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Toute la bande dessinée

Leurs vies sont tout à fait fascinantes

Entretien avec Pénélope Bagieu

Propos recueillis par L. Gianati et L. Cirade Interview 18/05/2017 à 11:56 3240 visiteurs

Tout juste remise du concert dessiné donné la veille au Théâtre d'Angoulême en compagnie de China Moses le 27 janvier dernier, la pétillante Pénélope Bagieu se pose quelques instants devant un café pour évoquer les deux tomes de Culottées. Des portraits de femmes extraordinaires, plus ou moins célèbres, qui ont marqué leur génération, on est loin du blog qui l'a fait connaître. Pourtant, elle l'affirme, il s'agit plus d'une continuité que d'une véritable rupture. Explications...


Alors, ce concert de dessin ?

Pénélope Bagieu : C’est bien parce que c’est fini. (sourire) Ça s’est bien passé mais il m’a semblé que tout s’est déroulé en un clin d’œil alors que finalement c’était plutôt long. Tout ce que j’avais prévu ne s’est pas du tout passé comme prévu. J’avais juste oublié que la musique était du jazz, et que le jazz est tout sauf une musique que l’on peut prévoir. Quand les musiciens avaient prévu un morceau de 3 minutes 40, il faisait en fait plus de 6 minutes. Mais le public a été plutôt réceptif et avait l’air content à la fin du concert. D’un autre côté, vu le niveau de stress généré, je pense vraiment que je ne suis pas faite pour ça. C’est ce que j’ai dit à China (China Moses, chanteuse, NDLR) : si j’ai choisi de faire de la bande dessinée, c’est parce que c’est le contraire de son métier, qui est dans l’immédiateté, sur scène, avec des gens qui observent.


Qu’est-ce qui a finalement été préparé à l’avance ?


P.B. : Elle m’avait envoyé à l’avance les musiques qu’elle allait jouer mais avec des versions qui n’étaient pas celles d’hier, puisque c’était la première fois qu’elle jouait avec cette formation. Il y a bien eu une répétition avant le concert mais qui n’a pas été non plus la version qui a été jouée pendant le concert.

Est-ce California Dreamin' qui vous a donné l’envie de continuer dans les registre des biographies ?

P.B. : Pas exactement. Réaliser California Dreamin', qui est plutôt une biographie longue et exhaustive, m’a plutôt convaincue de faire bref pour les prochaines. C’est pour cette raison que les portraits de Culottées font tous en six et huit pages au lieu de trois cents. Même si je pense cette fois passer à autre chose, je suis toujours fascinée par les biographies de personnages un peu charismatiques.

Vous aviez déjà à l’époque une shortlist de personnages dont vous souhaitiez réaliser une biographie ?

P.B. : Oui, j’en avais à peu près le double, une soixantaine.

Parmi cette soixantaine, se trouvait-il des incontournables ?

P.B. : Oui, j’avais très envie de raconter Katia Krafft qui est la première vulcanologue de l’Histoire. C’est un personnage qui me hante depuis très longtemps. Il y aussi Peggy Guggenheim avec qui je termine d’ailleurs le deuxième tome. Puis j’en ai ajouté d’autres et c’est comme ça que j’ai fait mon choix parmi la soixantaine de personnages qui constituaient ma short list.

Résumer leur vie en quelques pages n’est-ce pas contraignant, voire frustrant ?

P.B. : Non, au contraire. C’est un exercice plutôt enthousiasmant, puisqu’on est obligé de se débarrasser de grandes parties de l’Histoire qui ne nous intéressent pas. On peut se permettre de résumer la vie de quelqu’un, chose que je me serais interdite s’il avait fallu que j’écrive une biographie complète. J’ai abandonné immédiatement l’idée d’être complètement objective en me concentrant sur quelques moments charnières des vies des personnages. Ce sont des moments qui représentent l’adversité qu’elles rencontrent, où elles décident que ça suffit et qu’elles prennent leur destin en main. Ce sont des moments qui montrent également comment leur décision a influencé le monde autour d’elles. J’ai pris des libertés, effectivement, mais sans non plus mentir.

Le point commun entre tous ces portraits est donc une volonté à moment donné de sa vie de prendre son destin en main…

P.B. : C’est surtout à chaque fois qu’une histoire dans leur histoire m’a plu. C’est aussi quand certaines personnes partent avec un handicap par rapport à ce qu’elles auraient eu envie de faire et qu’elles parviennent néanmoins à trouver une voie. C’est par exemple le cas d’une actrice disgracieuse qui parvient à décrocher un rôle romantique, ou celui de Katia Krafft, toute petite nana qui rêve d’aller affronter des volcans à une époque où elle pouvait espérer au mieux devenir institutrice. Je me suis aussi rendu compte que ces femmes avaient aussi réalisé beaucoup de choses dans le monde qui les entoure et qu’on ne parle pourtant jamais d’elles.

