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Aimer pour deux

25/10/2021 1398 visiteurs 8.0/10 (1 note)

E n 1941, Monique quitte le cocon familial étouffant de Boulogne-sur-Mer et arrive à Paris. Ses vingt ans, l’étroitesse de la vie de province et une aspiration à « vivre sa vie » l’entraînent vers des amitiés simples et sincères. Malgré l’Occupation, la musique et la danse parviennent à se créer des écrins souterrains, loin des exigences du couvre-feu. Monique se lie avec Gin, pianiste américain, qui a « tout pour déplaire. À moitié juif, à moitié noir. Souvent homosexuel, complètement jazzy ! », comme il l’affirme lui-même. Il l’initie au blues, au jazz, à Debussy et à Wagner. Francis, jeune homme aussi enthousiaste que modéré, s’amourache de Monique. Elle finit par céder et accepte une liaison du bout du cœur. Cette insouciance est néanmoins rattrapée par la guerre. Monique retrouve un ancien stagiaire du magasin parental, Max Schaar, devenu officier nazi, avide de renseignements sur les fréquentations de la jeune femme. Gin attire l’attention des autorités et l’irréparable se produit : Monique est enceinte. Le mariage est de rigueur. Tous ses rêves de liberté et son insouciance vont s’écrouler. Sauf à renoncer à la maternité.

Stephen Desberg (I.R.$, Le Scorpion) oriente son écriture vers une voie plus intime. L’histoire de sa jeune narratrice est celle de sa mère, au cœur d’un secret bien gardé jusqu'à aujourd'hui. L’auteur a enquêté sur son passé familial et a imaginé les chaînons manquants pour livrer un récit complet et cohérent. Il illustre là un sujet rarement abordé, voire tabou : celui du renoncement à la maternité pour favoriser l’épanouissement individuel. Pas de parti pris ni de jugement, mais la confrontation de personnages aux aspirations différentes ou opposées, dans un contexte particulier. Desberg étoffe la trame autobiographique de personnages profonds et attachants : Gin, réfugié dans son art, qu’aucune sirène ou aucun bombardement ne saurait troubler ; Manon, belle et solitaire, qui se donne aux officiers allemands - qui « se prête » corrige-t-elle – et qui le paiera chèrement ; Paul Louvray, le peintre qui reprend goût à la création au milieu d’un faisceau d’oppressions. Chacun d’entre eux, à sa manière, oublie la guerre, la laisse de côté, s’en affranchit ou compose avec elle.

La ligne claire d’Emilio Van Der Zuiden (Mc Queen, Les Anges d’Auschwitz) offre ce qu’il faut d’éléments pour placer une atmosphère ou révéler une émotion. Même si la colorisation de Fabien Alquier manque de nuances, de chaleur et de profondeur, le dessin laisse s’exprimer les dialogues distillés avec économie et les récitatifs (la voix de la narratrice), les uns et les autres écrits avec beaucoup de sensibilité et de créativité.

Est-on nécessairement prête à être mère ? Doit-il y avoir une limite au libre arbitre des individus et en particulier à celui des femmes, quelles que soient les époques considérées ? Est-il possible de relativiser le poids de l'environnement sur nos aspirations ? Une morale peut-elle régenter les aspirations les plus intimes ? Quelle culpabilité succède à des choix qui vont sacrifier des individus ? Ce sont ces questions, et bien d’autres encore, que pose en filigrane Aimer pour deux, une véritable réussite tant sur le plan narratif que symbolique, dont le matériau et la texture rappellent l’œuvre de Patrick Modiano, interrogeant inlassablement les rapports entre les individus, les parcours personnels et les silences.

Par F.Houriez
Moyenne des chroniqueurs
8.0

Informations sur l'album

Aimer pour deux

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L'avis des visiteurs

    Eric DEMAISON Le 12/05/2022 à 22:03:45

    L'album raconte l'histoire de Monique qui dans le Paris de la guerre tombe enceinte d'un ami et tombe amoureuse d'un Américain. Dilemme entre l'amitié, l'amour maternel et l'amour. Le scénario est un peu long et le dessin est parfois plat et sans relief (ce qui est dommage car la mise en page est très souvent très réussie). Travail très propre mais un peu fade surtout si on compare avec le film de Sandrine Kiberlain "Une jeune fille qui va bien".

    yannzeman Le 10/04/2022 à 23:15:17

    C'est tiré d'une histoire vraie, qui touche le scénariste, alors forcément, si on en dit du mal, on s'attaque à ce qu'il y a de plus personnel.

    Mais désolé, je n'ai pas trouvé une once de sympathie et d'intérêt pour le personnage principal. Son besoin de liberté m'a rapidement gonflé. L'égoïsme n'est pas un trait de caractère qui m'intéresse.

    Le dessin est clair, fluide, un peu trop policé pour représenter au mieux la violence et la guerre. Il sauve l'album mais il ne peut pas faire de miracle non plus.

