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Contrapaso 1. Les enfants des autres

29/04/2021 5376 visiteurs 7.8/10 (4 notes)

S i la censure limite votre droit à la libre expression et ne vous permet pas de dire la vérité, rien ne vous oblige cependant à écrire ce que vous ne pensez pas ? En théorie, oui ! Sauf que, si vous êtes journaliste… il vous faut bien faire bouillir la marmite. Quitte à laisser vos illusions au placard !

Décidément l’univers journalistique attire Teresa Valero qui ,après les journaux de charme outre-Atlantique Gentlemind, revient sur le vieux continent explorer les arcanes de la presse populaire sous Franco.

Que personne ne s’y trompe, si Contrepaso possède des airs de thriller, son propos est ailleurs et plonge directement dans les tréfonds d’une société qui a accepté de gommer quarante années de son passé en ce mois d’octobre 1977 en amnistiant aussi bien les bourreaux que les victimes. Mais, près d’un demi-siècle après la mort du Caudillo, une loi ne peut dissuader quiconque de chercher à comprendre !

Pour l’occasion, l’autrice Ibère prend - à l'instar des reporters de l'époque - des voies détournées pour aborder des sujets qui aujourd’hui encore s’avèrent sensibles ! L’eugénisme, le silence des démocraties occidentales d’alors face au régime franquiste, la répression et les tortures qui en découlèrent, les privations de liberté surtout pour les femmes, le poids et le silence de l’Eglise… sont traités avec profondeur au travers d’une enquête qui se révèle bien moins anodine que les autorités voudraient le laisser croire. Pour ce faire, la scénariste de Curiosity shop multiplie les intervenants et les axes narratifs, fouille l’iconographie de l’époque pour la retranscrire méticuleusement, recherche des témoignages pour crédibiliser son récit et restituer ainsi chacune des composantes de la dramaturgie espagnole. Loin de saturer son auditoire, Teresa Valero le captive en faisant œuvre de son expérience passée dans l’animation afin de dynamiser sa mise en page comme son dessin. D’aucuns auront le souci de lui trouver quelques affiliations connues, certes, mais ne serait-il pas temps de l’en affranchir et de la considérer pour ce qu’elle : une scénariste et une dessinatrice accomplie et de de talent. Il suffit pour s’en convaincre d'admirer ses planches réalisées sous Clip Studio !

Les enfants des autres consacre Teresa Valero, il ne reste plus qu’à attendre le second volet… puisque le contrat serait signé !

Par S. Salin
Moyenne des chroniqueurs
7.8

Informations sur l'album

Contrapaso
1. Les enfants des autres

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L'avis des visiteurs

    bd.otaku Le 12/04/2021 à 11:04:39

    Teresa Valero, scénariste de « Sorcelleries » avec Juan Guarnido ou de « Curiosity Shop » avec Montse Martin se lance pour la première fois comme auteur complet dans « Contrapaso, les enfants des autres » qui sort simultanément en Espagne chez Norma Editorial et en France aux éditions Dupuis. Comme dans son précédent ouvrage « Gentlemind » (avec Antonio Lapone aux pinceaux), elle s’intéresse à la destinée d’un organe de presse qui lui sert de prétexte à l’évocation d’une époque.
    *
    L’album se déroule à Madrid en 1956 et raconte l’histoire d’un jeune journaliste, Léon Lenoir fils d’un communiste français tué pendant la guerre civile et d’une madrilène qui, élevé par son oncle général de Franco, est parti à 18 ans étudier en France. À son retour en Espagne, il va s’occuper de la rubrique fait-divers dans le journal La Capitale et y retrouver sa cousine Paloma illustratrice pour le magazine féminin du journal. Il devra surtout faire équipe avec Emilio Sanz, un ancien militant phalangiste. Une série de crimes les conduira à faire face à la répression de la dictature et à décider s’il vaut la peine de risquer leur vie pour répandre la vérité.