Comment avez-vous choisi de répartir l’ensemble des portraits sur les deux albums ?


P.B. : En fait, j’ai tout prépublié sur le blog du Monde et la liste a finalement très peu changé par rapport à ce qui est publié en album. Il y a juste certains noms que m’ont soufflés les lecteurs du blog et que j’ai finalement rajoutés. Il n’y a pas de classement particulier, aucune chronologie. J’ai juste réparti les portraits pour quelque chose qui me semble harmonieux. Je souhaitais une bonne alternance d’époques, de lieux et d’âges. Il y a aussi une alternance entre la grande et la petite Histoire. Cela aurait été trop facile de n’inclure que des personnages historiques connus de tous. J’ai vraiment voulu une vraie diversité et montrer qu’il n’y a pas de petite ou de grande action.

L’interaction avec les lecteurs du blog a-t-elle été constructive ?


P.B. : Oui, c’est quelque chose que j’ai retrouvé à l’époque où j’avais un blog très actif, la joie d’un rendez-vous hebdomadaire. Je savais que le lundi matin, quand j’allais me réveiller, avec le décalage horaire (Pénélope Bagieu vit à New York, NDLR), ma note serais postée depuis plusieurs heures et que j’allais découvrir les premières réactions sur ce sur quoi j’avais sué toute la semaine précédente. C’était quelque chose de super addictif et j’ai ressenti un gros vide quand ça s’est terminé. Ça permettait aussi de recevoir beaucoup d’encouragements et c’était plutôt galvanisant, surtout pour un projet aussi intensif. J’avais l’impression d’être constamment coachée, un peu comme si j’avais un entraîneur sportif à mes côtés. Certains lecteurs m’ont également corrigé certaines inexactitudes. Il y a eu finalement peu de « trolls », sauf quand il s’agissait de sujets polémiques, comme les planches que j’avais consacrées à Jesselyne Radack, avocate des whistleblowers.

Certaines histoires présentes dans l’album ont-elles été modifiées suite à certaines remarques ?


P.B. : Très honnêtement oui. Dans le portrait de Mae Jemison, première femme noire à aller dans l’espace, j’ai raconté son histoire en évitant les écueils de la misogynie et du racisme. Elle a grandi dans les quartiers pauvres de Chicago dont les gangs ont essayé de récupérer ses frères. Elle raconte que sa mère, un petit bout de femme, faisait peur à tous les gangsters du coin. Dans la première version, j’ai réalisé une case dans laquelle la mère est sur le perron de sa maison, habillée comme une gentille maman avec un énorme flingue en train de braquer les petites frappes du quartier. Dans la légende, j’ai indiqué : « La mère défend ses enfants comme une lionne. » J’ai eu des commentaires sur le blog en me disant que c’était très désagréable pour les personnes noires d’être comparées à des animaux d’Afrique. Finalement, je me suis demandé si j’aurais employé le même terme pour une femme blanche. Du coup, j’ai changé le terme. Il y a quelques sujets comme celui-ci sur lesquels il faut éviter de blesser les gens. Un autre exemple, celui de Christine Jorgensen, première personne transgenre célèbre. J’ai vraiment lu attentivement tous les commentaires du blog concernant ce que j’avais écrit pour éviter les mots qui auraient pu blesser. Je n’ai pas accepté d’autres commentaires quand il s’agissait de changer le sens que je souhaitais donner à mon portrait.

Ce projet était-il dès le début prévu pour paraître en album ?

P.B. : Oui. Tout s’est en fait décidé en même temps. Depuis longtemps, je réfléchissais avec Le Monde sur une idée de blog. Quand j’ai eu le sujet, j’ai immédiatement appelé Gallimard pour leur proposer aussi en bande dessinée. Dès que Gallimard a accepté, j’ai de mon côté calibré les pages que je réalisais pour Le Monde pour que ça puisse ensuite coller pour un futur album. Du côté de l'éditeur, ils ont réfléchi à la façon de faire un objet qui soit un peu plus qu’un simple recueil de portraits. C’est donc finalement un très beau livre.

Rajouter les double pages entre chaque portrait est aussi un plus...

P.B. : Oui, c’est moi qui leur ai proposé. Cela permet de rendre l’ensemble un peu moins indigeste. Se taper quinze portraits d’affilée sans aération, cela aurait été un peu lourd. Il y a aussi le fait que j’avais des contraintes de temps avec le blog : une semaine pour réaliser un portrait, des contraintes graphiques, quatre couleurs par histoire, mais aussi parfois la frustration d’insérer des beaux paysages dans de petites cases. Ces double pages, c’était aussi un peu ma récré.

