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Visages - Ceux que nous sommes 4. Soleil cou coupé

04/03/2024 1620 visiteurs 8.0/10 (1 note)

"Nous finissons toujours par avoir le visage de nos vérités" écrivait le futur prix Nobel Albert Camus dans le Mythe de Sisyphe en 1942. C'est par cette citation que commence ce quatrième et dernier album de la série Visages ceux que nous sommes. Loin d'être illustratif, ce propos trouve tout son sens au fur et à mesure de la lecture et des conclusions qu'il propose.

Décembre 1943, Georg reçoit un courrier de sa mère qui est internée à Dachau. Son père, Louis Kerbraz, utilise ses relations afin de localiser plus précisément Lieselotte. Son informateur lui apprend que sa bien-aimée est transférée au camp de Mauthausen à la demande express du Dr. Mülhe qui en est épris et officie là-bas. L'individu est celui qui a fait passer Georg pour mort-né des années auparavant. Louis et son fils décident d'organiser une opération pour exfiltrer Lieselotte. Pendant ce temps, Sheila, membre de l'IRA et compagne de Georg, trouve refuge dans l'Eire. Trahie et arrêtée par l'unité spéciale de la police dédiée au renseignement et à l'anti-terrorisme, elle est enfermée dans la forteresse de Carrickfergus, le fait qu'elle soit enceinte n'étant pas pris en compte. Après l'accouchement, l'enfant lui est retiré par un agent britannique dans le but de la faire craquer. Suivent la libération et la capitulation du régime nazi. Comment les protagonistes peuvent-ils se reconstruire ?

Nathalie Ponsard-Gutknecht et Miceal Beausang-O'Griafa parviennent à offrir une conclusion réussie à leur fresque historique. Le challenge n'était pas aisé puisqu'ils ont développé plusieurs intrigues et un galerie de personnages en plus de Louis et de Lieselotte. Chacun des protagonistes a une fin, crédible au vu de son parcours exposé au fil des tomes. Les auteurs poursuivent leur travail de façonnage de l'identité d'un être humain et de sa quête en les inscrivant dans un cadre historique authentique. Les lecteurs sont ainsi transportés de Dachau au Paris de la fin de l'occupation, en passant par l'hospice médical de Mauthausen et l'Irlande du Nord. À chaque fois, l'idée n'est pas de décrire la période en usant des personnages mais, au contraire, de suivre leur évolution en les plongeant dans les évènements de l'Histoire. Pour ce faire, les scénaristes optent pour les ellipses temporelles, sans forcément respecter l'ordre chronologique. Cette idée astucieuse leur permet de rester dans le nombre de planches imposé tout en invitant à réfléchir, imaginer, remplir cet espace entre les cases et entre les pages. Les thèmes de l’identité et de la famille s'ajoutent à ceux de la résilience et de la reconstruction. Au gré des épreuves, certains personnages doivent retrouver une forme de normalité sociale qui leur a été enlevée. Certains y parviendront, d'autres non. Cette nouvelle thématique achève un tableau complexe et riche qui sous-tend l'ambition du titre : révéler ceux que nous sommes. L'imbrication des différents parcours, des environnements culturels et familiaux forgent ou brisent des destins. En témoigne ce qui se passe à la toute fin de cet album, montrant une certaine inclinaison pour installer une conception "grecque" du temps et et proposant surtout une idée judicieuse pour boucler le récit.

Le sous-titre Soleil cou coupé est une double référence. Tout d'abord au poète Guillaume Apollinaire qui était à la recherche de formes discontinues et juxtaposées porteuses de sens. Dans son recueil Alcools, le poème Zone se termine par le vers "Soleil cou coupé", une métaphore somme toute étrange, quisuggère la décapitation, la religion du sang, mais aussi les formes géométriques des peintres cubistes. rappelons que la série Visages s'ouvre sur une citation de Pablo Picasso. Enfin, cette phrase est aussi le titre d'un poème d'Aimée Césaire sorti en 1948, dans lequel le chantre de la négritude évoque plusieurs fois le verbe tourner pour imposer l'idée de la rotation. Le mot visage y apparait également. Or cette conception cyclique, à la fois du temps et de l'identité, est au cœur du propos.

Le style graphique d'Aurélien Morinière s'est magnifié tout au long de la série. Dans le présent tome, il s'affranchit de temps en temps d'une construction de planche somme toute classique pour oser des compositions plus aérées et "artistiques". Démonstration faite à la vingt-cinquième page où le dessinateur parvient à placer plusieurs évènements le long d'une route sinueuse qui épouse le profil de son héroïne. Par ce procédé, il parvient à sortir d'un gaufrier étouffant et amène un peu de grâce et de beauté dans des passages glaçants. Ses choix de colorisation, en particulier pour les lieux où l'être humain exprime ce qu'il a de plus vil, sont également parachèvent cette réussite formelle.

L'album se termine avec un dossier revenant sur quelques faits qui ont servi à la trame du récit. Chaque évènement est illustré par des photographies en noir et blanc et est traité sur une page avec clarté et précision.

Ce quatrième et dernier opus clôt de belle manière cette superbe série qui a toute sa place dans les bédéthèques de celles et ceux qui sont friands de sagas romanesques.

Par J. Vergeraud
Moyenne des chroniqueurs
8.0

Informations sur l'album

Visages - Ceux que nous sommes
4. Soleil cou coupé

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