    Un album "correct, sans plus", me concernant.

    1001 Le 17/12/2021 à 22:28:42

    Superbe histoire simple et tellement vraie, des personnages très attachant, et un dessin qui sied parfaitement à l'histoire à l'ambiance.

    HECCAL Le 16/12/2021 à 12:41:22

    Bon, comme toujours me concernant, c'est d'abord le dessin qui m'a attiré pour cette superbe BD : J'aime de plus en plus ce style que j’appellerai « réaliste mais sans excès » : Loin du style « Gros nez » (qui n'est pas un défaut lorsqu'il est choisi et assumé) mais sans excès car si c'est du beau voir très beau dessin, cela ne sombre pas dans un style « roman photos » comme ceux que lisait ma mère dans les années 70. (eh oui cela ne nous rajeunit pas)
    Merci donc à Emilio pour ses très beaux dessins, Emilio, grâce à qui j'ai aussi acheté les enquêtes de Margot … Mais ceci est une autre histoire.

    Le titre « Aimer pour deux » m'a laissé perplexe, il est aussi un déclencheur de mon achat... Titre bien trouvé que j'ai compris en refermant l'album à la fin de ma lecture (Eh oui je suis pas jeune et parfois lent à comprendre)

    Comme le dit mon ami du seul avis déjà écrit sur cette BD : On va suivre le parcours amoureux de Monique, 20 ans, qui se retrouve plongée dans le Paris occupé de la Seconde Guerre Mondiale.
    Et même si comme moi, avant d'acheter, vous lisez le résumé au dos de la BD, cela ne vous empêchera de passer un très bon moment de lecture.
    J'y ai découvert que la vie des jeunes parisiens n'était pas si noire durant cette vilaine période de l'occupation. Pourtant vous y croiserai bien sûr quelques beaux salauds, et quelques drames aussi...
    C'est une période de guerre et l'auteur ne nous l'épargne pas.

    Il y a un avant-propos du scénariste, Stephen Desberg  au début de la BD : je l'ai lu avant, logique. Mais vous pourriez le lire après comme parfois on fait, je vous conseillerai presque cette solution.
    Je tiens à remercier M. Desberg, dont j'avais déjà lu nombre d'autre BD qu'il écrit, sans toujours faire attention. Oui c'est injuste, on se souvient plus souvent du dessinateur que du scénariste, mais je vous assure je change, et maintenant quand une BD m'a plu je cherche ce qu'on fait d'autre les 2 auteurs.
    Je remercie donc M. Desberg d'avoir eu le courage de faire une BD avec cette belle histoire.
    Et rassurez-vous M. Desberg , vos 3 principaux personnages adultes (je reste vague pour ne pas trop en dévoiler aux autres futurs lecteurs), sont de très belles personnes dans tous les sens du terme.

    Oui cette histoire m'a touché, et je ne sais pas si cela peut se passer ainsi dans la vraie vie, mais moi je crois que oui : je vous crois M. Desberg.

    Erik67 Le 30/09/2021 à 19:20:52

    C'est beau d'aimer pour deux mais rien ne remplacera l'amour d'une mère ou d'un père pour une jeune enfant.

    On va suivre le parcours amoureux de la belle Monique qui a 20 ans se retrouve plongé dans le Paris occupé de la Seconde Guerre Mondiale. Les officiers nazis convoitent goulûment les belles jeunes françaises pour compléter leurs trophées de guerre. C'est dans cette ambiance que la jeune rebelle Monique va succomber aux avances d'un jeune prétendant Francis avant de tomber enceinte et surtout avant de connaître le grand amour auprès d'un officier américain au moment de la libération.

    Il est dommage de connaître toute l'histoire qui est affiché en dos de couverture. On pense qu'il y aura tout un développement à partir de là mais pas du tout. Du coup, j'ai un peu été déçu par la façon expéditive de la conclusion qui me paraît trop édulcoré pour être véridique et crédible. Cela ne se passe pas comme cela dans la vraie vie.

    Pour autant, ce récit se lit plutôt agréablement avec un graphisme plutôt avenant. Il montre la dure réalité de la vie à cette époque de l'Occupation. Ce n'était pas facile pour les minorités ainsi que pour les femmes. L'amie de Monique sera d'ailleurs parmi les femmes au crâne rasée et la croix gammée tatoué sur le visage alors qu'elles n'ont faient que survivre du mieux qu'elle pouvait.

    Je sais que l'heure est souvent à la glorification des vainqueurs sous peine de réécrire l'histoire d'une façon non arrangeante. Je sais par le témoignage que m'a laissé ma propre grand-mère que ce n'était pas aussi simple que cela.

    J'aime beaucoup ce type d’histoire qui sont des témoignages du passé à travers un récit intimiste mais aux accents hollywoodiens.