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Les pizzlys

03/10/2022 5163 visiteurs 8.0/10 (5 notes)

À la mort de leur mère, trois adolescents se sont retrouvés livrés à eux-mêmes. L'aîné n'a eu d'autre choix que d'abandonner ses études pour trouver un job. Il galère au volant de son uber, de plus en plus déconnecté du réel. Il enchaîne les trajets, les yeux rivés au GPS, navigant dans les rues de la ville comme un fantôme. La fratrie est au bord de l'explosion lorsqu'elle rencontre une vieille dame un peu excentrique. Après quarante années passées en France, elle s'apprête à retourner dans son pays natal. Touchée par la détresse des frangins, elle leur elle propose de l'accompagner. Ils se laissent rapidement convaincre et tous s'envolent pour l'Alaska, sans imaginer ce qui les attend.

En quelques albums, Jérémie Moreau s'est imposé comme une signature à suivre. En plus d'un style visuel très affirmé, il développe à chaque nouveau livre une thématique forte qui place toujours l'individu dans toute sa fragilité face à la nature. Qu'il tente de la domestiquer, comme Penss, ou de se fondre en elle, ce rapport entre l'humain et son environnement demeure un élément central de son travail.

Avec Les Pizzlys, il met en scène plusieurs personnages qui tentent chacun de se reconnecter au monde qui les entoure. Chacun à sa manière appréhende cette relation profondément intime. Annie réalise avec stupéfaction qu'il ne reste plus grand-chose des paysages de son enfance, abimés par le dérèglement climatique. Une fois sevré de sa console, Etienne, le plus jeune, entame une relation quasi symbiotique avec la nature, entre pisteur et chasseur. Sa sœur Zoé tisse une amitié forte avec sa voisine et s'initie avec elle la culture magique et shamanique du lieu. Quant à Nathan, le grand frère, mais aussi le plus paumé, il semble se perdre, errer à la poursuite d'un hypothétique totem symbolisé par cette créature étrange qui donne son nom à ce récit : le pizzly. Cet hybride de l'ours polaire et du grizzly est un produit inattendu du réchauffement climatique. Les deux espèces sont compatibles bien qu'étaient isolées l'une de l'autre, vivant dans des habitats différents. Mais par les temps qui courent, de telles contraintes volent en éclats. C'est ainsi que des gamins citadins débarquent dans les plaines du Grand Nord. Ils n'auraient jamais dû se retrouver là. Peut-être pourront-ils y trouver leur place.

Dans un premier temps, cette bande dessinée désarçonne par sa mise en couleurs très acidulée. Le propos semble osciller vers un récit pour la jeunesse, flirtant avec la philosophie à deux balles du retour à la nature pour sauver nos âmes. Puis, au fil des pages, le scénario gagne en profondeur et en subtilité. Quelques belles bouffées poétiques apportent une dimension onirique au récit et confirment, s'il en était encore besoin, que depuis la Saga de Grimr, Jérémie Moreau est devenu un auteur qui compte.

Par T. Cauvin
Moyenne des chroniqueurs
8.0

Informations sur l'album

Les pizzlys

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L'avis des visiteurs

    mediatheque_lannion Le 18/11/2022 à 11:53:35

    Beau conte philosophique et écologique.

    Mais est-ce un conte ou de l'anticipation ?

    Le dessin des yeux des personnages m'ont un peu géné, mais bon...

    paulinette2000 Le 25/10/2022 à 11:32:55

    L'album est magnifique. Les couleurs directes sont sublimes et les idées graphiques comme pour les lumières de la ville, et de la route valent à elles seules l'achat du livre. La narration quoique fluide souffre comme dans Penss d'un côté moralisateur un peu lourd, d'une opposition nature modernité un peu trop caricaturale : Une jeunesse débile obsédée par les écrans et de vieux sages détenteurs du savoir.
    On sent qu'il cherche à rendre compte de lectures qui l'ont marquées mais en oublie d'affiner l'écriture des personnages. Dommage car graphiquement c'est d'une beauté et d'une recherche courageuse et libre.

    Blue boy Le 20/09/2022 à 20:28:31

    Après avoir obtenu la récompense suprême à Angoulême pour son exaltante « Saga de Grimr », Jérémie Moreau avait-il encore quelque chose à prouver ? A 35 ans, celui-ci fait désormais partie des créateurs les plus originaux de sa génération en matière de 9e art, et cet album vient une nouvelle fois le confirmer, non sans panache. Jérémie Moreau est de ceux qui explorent et tentent constamment de se renouveler, et si l’on ressentait une certaine déception avec « Penss et les plis du monde », malgré ses qualités indéniables, « Le Discours de la panthère » est venu nous rassurer sur sa capacité à nous surprendre. Avec « Les Pizzlys », il s’attaque au sujet du moment, de plus en plus prégnant et souvent anxiogène, le réchauffement climatique, en situant l’action en Alaska, là où les effets sont encore plus visibles et spectaculaires que sous nos latitudes.