Les lecteurs du blog sont-ils finalement les mêmes que ceux qui achètent vos albums ?


P.B. : Les gens que je rencontre en dédicaces ont très souvent lu le blog avant. Une très grosse différence, que j’entends très souvent, c’est le fait que le livre peut se prêter et passer de main en main. Partager un simple lien internet n’a rien à voir.

Est-il plus facile de parler des autres ou de parler de soi-même ?

P.B. : Parler des autres est parfois un moyen détourné pour parler de soi. La raison pour laquelle chaque portrait de Culottées m’a touchée, c’est que je m’y retrouve aussi dans chacun d’entre eux. Je pense qu’avec le temps, on a moins ce besoin de faire de l’autobio et on commence à apprendre à se servir d’autres histoires pour parler de soi de façon plus détournée.

Ce blog vous a-t-il donné envie de réalimenter celui de « Ma vie est tout à fait fascinante » ?

P.B. : Oui. D’un côté, ce blog a le mérite d’exister, d’être un réceptacle quand j’ai l’envie immédiate de raconter quelque chose. D’un autre côté, je pense que je ne pourrais plus jamais revenir à un rendez-vous quotidien, même si c’est quelque chose qui a été très formateur. Je suis consciente que tenir un blog est vraiment une chance. Il y a une vingtaine d’années, un auteur était obligé de trouver un magazine pour être publié puisque tout ne mérite pas forcément un livre.

Avez-vous eu le choix du personnage de Marvel que vous avez réalisé en couverture pour les vingt ans des éditions Panini ?


P.B. : Je ne me souviens plus exactement à quel moment cela a été un choix. On m’a en fait demandé si j’étais intéressée pour réaliser une couverture de Miss Marvel. Faire dessiner par une femme la seule héroïne féminine, c’est un peu facile, mais finalement cela m’a bien arrangé car j’adore ce personnage.

Cette couverture a-t-elle été modifiée, retravaillée ?

P.B. : Non. Comme vous pouvez vous en douter, j’ai encore là-dessus travaillé dans l’urgence. J’étais au début un peu intimidée de réaliser quelque chose pour l’univers Marvel. Je me suis demandée si je devais coller au dessin Marvel puis je me suis dit que les personnes m’ayant contactée connaissaient ma façon de dessiner. Je ne me suis donc pas sentie obligée de faire des gros muscles avec des petits traits. Du coup, j’ai vraiment réalisé la Miss Marvel que j’imaginais.

Considérez-vous que California Dreamin' a marqué un tournant dans votre carrière, en terme de dessin et de narration ?

P.B. : Non. Pour moi, c’est juste une continuité. J’essaie de m’approcher au maximum de ce que je souhaite faire. J’ai la chance d’être accompagnée par des éditeurs qui me poussent continuellement dans cette direction.

Quel est donc ce but ultime que vous souhaitez atteindre ?


P.B. : Je suis en train de réaliser un album que j’espère devenir une série avec un ami scénariste. Sinon, je croise les doigts pour savoir si je vais obtenir les droits d’une histoire que je veux adapter depuis très longtemps. Pour moi, c’est la meilleure histoire du monde. Chaque fois que je la raconte, les gens n’en croient pas leurs oreilles. C’est en fait une enquête.

Une suite prévue à Stars of the Stars ?

P.B. : Ce n’est pas à moi qu’il faut le demander. On m’avait prévenue que Sfar ne terminait pas toujours ses séries et qu’il faudrait probablement que je lui coure après (sourire). Le pire, c’est qu’il m’a déjà raconté la suite.

Continuez-vous à chroniquer des albums ?

P.B. : C’est difficile parce que j’habite loin. Auparavant, j’allais au café avec un copain pour tourner et je n’avais plus du tout l’impression d’être filmée mais de raconter une histoire à quelqu’un et de le convaincre de lire une BD que j’avais lue et appréciée. J’ai essayé via Skype mais ça ne fonctionne pas. La solution serait qu’il vienne me voir pendant une semaine et qu’on en profite pour en tourner une dizaine. (sourire) C’est dommage parce que je continue à lire des choses bien mais je ne peux les partager avec personne.


Propos recueillis par L. Gianati et L. Cirade

Bibliographie sélective

Culottées
2. Des femmes qui ne font que ce qu'elles veulent

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Culottées
1. Tome 1

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California dreamin'

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Stars of the stars
1. Volume 1

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Ma vie est tout à fait fascinante

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