de chaque scène. Le graphisme, aux couleurs vives et tranchées, est accessible et efficace, sans pour autant relever du classique ou du convenu. Les pages se suivent et ne se ressemblent guère, l’approche sans cesse renouvelée qui se pose en opposition au mécanisme répétitif des traitements en témoigne avec conviction.

L’intérêt de Cancer and the city ne réside pas seulement dans cette lutte contre la maladie, mais aussi dans la description des relations humaines. Outre les amateurs de Woody Allen, autre new-yorkais assumé, que cette BD torturée à souhait devrait ravir, le public féminin pourrait bien être séduit par une telle sensibilité alliée à une telle trempe.

Par F. Mayaud
Moyenne des chroniqueurs
6.5

Informations sur l'album

Cancer and the city

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Note: 2.9/5 (12 votes)

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