    La magnifique et mystérieuse couverture à elle seule peut résumer la sensation qui nous étreint à la lecture, celle d’être transporté à travers la flamboyance d’une aurore boréale aux couleurs époustouflantes. Quant au titre, l’auteur fait référence à ces ours issus d’un croisement entre grizzlys et ours polaires, des ours au pelage marbré de blanc et de marron qui ne sont qu’un des effets du changement climatique dans le Grand nord, les ours blancs quittant les pôles en raison de la fonte des glaces. Ainsi, Jérémie Moreau reprend un de ses thèmes de prédilection : l’action de l’Homme sur son environnement et la perte progressive de ses racines « terriennes » favorisée par une technologie toujours plus sophistiquée.

    Pour ce faire, l’auteur va nous mettre dans les pas de plusieurs personnages : Nathan, jeune chauffeur de taxi en charge de son frère Etienne et sa sœur Zoé, suite à la mort vraisemblable de ses parents. Lors d’un accident dû au surmenage, il va faire connaissance avec Annie, l’une de ses clientes qui s’apprête à prendre l’avion pour retourner dans son pays natal, l’Alaska. Prise d’empathie pour ces orphelins en proie à la confusion, la vieille dame, d’origine indienne, va les emmener dans sa « cabane » perdue du Grand Nord, où elle n’avait pas remis les pieds depuis son mariage avec un occidental il y a quarante ans. Obligée de laisser derrière elle tous ses repères, la fratrie va devoir réapprendre ce qu’est la vie dans un environnement radicalement différent, loin du tumulte du monde « civilisé ». Le choc est rude, et les écrans tactiles restent le plus souvent noirs. Passées une difficile période de « sevrage technologique », les jeunes enfants finiront par s’accoutumer à leur nouvelle vie, contrairement à Nathan qui ne parvient pas à s’extraire d’un brouillard psychique qui le laisse tel un pantin désarticulé, sans boussole…

    Comme souvent seul aux manettes, Moreau nous offre une narration fluide et bien construite, sans surcharge de dialogues, servie par une ligne claire ronde et délicate qui laisse transparaître les influences manga de son auteur. Le tout confère une touche très moderne à l’objet, mais qui ne se limite pas au dessin. A ce titre, c’est le travail sur la couleur qui est juste renversant. L’auteur recourt à une palette audacieuse alliant des tonalités très chamarrées avec des incursions fluos, qui étonnamment ne piquent pas les yeux. Le résultat est même somptueux et ces assemblages atypiques donnent lieu à des planches de toute beauté. Comme on le sait, l’auteur travaille sur ordinateur et apporte ici la preuve que l’on peut le faire à bon escient. Ce traitement numérique des grands espaces nord-américains nous en fait saisir toute leur magnificence mais aussi les bouleversements dramatiques qui les menacent, tels ce terrible feu de forêt représenté vers la fin de l’ouvrage. De même, les séquences décrivant les sensations ou les rêves des personnages sont de véritables œuvres d’art — osons ce terme généralement réservé au domaine musical — néo-psychédéliques, où poésie et chamanisme ne font qu’un — précisons que dans le récit, les habitants de cette région d'Alaska sont d’origine indienne. Et comme Jérémie Moreau ne laisse rien au hasard, sa mise en page est aussi libre que réfléchie : cases de guingois hyper-morcelées alliées à un cadrage dynamique zoomé au max, vues cinématographiques époustouflantes sur deux pages, notre homme ne s’interdit rien…

    Si avec « Les Pizzlys » Jérémie Moreau nous éblouit, il nous interroge et nous bouscule aussi, s’abstenant de tout jugement péremptoire et préférant évoquer une responsabilité collective concernant l’impact de l’activité humaine sur l’environnement. La situation qu’il décrit est un constat, effrayant certes, mais encore une fois, l’auteur ne joue pas sur la peur, qui comme chacun sait, inhibe l’action et peut réveiller nos instincts les plus primaires. Ainsi, la conclusion est assez inattendue, ni pessimiste ni optimiste, pour décrire quelque chose qui nous dépasse et devrait nous rendre plus humbles, désarmés que nous sommes face à la toute puissance de la nature qui ne fait que nous renvoyer les conséquences de nos actes. En ces temps anxiogènes où la confusion semble parfois gagner les esprits, notamment à travers les réseaux sociaux où « fake news », haine et peur, font figure de trio infernal, cette bande dessinée est une véritable bouffée d’oxygène. A l’instar de J.R.R. Tolkien, Jérémie Moreau s’efforce de réenchanter le monde, en réconciliant l’Homme moderne avec le « temps du mythe » et la sagesse ancestrale des peuples autochtones. Inutile d’ergoter davantage, « les Pizzlys », par ses qualités artistiques et son propos intelligent qui arrive pile-poil après une période hors-normes (canicules, incendies, sécheresse…), n’est rien de moins que l’album de l’année, un chef d’œuvre « pré-apocalyptique » qui réussit même à surpasser « La Saga de Grimr ».