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« Confessions d'un Enragé a eu besoin de Boddah pour se révéler »

Entretien avec Nicolas Otéro

Propos recueillis par L. Gianati Interview 18/08/2016 à 09:38 3857 visiteurs

Après Le Roman de Boddah, Confessions d'un Enragé est le deuxième album réalisé par Nicolas Otéro en solo. Moins rock'n roll mais toujours aussi violente, l'histoire est celle d'un gamin de quatre ans qui a contracté la rage. En jouant sur la double signification de ce terme, le dessinateur d'Amerikkka en a fait un récit personnel et poignant.

Liam a 4 ans en 1979, vous êtes né en 1975… Simple coïncidence ? (sourire)

Nicolas Otéro : Simple coïncidence je ne sais pas, mais troublante en tout cas!!

Vous évoquiez il y a déjà quelques années un projet plus intime… Confessions d’un Enragé a-t-il mis du

temps à mûrir ?

N.O. : Je pense qu'en fait il était là depuis toujours, depuis l'incident en fait. J'avais juste besoin d'avoir confiance en moi, en mon dessin, d'apprendre au travers des différents scénaristes avec qui j'ai travaillé, afin de me lancer sereinement dans l'écriture, parce qu'un sujet intime nécessite un don de soi dont je n'avais pas forcément envie auparavant. Et puis j'ai quand même mêlé le fictionnel au réel dans ce voyage initiatique à travers l'enfance.

Après Le Roman de Boddah, Confessions d’un Enragé est votre deuxième album réalisé en solo. L’avez-vous abordé différemment ?

N.O. : Je l'ai abordé différemment dans le sens où j'ai absolument tout écrit. Pour Le Roman de Boddah, j'avais encore la béquille de l'adaptation même si j'avais pris un grand plaisir à distordre le récit et à distiller pas mal de moi, de mes émotions et de mes névroses dedans. Confessions d'un Enragé a eu besoin de Boddah pour vraiment se révéler...

Liam comme Kurt Cobain est un être en souffrance. Aviez-vous besoin d’aborder la vie de quelqu’un d’autre avant de réaliser quelque chose de plus personnel ?

N.O. : Maintenant que vous me posez cette question, je réalise à quel point tout prend sens dans la continuité de ces deux livres. Je ne sais plus qui m'a dit un jour qu'on racontait un peu toujours la même histoire, que seuls les axes et les points de vue changeaient. C'est le cas ici, puisqu'on parle d'amour, de rédemption, de création, de souffrance face au monde et aux autres, des sentiments universels et qui me sont chers finalement.

Les couvertures de ces deux albums sont construites de façon similaire…

N.O. : Oui, c'est totalement volontaire, le format des toiles réalisées par mon épouse Vérane est le même, le support est similaire, à savoir du tissu d'ameublement, le cadrage est identique... Je voulais vraiment une continuité par rapport à Boddah, qu'on retrouve la même patte même si le traitement graphique des deux contenus est très différent. Je suis totalement dingue de cette peinture, de ce mec avec sa tête de chat sphinx, Vérane a poussé le vice jusqu'à peindre mes tattoos à l'identique. Un gros kiff !!

Comment ces projets ont-ils été signés dans la collection 1000 Feuilles chez Glénat ?

N.O. : Ces projets ont vu le jour grâce à la confiance que me porte Franck Marguin, créateur de la collection et avec qui je travaille depuis mes débuts chez Glénat, qui a vu la progression entre Sixième Soleil, New Moscow, mon souhait de travailler sur Kurt Cobain ayant été vraiment le déclencheur... Je me souviens encore de ses mots et de son sourire de coquin quand il m'a dit: "Putain, enfin tu y vas tout seul, enfin tu vas raconter tes histoires !!" Ayant été conquis par le travail sur Boddah, nous nous sommes retrouvés autour d'une bière à Saint-Malo pour parler de la suite et c'est là que je lui ai raconté l'attaque du chat, la rage, les cauchemars, et j'ai vu le même sourire apparaître sur sa petite gueule. "Tu l'as ton prochain bouquin!", et Confessions d'un Enragé était né.

Le récit commence par un joli contraste entre l’ambiance de la médina (ses odeurs, sa chaleur et le sourire d’un enfant) et la voix off qui évoque la douleur et le froid. Une façon de déstabiliser d’entrée le lecteur ?

N.O. : C'est tout à fait ça. Je voulais qu'on se demande de suite ce que racontait cette voix, pourquoi le contenu des textes était si différent des images proposées. Et puis, sans révéler l'histoire, ça a quand même son importance narrativement parlant, dans la construction. Mais chut, ouvrez et lisez...

Choisir une narration à la première personne, et notamment exprimer le ressenti d’un gamin de quatre ans, c’est un vrai challenge ?

