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Donjon Monsters 10. Des soldats d'honneur

19/01/2006 16419 visiteurs 8.2/10 (12 notes)

A ttention album-monstre ! Après 24 tomes, les qualités et l’originalité de la série Donjon ne sont plus à vanter. A partir d'un terreau adondamment travaillé et parmi les plus codifiés qui soient, la série crée et développe sa propre mythologie en multipliant les époques et en variant le ton (du tragique au comique). Comme dans toutes les épopées, il y a le plaisir de retrouver une multitude de personnages familiers, plus ou moins héroïques qui se croisent au gré des ramifications de l’histoire. Il y a aussi celui de la découverte (enfin pas pour tout le monde) de talents grâce à la formule des dessinateurs-invités et qui se fondent dans ce monde, débordant d’un enthousiasme perceptible, sans pour autant renier leur style. Donjon, c’est énorme, c’est dingue, c’est frivole, c’est infini. Tout ça on le sait.

Et pourtant Des soldats d’honneur est une claque monumentale. Sombre, riche, désespéré, profond. Un livre sur le destin, la soumission, la résignation, tous subis et célébrés dans une sorte de culte informel et païen. Rustre il l’est, Görk le soldat aveuglément dévoué au Grand Khan. Privé d’un libre-arbitre à force d’obéissance aveugle à l’autorité, ses actes sont barbares, motivés par ses instincts primaires, les seuls qu’il a la faculté d’exercer. Lorsqu’il ébauche un raisonnement, qu’il essaie un tant soit peu d’élever sa pensée, celle-ci se censure en se référant à des lois, des usages qui lui dictent sa conduite. L’image d’un Sisyphe et de son rocher ne sont pas loin. Là, une pensée qui prend forme pour être amenée à la lumière dévale fatalement la pente avant d’avoir pu aboutir à un acte. Cet esprit formaté fait penser à ceux des victimes des mouvements sectaires, dépassés par ces puissances qui les gouvernent et dont ils peinent à imaginer qu’elles pourraient chercher à leur nuire. Les réflexions de Görk tombent à plat, clouées au sol par la chape de plomb qu’on lui a toujours imposée. Qu’elle soit le fait de son chef suprême, de la hiérarchie militaire, ou même de sa propre famille (moment édifiant que ce pèlerinage des deux frères sur les terres de leur enfance).

La voix off qui s’exprime tout au long du récit avec des mots simples, ces raisonnements rudimentaires, ces exposés sans concessions ni non-dits, en un mot ce mode de narration, installent une ambiance unique et poignante. Celle d’une chanson médiévale contée dans un langage moderne.

Mais cette ambiance on la doit aussi au talent de Bézian. Le ton est donné dès la couverture hargneuse et dramatique sur fond de déluge apocalyptique. Cette scène, développée dans l’album, est symbolique de la force de ce trait qui laisse pantois. Le style « hachuré » (que le profane peut être trivial !) on connaît. Soit. Mais là, c’est remarquable d’équilibre, alliant détail et sobriété à un niveau d’excellence rarement atteint. Spontanément, on a envie de citer en exemple cette pluie, diluvienne et pénétrante, comme on n’en avait plus vu, dans un autre registre, depuis le Sin city de Miller. Mais on a en tête aussi, sans que ce soit exhaustif, les admirables scènes d’ombres sous la tente, les monuments fragiles et symboliques d’un monde en ruine ou encore l’aridité brûlante de ce désert d’où on ne revient pas. Et, de bonne grâce, on rendra hommage une fois de plus au travail de Walter, dont les choix des couleurs, ici tout en sobriété, servent efficacement cet univers, quel que soit le dessinateur avec lequel il doit composer . Une fois encore, le duo Trondheim - Sfar semble avoir conçu du sur-mesure pour mettre en valeur le style d'un accolyte qui leur rend concrètement grâce de leur confiance.

Bon sang que l’année commence bien ! Avec un nouveau Potron-Minet, deux Monster dessinés par Bercovici et Stanislas et le Zénith de Boulet qui se profilent prochainement, le mythe n’est pas prêt de s’éteindre et les fans n’ont pas fini de trépigner d’impatience.