    ENTRE SERIE NOIRE ET FRESQUE HISTORIQUE

    « Contrapaso » semble a priori se situer dans le genre de la série noire : on nous présente un criminel en série qui tue en toute impunité depuis des années, des journalistes qui se comportent en détectives, des intrigues et des fausses pistes. Mais cet album a quelque chose de plus et rouvre les blessures du passé en interrogeant l’Histoire. Grâce à une intrigue palpitante, l’autrice entraine le lecteur dans la période sombre de l’après-guerre. Même si la dictature de Franco n’est pas forcément familière au lecteur français, le quotidien des Espagnols, le poids de la censure, la religion, le patriarcat exacerbé et la pauvreté qui régnait dans la capitale avec les cabanes de fortune sont évoqués de façon claire et vivante. L’année choisie ne l’est pas non plus par hasard : en 1956 se produisent les premières manifestations étudiantes contre le syndicat unique qui marquent la volonté de la jeunesse espagnole de ne plus couper la société en deux avec vainqueurs d’un côté et vaincus de l’autre ou pour reprendre le sous-titre du roman graphique enfants des uns et « enfants des autres ».
    *
    D ’autres thèmes tout aussi passionnants, toujours intimement liés à l’enquête et pas artificiellement plaqués sur l’intrigue, nous sont donnés à découvrir. On perçoit ainsi le rôle idéologique joué par certains médecins pour asseoir le régime : certains personnages sont directement inspirés de du docteur Vallejo Najera qui mit au point une théorie eugénique n’ayant pas grand-chose à envier aux Nazis ou d’autres prestigieux psychiatres comme le Dr López Ibor auteur de méthodes pour « guérir » la neurasthénie féminine ou l’inversion.

    PERSONNAGES GRIS DES ANNEES GRISES

    Teresa Valero prête particulièrement attention à la construction de ses personnages. Certains comme la fille du médecin légiste ou le curé communiste ancien phalangiste sembleraient sortis de l’imagination fertile de l’autrice mais l’éclairante postface nous apprend qu’ils ont réellement existé. Si les seconds rôles sont extrêmement soignés, que dire alors des protagonistes ? Si l’on a bien a priori un blanc bec qui ne supporte pas la vue du sang et un vieux madré blasé, la relation entre les deux journalistes met du temps à se construire et échappe au cliché du duo d’enquêteurs que tout oppose qu’on trouve souvent dans les séries policières. Ils ne sont finalement pas si dissemblables que cela dans leurs expériences et comme dans leurs traumatismes. De même le personnage de Paloma ne remplit pas le rôle de la jolie fille de service. Elle est un personnage clé à la fois pour la résolution de l’enquête mais également pour stigmatiser le sort réservé aux femmes dans le régime de Franco. Le trio est complexe, profondément humain, empli de contradictions et leurs relations passées ou à venir devraient nourrir l’intrigue du prochain volume.

    UN ALBUM DENSE ET VIREVOLTANT

    Teresa Valero vient de l’animation et son dessin est plein de mouvements avec un sens cinématographique du cadrage et des cases qui s’enchainent très vite donnant un rythme haletant à l’histoire. Elle fait preuve d’un véritable talent graphique et son style rappelle celui de Guarnido tant par le trait que par le traitement des couleurs, le choix de l’aquarelle, l’attention quasi maniaque portée aux décors et le choix de morceaux célèbres de l’époque pour créer une bande son.
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    Malgré la pagination généreuse (150p) on a même parfois l’impression de trop plein car les dialogues sont extrêmement denses et que les cases se multiplient et fourmillent de détails. C’est le seul bémol qu’on pourrait apporter, mais est-ce vraiment un défaut quand on reproche souvent à un album de bande dessinée de se lire en dix minutes ? Ici, il vous faudra prendre votre temps pour un récit qui donne matière à réflexion et trouve des échos dans le monde contemporain.
    *
    Le titre ne prend ainsi pleinement son sens que dans les dernières pages et le récit s’éloigne alors du contexte historique franquiste pour saluer de façon plus générale l’importance de l’art et montrer que quand on vous prive de liberté et qu’on vous censure... on peut s’affranchir en écrivant et en dessinant. Un thème d’actualité qu’il est bon de rappeler à l’heure où certains grands hebdomadaires internationaux décident d’arrêter le dessin de presse pour éviter les polémiques …


    Teresa Valero a mis la barre très haut pour son coup d’essai. Elle planche déjà sur la suite de ce polar à la sauce madrilène : on devrait en apprendre plus sur le trio de protagonistes, les voir poursuivre l’enquête qui obsède Sanz depuis des années et plonger cette fois en leur compagnie dans le milieu du cinéma espagnol des années 1950. On guettera l’arrivée de ce nouveau volume et pour patienter on relira cette première aventure afin d’en apprécier toutes les subtilités.