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D ans les années 1970, le kami no manga se remet en question. En effet, le secteur de la bande dessinée au Japon est alors en pleine mutation avec l'apparition d'un puissant courant alternatif : le gekiga. Il répond aux nouvelles aspirations du public qui a grandi avec les travaux de Tezuka et qui aimerait bien passer à autre chose. Après une période de doute, le créateur d'Astro Boy va utiliser son esprit créatif pour répondre à la demande des lecteurs et ainsi livrer des œuvres plus adultes et surprenantes. La femme insecte est le premier titre de cette période. Là encore, le mangaka s'inspire du cinéma contemporain, puisqu'en 1963 un film de Shōhei Imamura portant le même titre sort au Japon. L'auteur s'inspire d'une partie du long métrage avant de s'en éloigner et proposer un thriller psychologique d'une rare force pour le début des années 1970.

"Au gré de ses envies, elle prenait et jetait de nouvelles peaux. Elle était comme un papillon en perpé­tuelle chry­sa­lide. Je voyais les membres de la troupe se faire aspi­rer par cette tour­mente, mais je restais silen­cieux. Je l’ai­mais. Lorsqu’elle se rappro­cha de moi, j’en fus pétri­fié. Elle voulait diri­ger une pièce où elle joue­rait égale­ment. Elle espé­rait assi­mi­ler toutes mes connais­sances de metteur en scène. Je ne pus me sous­traire à son char­me…" Le résumé présenté en quatrième de couverture peut paraître bien mystérieux à première lecture. Le fait de ne pas nommer expressément le personnage principal est un indice, cette femme aspire littéralement les talents de ses victimes jusqu'à les pousser à la folie ou au suicide. La comparaison avec les phases du papillon est due à l'un des personnages de ce manga qui a fait les frais, jadis, de sa rencontre avec Toshiko (prénom qu'elle aborde pendant une longue partie du récit). Ce directeur de théâtre a cerné cette femme passée de la fin de l'enfance au statut de femme fatale et redoutable en quelques années. Nombreuses seront ses victimes... Force est de constater que Tezuka a su faire siens, en très peu de temps, les codes du polar psychologiques. L'ambiance est sombre dès le départ, pour le devenir davantage au fur et à mesure de la progression de son scénario, pour devenir parfois glauque et morbide. Son personnage principal est longtemps insaisissable, avant d'avoir quelques clefs explications. De plus, l'ensemble des protagonistes sont développés avec soins. Ils bénéficient d'un background et de récits bien structurés au service de l'intrigue générale. Cela donne un ensemble cohérent dans lequel les otakus plongent avec effroi.

La nouvelle édition, proposée par les éditions FLBLB, rend hommage au travail du maître. Le format 22 x 15,5 cm offre des planches plus agréables à lire que celui de l'édition précédente. Le lettrage est correct. La traduction d'Emmanuel Bochew est parfaite, puisqu'elle retranscrit avec précision l'ambiance suave et sombre du récit tout en réussissant à l'adapter pour les lecteurs francophones actuels. De plus, ce one-shot débute par une présentation de Xavier Guilbert, l'un des meilleurs spécialistes d'Osamu Tezuka. En quelques pages, il livre la genèse de cet album en le replaçant dans le contexte de la vie professionnelle du dessinateur et de l'industrie du manga. Les amateurs d'histoire de cet art apprécieront ces anecdotes et précisions, car elles permettent de mieux entrer dans l'aventure.

La femme insecte
est un très bon titre de ce génie du manga. Premier album qui s'éloigne de la patte "enfantine" de ce dernier, il marque le début d'une ère plus mature de cet auteur.

Par J. Vergeraud
Moyenne des chroniqueurs
7.3

Informations sur l'album

La femme insecte

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