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Toute la bande dessinée

R ameau est un petit être magique très curieux. Elle rêve d’aller dans le monde des géants ! Un jour, elle dépasse les frontières de son village. Le conseil des anciens décide de l’exclure du bois et de l’envoyer vivre chez les humains, afin qu'elle comprenne qu'ils ne sont pas aussi gentils qu'elle le pense. Elle ne pourra retourner chez elle qu’en répondant aux questions suivantes : pourquoi les géants ont-ils le cœur malade et font-ils le mal autour d’eux ? Pour y parvenir, elle est accompagnée d'un magicien aveugle, Vieille Branche, ainsi que de son guide, Rainette, une grenouille.

Le Grand Voyage de Rameau est une formidable épopée. Ce périple dans la « ville monstre », surnom donné à Londres par l’espèce de Rameau, permet à l’héroïne de gagner en maturité. Elle est certes travailleuse et curieuse, mais elle n’écoute personne et ne s’intéresse qu’à des choses très futiles comme les robes, les bijoux et autres frivolités. Au fil du récit, elle devient plus altruiste et respectueuse des autres. Cette aventure constitue une épreuve initiatrice donnant accès à l’âge adulte. Cette bande dessinée offre aussi aux lecteurs une plongée dans le Londres du XIXème siècle. De plus, elle abonde en références culturelles. Rameau rencontre aussi bien Karl Marx qu’Oscar Wilde, ou encore la reine Victoria.

Les dessins sont très variés, jouant sur le contraste formel. D’un côté, les décors riches, soignés et précis sont grandioses ! De l'autre, les personnages sont proches de la caricature. Certains de leurs traits sont exagérés, notamment le nez ou les cheveux. Les petits êtres magiques ont une représentation très enfantine tandis que les hommes sont un peu plus travaillés et très imposants.

Le Grand Voyage de Rameau est une très belle histoire pour petits et grands, regrettons seulement une protagoniste assez peu charismatique.

Par Captain books
Moyenne des chroniqueurs
7.0

Informations sur l'album

Le grand Voyage de Rameau

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L'avis des visiteurs

    Blue boy Le 12/12/2020 à 16:25:12

    Même si on commence à être habitué par le bon goût éditorial de la collection Métamorphose, on ne peut s’empêcher de s’extasier comme presque à chaque fois qu’une de ses nouveautés nous arrive dans les mains… Alors désolé si ça n’est pas très original, mais c’est encore une fois le cas ici… Et comme souvent, l’objet, de très belle facture, tient parfaitement ses promesses quant au contenu. « Le Grand Voyage de Rameau » est consistant (un peu plus de 200 pages) et cela tombe très bien car dès le départ, on est immédiatement en immersion et on ne voudrait déjà pas que cela finisse…

    Nous avons affaire ici à un conte, et comme dans tout conte, on y trouve une portée initiatique, laquelle concernera en premier lieu la jeune héroïne au nom étrange de Rameau. Envieuse des géantes de la cité, Rameau voudrait elle aussi porter une jolie robe, et non pas cette frusque insignifiante ! Pour elle, Londres est un paradis luxueux plein de promesses radieuses, une idée fixe qui poussera la fillette à braver l’interdit en franchissant l’orée du bois, et par voie de conséquence, la « condamnera » à l’exil vers la ville qu’elle admire tant…

    Phicil excelle littéralement avec ce conte aux charmes multiples, comme s’il était parvenu à trouver la combinaison idéale entre écriture et dessin. Tous deux s’allient pour produire une petite merveille bédéphilique, à tel point qu’on imagine mal pouvoir les dissocier l’un de l’autre. La fluidité de la narration propre au genre répond à l’authenticité d’un trait délicieux et unique dont on aperçoit les coutures, idéal pour représenter ces petits êtres aussi difformes qu’attachants, à commencer par Rameau et son physique impossible mais désopilant (une tête énorme, un nez surdimensionné surmonté de petits yeux et une bouche très large), assorti d’une forte personnalité. S’inscrivant dans une tradition littéraire victorienne oscillant entre Gaslamp et low fantasy, « Le Grand Voyage de Rameau » établit une sorte de pont entre un univers enfantin champêtre et enchanteur et un monde littéraire témoignant d’une période assez noire typique de l’Angleterre industrielle de la fin du XIXe siècle. Jouant sur ces contrastes, le récit va débuter dans une atmosphère idyllique de candeur verdoyante, évoluant progressivement vers l’immensité urbaine et tentaculaire de la cité des « géants », d’abord avec l’architecture imposante de Londres et ses salons « cosy », où l’on croisera notamment Oscar Wilde jeune (avec déjà une pointe d’inquiétude quant au contexte social dur et puritain), puis vers les bas-fonds sordides où l’ombre de Jack l’Eventreur est omniprésente. Mais au beau milieu de cette obscurité va scintiller la discrète lumière de nos farfadets par le biais de pierres magiques (les cornalines), qui guideront nos voyageurs vers plusieurs personnages-clés, notamment la Reine Victoria, telles des balises jalonnant le parcours initiatique de la jeune Rameau…

    En résumé, les nombreuses qualités de cet ouvrage, qui n’est pas sans rappeler « Peter Pan », nous plongent dans un émerveillement rare où notre part d’enfance est réactivée de façon prodigieuse. En nous faisant voir le monde des humains à travers les yeux de ces petites créatures, soucieuses de se tenir à distance de ces « géants au cœur malade », Phicil nous montre les aspects les moins reluisants de notre nature, tout en conservant une grande fraîcheur d’esprit conjuguée à un humour dépourvu de cynisme qui fera rire de bon cœur. Il ne faut pas passer à côté du « Grand Voyage de Rameau », une des pépites de l’année, et puisque c’est la période, un très très joli cadeau à déposer dans les souliers, petits ou grands…