N.O. : Non, ce ne fut pas un challenge, mon petit dernier a justement quatre ans alors je sais à peu près comment pense et s'exprime un petit bonhomme, et puis mes souvenirs de tout ça étaient encore vraiment vivaces alors il n'y avait quasiment qu'à fermer les yeux et ça venait tout seul.

Présenter deux lieux différents, le Maroc et la France, évoquant « l’avant et l’après », c’est quelque chose d’essentiel ?

N.O. : Oui, totalement. Il y a incontestablement un avant et un après. Et le fait de devoir quitter le Maroc est essentiel dans l'histoire de ce gamin changé à jamais. Le déracinement et ce qui s'ensuit participe au voyage initiatique intérieur et à la lutte pour la survie, pour exister, pour se construire...

D’ailleurs, il y a un changement de couleurs flagrant entre ces deux lieux. Le bleu et le jaune laissent place à des tons beaucoup plus sombres…

N.O. : C'est là encore totalement voulu. Liam le dit quand le bateau s'éloigne des côtes marocaines et l'emporte vers l'inconnu, il laisse ici la partie lumineuse de sa vie, il s'en va vers des moments bien plus sombres et douloureux.

La description froide et médicale du Professeur Cesari, qui vient de temps en temps apporter un éclairage sur la maladie, contraste avec le ton brut et violent du reste du récit…

N.O. : J'ai pensé au film d'Alain Resnais, Mon Oncle d'Amérique où un personnage intervient régulièrement entre des scènes et je me suis dit que l'aspect médical et scientifique de la rage devait être traité de la sorte, on en sait assez peu finalement sur cette maladie, la bave aux lèvres et la mort atroce mais c'est un peu léger !! Le professeur apporte effectivement cette connaissance et cette froideur clinique de l'analyse mais il apparaît justement comme une respiration au milieu de la tension qui traverse tout le récit.

Tuer l’adolescent qui est en nous pour entamer sa vie d’adulte, c’est un passage obligé selon vous ? 

N.O. : Pas obligé non, à titre personnel je n'ai même pas encore tué l'enfant qui est en moi, c'est dire!! (Rires) Mais chaque passage de la vie implique souvent des deuils, qu'ils soient réels ou symboliques, on grandit en tombant, on apprend en se relevant.

Comment aborder graphiquement la douleur intérieure ? (avez-vous lu Carnet de Santé Foireuse de Pozla chez Delcourt ?)

N.O. : J'avais déjà abordé ce caractère introspectif de la douleur, de la défonce, avec Boddah et Kurt Cobain. Ici il s'agissait d'une approche un peu différente puisque la notion de choix est absente de cette douleur, Liam a été infecté par le virus de la rage, il n'y peut rien. J'ai pensé à Venom, au côté symbiotique et inéluctable, comme une jungle intérieure qui grandit et vous dévore, vous envahit. Jusqu'à vous posséder entièrement. Et je n'ai pas lu Pozla, j'avais feuilleté le bouquin à sa sortie mais je manque de temps pour vraiment lire tout ce que je devrais ou voudrais!!

Amerikkka, c’est définitivement terminé ?

N.O. : Après toutes les épreuves qu'ont été la fin des éditions Proust et la reprise d'AmeriKKKa par le groupe Paquet, Roger Martin et moi étions un peu refroidis. Mais un tome 10 est en cours d'écriture, on s'est dit que cette série et tout ce qu'on lui avait donné méritait qu'on finisse ce qu'on avait prévu. Je m’attèlerais donc à la réalisation de ce tome 10 très bientôt, ce sera une plongée dans les racines du Ku Klux Klan, au moment de sa création à la fin de la guerre de Sécession, ce sera violent et puissant et je dois avouer que j'ai hâte de retrouver Steve et Angéla !!

D'autres projets ?

N.O. : Je travaille en ce moment sur l'adaptation de "24 heures de la vie d'une femme" de Stefan Zweig, en version Otero donc rockn'roll, et je m'éclate comme un petit fou. D'autres projets en collaboration sont aussi dans les tuyaux mais mon côté superstitieux m'interdit d'en parler encore et puis j'ai tellement d'envie d'écriture que je noircis des pages et des pages, je sais que j'en suis capable maintenant alors rien ne m'arrêtera. Comme un enragé, en fait. (Sourire)


Propos recueillis par L. Gianati

Bibliographie sélective

Confessions d'un enragé

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Le roman de Boddah
Comment j'ai tué Kurt Cobain

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Carnet de santé foireuse

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Note: 4.9/5 (16 votes)

  • Pozla
  • <N&B>
  • Pozla
  • 09/2015 (Parution le 09/09/2015)
  • Delcourt
  • 978-2-7560-6639-4
  • 368

La parenthèse

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Amerikkka
1. Les Canyons de la Mort

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