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What a wonderful album !

Entretien avec Philippe Charlot

Propos recueillis par L. Gianati Interview 07/06/2011 à 14:15 2344 visiteurs
Affirmer que Philippe Charlot sait de quoi il parle est sans aucun doute un euphémisme. Musicien avant d'être scénariste, il signe avec Bourbon Street, son premier album de bande dessinée. Alors, quoi de plus naturel que de choisir un thème qu'il connaît parfaitement : le jazz. Entretien avec un nouveau venu dans le 9ème Art, sous l'œil bienveillant d'un certain Louis Armstrong.

Comment un musicien se retrouve-t-il à écrire un jour un scénario de bande dessinée ?

Quand on est musicien, on passe plus de temps à voyager et à attendre qu’à être sur scène. J’ai longtemps occupé ce temps perdu en écrivant des chansons, des nouvelles… Les chansons, dans un but professionnel, et les nouvelles pour le simple plaisir de développer une idée un peu trop riche pour tenir dans une chanson. Il y a trois ans, j’ai croisé Roland Pignault, un ami musicien et dessinateur de bande dessinée que j’avais perdu de vue et qui après avoir lu quelques textes, m’a convaincu de m’essayer au scénario. Sa femme, Véronique Sutter, qui colorise maintenant l’un de mes projets en cours, cherchait une histoire à illustrer et trois mois après, nous nous retrouvions à arpenter les allées d’Angoulême avec notre dossier sous le bras. Nous n’avons pas signé ce projet mais l’accueil des éditeurs a été très encourageant. Le mal était fait : j’avais pris le virus ! Surtout quand je me suis aperçu que Joël Callède, scénariste d’Enchaînés, de l’Appel des Origines… vivait en face de chez moi et Will Lupano ( L’homme qui n’aimait pas les armes à feu, Alim le Tanneur…), trois rues plus loin. Ils m’ont accueilli dans leur petit monde avec beaucoup de gentillesse et d’attention.

Bourbon Street est finalement la passerelle idéale entre la musique et la bande dessinée. Ce lien était-il le passage obligé pour vous décider à vous lancer dans le 9ème Art ?

Lorsque l’on réfléchit à un sujet potentiel, on ne recherche peut-être pas de l’inédit - tellement de choses ont été faites - mais au moins un thème auquel on pourrait amener une vision un peu personnelle. Mes premiers projets ne parlaient pas tous de musique mais, pour les éditeurs, le fait que je connaisse bien ce milieu a sans doute été un argument. Sur cinq projets en cours, si trois ont un lien très fort avec la musique, je ne tiens pas à en faire un fond de commerce. L’un des grands plaisirs de l’écriture, c’est aussi de découvrir de nouveaux milieux, d’élargir son horizon, je ne veux pas m’en priver.

Les éditions Bamboo, et plus particulièrement Hervé Richez, vous ont-ils donné carte blanche pour cette première réalisation ?

Le métier de directeur de collection n’est pas facile, il faut savoir apprécier les attentes d’un scénariste. Certains ont besoin d’être épaulés, d’autres supportent mal que l’on s’immisce dans leur travail… Hervé Richez a ce talent, sans doute parce qu’il est lui-même scénariste. J’ai profité de son regard éclairé !

Comment avez-vous choisi les deux époques dans lesquelles se déroule le récit, les années 40 et 50, et la fin des années 90 ?

Mon sujet est le jazz et mon époque préférée celle du swing, des grands orchestres d’Ellington, de Basie mais aussi des petits combos comme celui de Nat King Cole. J’aime beaucoup l’esthétique de cette époque. C’est aussi l’histoire elle-même, le clin d’œil au Buena Vista Social Club, l’âge de mes personnages, la gestion des flashbacks, qui ont imposé leur chronologie.

Le choix de Louis Armstrong comme narrateur est-il purement scénaristique ou est-ce également une façon de lui rendre hommage ?

Je cherchais un narrateur omniscient dont le lecteur connaîtrait un peu la personnalité. La première version de cette histoire se passait à Buenos Aires - une ville que j’adore - dans le milieu du tango et avec le fantôme de Carlos Gardel comme narrateur. Suite à une discussion avec Hervé sur un tout autre projet, j’ai décidé, avant même de le lui présenter, de transposer mon récit à la Nouvelle Orléans et de confier la voix off à Armstrong. Il est beaucoup plus connu du grand public et bien plus truculent que Gardel. À mon sens, l’histoire y a beaucoup gagné. Cela prouve qu'il faut savoir écouter son éditeur même quand il parle de tout autre chose (rires). Le fait que le narrateur soit un fantôme a bien des avantages : il peut apparaître et disparaître à volonté, il connaît tout du passé, du présent… de l’avenir même, s’il le veut. Un vrai bonheur pour un scénariste !