Par L. Cirade
Moyenne des chroniqueurs
8.2

Informations sur l'album

Donjon Monsters
10. Des soldats d'honneur

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Note: 4.1/5 (161 votes)

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L'avis des visiteurs

    minot Le 09/04/2012 à 22:24:33

    Incontestablement le meilleur "Monsters" de la série. Le dessin torturé de Bézian s'accorde à merveille à cette histoire tragique, épouvantable et sublime à la fois, donnant à ce récit une atmosphère cauchemardesque.
    DES SOLDATS D'HONNEUR est un chef d'oeuvre atypique, une espèce de conte teinté d'humour noir, très noir, à tel point qu'à la lecture on ne sait pas si on est en train de rêver ou de cauchemarder.
    Très très grand !

    monsieur burp Le 30/05/2009 à 18:07:39

    Superbe album. Peut être le meilleur de l'univers donjon.

    Une grande histoire: obéir aux ordres ou faire parler ses sentiments...??
    Deux frères seront confrontés à ce choix.
    Le dessin brut et le trait nerveux de Bézian colle parfaitement à l'histoire. Ce style renforce la tragédie de l'histoire. De plus pas de phylactère. Seulement un très court texte expliquant la pensée d'un des héros.
    Touts ces détails renforcent la noirceur du propos, une vraie réussite. Du grand art.
    Ces soldats cruels s'humanisent à nos yeux. On attends, à chaque page, le retour aux sentiments du héros. On les aime...

    Ça faisait longtemps que je n'avais pas été secoué par une bédé.
    Magnifiquement magnifique.

    safedreams Le 07/03/2006 à 20:11:46

    Un donjon énorme. On est plus trop dans la série mais dans l'expérimentation tant au niveau des dessins, de la narration et du ton très inédit pour cette série. Les crépuscules sont hilarants face a ce donjon. C'est beau, c'est triste, c'est génial...

    Guyomar Le 28/02/2006 à 10:43:29

    Et un crépuscule de plus. Espérons que ce soit pas le dernier ! J'avais trouvé "Crève-coeur" très sombre et "Des soldats d'honneurs" est pire. Crépusculaire peut-être ! Le trait de Bézian vaut bien celui de Carlos Nine dans le style torturée et tortueux. D'ailleurs le découpage et le type de narration sont les mêmes dans ces deux Monster. Ce tome ne fait pas beaucoup avancer la trame générale mais bon, j'men suis foutu un peu, trop content de retrouver tous ces lieux qui font que je suis si attaché au petit univers du Donjon.
    J'ai bien aimé donc, mais bon, ça fait bien longtemps que je ne suis plus objectif à propos du Donjon ! Demandez donc à un fan des Feux de l'amour si le dernier épisode est un daube infame ;o) J'y vais un peu fort dans le comparatif, j'en conviens.
    Bref c'est du bon Donjon (mais dans le Donjon tout est bon...quoi ? elle a déjà été faîte ?!!!) que je recommande vivement si vous broyez du noir ou si avez des envies de meurtres...

    yvantilleuil Le 17/02/2006 à 21:19:54

    Ah, qu'il est fort ce duo Sfar-Trondheim. D'une voix-off aux mots simples et aux raisonnements primitifs, il nous livre un récit profond et sombre. L'histoire tragique de deux frères, Görk et Krag, soldats de la Géhenne et aveuglément dévoués au Grand Khan.

    Une obéissance absolue aux ordres d'un supérieur qui par le passé à poussé des gens à ouvrir des robinets de chambres à gaz et qui dans ce tome surréaliste va pousser Görk à tuer son frère sans vraiment se poser trop de questions car son honneur et sa fierté de soldat sont en jeux. Une soumission absolue, un raisonnement absurde qui fait abstraction des liens fraternels qui les unis. Des actes dictés par des lois stupides qui conduisent à des démarches barbares et un Gork qui finira bourreau, mais également victime de ses actes.

    La noirceur du récit se retrouve dans une colorisation sobre et triste. Je trouve le dessin de Bézian ("Ne touchez à rien"), sorti du contexte de cette histoire, plutôt mauvais. Un trait hachuré, une accumulation d'égratignures bâclées, c'est d'ailleurs le seul dessinateur dont j'ai gommé la dédicace tellement je trouvais le dessin mauvais.

    Mais, bizarrement, ici ça passe. Peut-être parce que le dessin n'est qu'en arrière-plan de cette voix-off qui nous tient du début à la fin et que les éraflures de Bézian renforcent la noirceur du récit et la tristesse qui emplit le lecteur face à l'incompréhension, le gâchis et la bêtise de ces deux frères.

    Bref, un excellent tome très sombre qui traite habilement de sujets profond (comme la mort et la religion) et dont graphiquement j'ai surtout apprécié le décalage entre le texte et l'image.