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Femmes de réconfort Esclaves sexuelles de l'armée japonaise

22/11/2007 12050 visiteurs 7.3/10 (3 notes)

« Plus que tout, je refuse catégoriquement le terme de ‘femmes de réconfort’ ! Puisqu’il signifie quelque chose de chaleureux et de doux. Nous n’étions pas des ‘femmes de réconfort’, mais des victimes de rapts et de viols commis par l’armée japonaise !», Jan Ruff O’Herne.

Récemment co-publié par Au Diable Vauvert et 6 Pieds Sous Terre, Femmes de réconfort est un véritable documentaire en bande dessinée sur une facette encore trop méconnue de la Seconde Guerre Mondiale en Extrême-Orient. Jung Hyung-a s’attaque au sujet pour expliquer qui sont ces femmes enlevées, parquées, violées et instrumentalisées par les militaires nippons et comment ce système s’est mis en place. Ce faisant, elle fournit une véritable leçon d’histoire à travers une vaste enquête mêlant témoignages et rappels historiques.

Articulé en plusieurs parties, l’album introduit le sujet à travers l’histoire de Jan Ruff O’Herne, une hollandaise qui a été « femme de réconfort » et dévoile ce douloureux pan de son passé ainsi que la honte liée au viol. Elle sert d’exemple et de révélateur tout en interpellant sur la frilosité toujours d'actualité de la société coréenne vis-à-vis des agressions sexuelles. Elle souligne également le courage de ces êtres meurtris qui combattent depuis 1992 pour la reconnaissance de leurs souffrances. L’autre grand récit est celui d’Aso, un des médecins militaires en charge de l’hygiène des « femmes de réconfort ». Il détaille par le menu le système mis en place par l’armée impériale, depuis ses débuts en Chine et en Corée jusqu’à sa réutilisation par les autorisations japonaises après la défaite. Et il explique les différentes manières dont des jeunes filles ont été enlevées à leurs familles, arnaquées et trompées par des promesses d’embauche pour finalement en faire des esclaves sexuelles. Un intermède sous forme de dialogue s’attache à définir la terminologie exacte recouvrant l’expression « femmes de réconfort ». Un autre propose une réflexion sur le trafic d’êtres humains et les violations des droits internationaux. Enfin, un dernier récit intitulé « Carnet de voyage d’une pièce rapportée » témoigne de la vie d’une de ces coréennes, Lee Ok-Sun Halmuny, tombée aux mains des Japonais en Mandchourie, et de ce qu’elle est devenue après la guerre.

Très simplement, en replaçant les événements dans leur contexte, en multipliant les références, et sans jamais tomber dans la surenchère, Jung Hyung-a parvient à donner une vision juste de ces atrocités et de la cruauté du système des esclaves sexuelles si parfaitement organisé et rationalisé par l’armée nippone. Elle met en lumière toute l’horreur, la perversion morbide et le cynisme. Le parallèle avec Maus d’Art Spiegelman est évident dans le sujet choisi : celui de l’indescriptible commis par l’homme. Cependant le traitement est très différent de même que le graphisme.

Le dessin simple, parfois caricatural, de l’auteure et le ton pédagogique donne l’impression d’être devant un documentaire illustré facile d’accès. Le recours à un certain humour avec des personnages exubérants renforce le discours et souligne encore, grâce à ce décalage, toute l’ignominie des « maisons de réconfort ». Ainsi, le cas d’Aso interpelle et choque d’autant plus qu’il est tourné en dérision. Profondément convaincu d’être investi d’une mission divine visant à combattre les maladies vénériennes et à empêcher le viol des civiles, ses pensées grandiloquentes et ses atterrements face aux pratiques non hygiéniques de certains soldats prêtent à rire, tandis que ces actions ou son désintérêt pour les blessures des « femmes de réconfort » font froid dans le dos.

Mine d'informations, témoignage frappant et hommage à ces femmes dont les vies ont été brisées durant la Guerre du Pacifique, Femmes de réconfort est un ouvrage exceptionnel et indispensable. Incontournable.

Par M. Natali
Moyenne des chroniqueurs
7.3

Informations sur l'album

Femmes de réconfort
Esclaves sexuelles de l'armée japonaise

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