D’autant que Carlos Gardel a été récemment le personnage principal d’un diptyque réalisé par Muñoz et Sampayo, aux éditions Futuropolis… Lisez-vous beaucoup de bandes dessinées ? Quels sont les auteurs ou les thèmes qui vous attirent ?

Oui, j’ai dévoré les deux albums et maintenant que Muñoz et Sampayo sont passés par là, j’ai bien peur de devoir tirer un trait sur tout projet concernant Gardel ! Je ne suis pas un gros lecteur de BD même si je l’ai été à mon adolescence, comme beaucoup. Quelques titres : Météor Slim de Frantz Duchazeau, j’ai adoré, la fin est bluffante ! Blast de Larcenet, pour sa narration. L’envolée sauvage de Galandon et Monin, pour l 'émotion. Blacksad pour l’esthétique, Quai d’Orsay pour l’originalité du thème…

La mélancolie d’Alvin, les regrets de ne pas avoir été au bon endroit, au bon moment, c’est quelque chose que vous avez déjà côtoyé dans votre carrière de musicien ?

J’ai parfois croisé des musiciens qui avaient ce sentiment. Dans les musiques dites populaires, le passage de l’anonymat au succès tient parfois à peu de choses, et pas toujours au talent ! Ceux qui sont véritablement animés par la passion de la musique, la pratique de leur art suffit à les combler, même s’ils n’ont guère de reconnaissance, mais pour ceux qui courent après le vedettariat, la déception peut être terrible. C’est tout le danger des émissions de télé réalité qui se proposent de former un artiste en quelques semaines… Alvin, lui, est un cas un peu particulier, il a le talent et l’amour du swing, mais c’est aussi un chanteur… il est donc plus cabotin que la moyenne des musiciens !

Comment avez-vous rencontré Alexis Chabert ? Comment s’est déroulée votre collaboration ?

C’est Hervé Richez qui me l’a présenté. Il venait de finir Taxi Molloy pour Grand Angle et j’aimais beaucoup son travail. Il avait très envie de dessiner Bourbon Street : Les Fantômes de Cornelius et ses premiers essais m’ont enthousiasmé. Je trouve que sa nouvelle technique sans encrage met remarquablement en valeur la qualité de son dessin. Alexis est musicien lui aussi, en amateur éclairé, et je savais qu’il s’attacherait à rendre les scènes musicales très crédibles. Travailler avec Alexis est un vrai bonheur, nous sommes sur la même longueur d’onde, nous avons le même goût du détail qui sonne juste.

Combien de tomes sont prévus pour Bourbon Street ?

Les Fantômes de Cornelius est prévu en deux tomes ; d’ailleurs Alexis est en train de dessiner la planche 10 du tome 2. Mais j’ai aussi l’envie de faire de Bourbon Street une série de diptyques qui continuera d’explorer le monde du jazz à travers des histoires humaines fortes. Le fil rouge restera le fantôme de Louis Armstrong, bien sûr. Le prochain récit sera centré sur une femme, chanteuse ukuleliste, et ce cher Louis aura bien du mal à la tirer des mauvais pas dans lesquels elle a l’habitude de se mettre, par chance il recevra l’aide inespérée de… La suite ne dépend pas que de moi. Grand Angle est partant sur le principe, reste à voir l’accueil que les lecteurs vont réserver à ce premier diptyque.


À part la musique, existe-t-il d’autres thèmes qui vous tiennent à cœur ? Avez-vous d’autres projets ?

Les projets ne manquent pas, c’est plutôt le temps qui fait défaut. Avec Cédric Pérez, je viens de finir un BD Jazz sur les Comedian Harmonists, un groupe vocal allemand des années 20-30 que j’adore (sortie janvier 2012). Pour Glénat, nous finalisons Harmonijka avec Miras, dessinateur polonais. C’est un roman graphique centré sur Greg Zlap, un harmoniciste prodige au parcours de vie très étonnant. Avec Joël Callède et Fred Campoy, nous terminons le tome 1 d’un triptyque qui devrait s’appeler Bouddha Salsa (ou Karmic Salsa…) pour Dargaud et je démarre un nouveau projet pour Grand Angle : Orphan Train, qui nous mènera sur les traces des orphelins de New York envoyés vers l’ouest par wagons entiers à la fin du 19ème siècle… D’autres projets mûrissent lentement dans mes tiroirs, dont Ma’Mambo, un thriller ésotérique sur fond de catastrophe écologique, qui devrait prendre vie sous le crayon de Miras.

Propos recueillis par L. Gianati

Information sur l'album

Bourbon Street
1. Les fantômes de Cornelius

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