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La dernière Reine (Rochette) La Dernière Reine

27/10/2022 3819 visiteurs 9.0/10 (4 notes)

« C’est une belle saloperie de tuer une telle bête.» Voilà la réaction, très spontanée, du jeune Édouard Roux lorsque tous annoncent, en 1898, que le berger Tolozan a tué l’ours. Pas n’importe lequel : le dernier du Vercors. Particulièrement sensible à la nature et à son environnement, c’est un traumatisme pour le garçon. Près de 20 ans plus tard, bien loin de ses montagnes natales, il se retrouve dans le 1er bataillon du 86ème régiment d’infanterie, dans la Somme… au front. Il aurait certainement préféré y rester. Mais il a survécu et erre. Brisé, défiguré, gueule cassée. Le cours de sa (sur)vie ne s’inverse que de longues années après, lorsqu’il fait la rencontre bouleversante de Jeanne, artiste à Paris.

Avec La Dernière Reine, Jean-Marc Rochette signe le troisième acte de ce qu’il qualifie lui-même de « trilogie alpine ». Il offre, surtout, ce qui est sans doute son œuvre la plus profonde, la plus aboutie. Bien sûr, comme Ailefroide et Le Loup, ce nouveau titre est un hymne aux montagnes. Il est, toutefois, bien plus que cela.

L’auteur inscrit ainsi son récit dans le temps long, très long, éternel presque. Il n’hésite pas à mettre en scène la violence omniprésente, quelle que soit l’époque, même celle ou les ours régnaient seuls et sans partage sur le massif du Vercors. Mais tout est, ici, affaire d’équilibre et de nuance. Les ravages de la guerre et la dureté du jugement des Hommes côtoient de près l’art et la tendresse. L’horreur se marie à la douceur.

L’histoire se résume à une célébration de la beauté et son ambivalence. La beauté de l’amour, d’abord, capable de dépasser les apparences et de redonner espoir. La beauté de la vie et de la nature, aussi, toujours imprévisibles. La beauté de l’art et de sa force d’évocation, enfin.

Avec son style caractéristique, parfois brutal, c’est tout cela que Jean-Marc Rochette met en image. Son habileté à illustrer paysages, flore et faune faisait peu de doute mais il se révèle tout aussi à l’aise pour dessiner les rues de Paris ou de Grenoble et pour transmettre à chacun de ses personnages d’indescriptibles émotions. À noter que les éditions Casterman proposent deux éditions. La première, dite standard, est dans un format légèrement ramassé (18x26 cm) et en couleur. Pour la première fois, l’auteur a intégralement réalisé ses couleurs à l’ordinateur et le résultat est au rendez-vous avec des choix simples et efficaces pour créer des ambiances (avec une mention particulière aux scènes se déroulant de nuit ou au petit matin). La seconde, plus grande (24x32 cm), propose les planches brutes, sans retouche et donc en noir et blanc (sur un papier mat et épais) et fait la part belle à la puissance du trait et à la profondeur de l’encrage. Chacun-e devrait y trouver son compte.

Une fois la dernière page tournée, certains ouvrages abandonnent le lecteur avec un sentiment étrange. Le sentiment que le temps s’est suspendu, l’espace d’une immersion dans une œuvre qui le marquera pleinement. La Dernière Reine est de ceux-là et se résume, au fond, en un mot qu’il convient de réserver aux exceptions : chef-d’œuvre.

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Par D. Kebdani
Moyenne des chroniqueurs
9.0

Informations sur l'album

La dernière Reine (Rochette)
La Dernière Reine

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L'avis des visiteurs

    Yovo Le 13/10/2022 à 21:44:22

    3ème opus (avec Ailefroide et Le Loup) de ce qu’on pourrait appeler une trilogie montagnarde, « La Dernière Reine » en est largement le plus romanesque.
    Jean-Marc Rochette nous livre un long récit, sobre, juste et fort, traversé de bout en bout par une émotion brute.

    Le scénario est servi par un dessin superbe dont le trait est devenu de plus en plus fin et précis au fil du temps. Seules les couleurs sont très sombres, trop sombres sans doute. Mais on peut le voir comme un choix délibéré de l'artiste pour donner une tonalité crépusculaire et mélancolique à l’ensemble de l’album.

    Cependant, Rochette a suffisamment d’expérience pour ne pas sombrer dans le pathos là où d’autres auraient fait du larmoyant. Privilégiant l’implicite, il s’exprime tout en retenue, sans s’appesantir. Certaines scènes se terminent par des ellipses narratives ou des fondus au noir, comme s’il voulait laisser leur intimité à ses deux personnages. On sent qu’il a d'ailleurs une grande affection pour eux et semble toujours les accompagner avec la plus grande bienveillance. De sorte qu’Edouard et Jeanne forme un couple poignant, soudé au-delà du commun par la sincérité et la force des idéaux.

    Le contexte historique, très immersif, est restitué avec soin. S’appuyant sur une documentation solide, les décors (hors montagne) restent discrets mais particulièrement réalistes. Les artistes de l’époque qui jouent un rôle dans l’intrigue, comme François Pompon, Soutine ou Picasso, sont tous aisément reconnaissables. A noter d’ailleurs l’apparition de l’auteur lui-même page 221 sous les traits d’un chasseur.

    Enfin et surtout, « La Dernière Reine » est aussi un hymne aux grands espaces, à la faune et la flore sauvage, à une forme d’écologie primordiale. Pour autant J-M. Rochette, auteur engagé à la parole libre et parfois rude, ne nous donne aucune leçon. Le message, induit par la dramaturgie du récit, est là sous nos yeux : non, l’espèce humaine et la nature ne peuvent cohabiter. Le cycle multimillénaire qui nous liait est irrémédiablement rompu. Le lecteur le comprend comme une évidence – et un avertissement – au fil des pages, sans que l’idée ait besoin d’être assénée. Bien aidé en cela par de nombreuses planches muettes qui offrent des respirations contemplatives et poétiques.

    Bien que l’on ne puisse pas vraiment les comparer, j’avoue avoir quand même une préférence pour "Le Loup", plus de l’ordre de la parabole, de l'allégorie, alors que la Dernière Reine serait plutôt sur le champ de la tragédie grecque. Mais c’est précisément cette dimension universelle qui devrait interpeller le plus grand nombre et en faire à coup sûr un succès. C’est un album d’une grande beauté, à lire ou à offrir. En revanche il faut garder en tête qu’il en émane une certaine tristesse et une misanthropie à peine voilée.