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| Sujet : Charlier - Giraud - Dargaud
Source : Philippe Charlier
En 1975, les éditions Dargaud étaient encore dirigées par son fondateur, Georges Dargaud. Un différend était né entre ce dernier et divers auteurs concernant le tirage réel de certains albums. Parmi ceux-ci se trouvaient Jean-Michel Charlier et Jean Giraud, créateurs de la série Blueberry. Le conflit s'envenimant et pour d'autres raisons, Charlier avait décidé d'abandonner ses fonctions éditoriales au sein de la rédaction de Pilote (mâtin quel journal !). Finalement celui-ci et Giraud refusèrent de continuer à être publiés par les Editions Dargaud et le patron de ces dernières, se retranchant derrière des documents écrits, menaçait les auteurs des foudres de la justice.
Malheureusement pour Georges Dargaud, Charlier, qui était Docteur en droit, relut avec attention les documents sur lesquels s'appuyait son adversaire et se rendit compte qu'il n'y avait aucune date de précisée concernant la parution des albums de Blueberry. Sautant sur l'occasion, et après en avoir convenu avec Giraud, il décida de créer une nouvelle série western qui serait, bien évidemment, publiée chez un nouvel éditeur et de laisser Blueberry en l'état . C'est ainsi que naquit Jim Cutlass.
Au bout de deux albums de Jim Cutlass et du succès grandissant de la série, Georges Dargaud se rendit compte qu'il allait être le perdant de ce bras de fer et proposa un accord à l'amiable à Charlier et Giraud, qui consistait en la parution d'un dernier album de Blueberry aux Editions Dargaud, avant de rendre aux auteurs leur liberté. C'est la raison pour laquelle l'album "Nez-Cassé" est paru 5 ans après le titre précédent, "Angel Face", et que la série Jim Cutlass se contenta de seulement deux titres pendant très longtemps avant d'être reprise par Jean Michel Charlier et un nouveau dessinateur, mais ceci est une autre histoire! |
xof 24 Qui est dans la 104 ? Grand Maître BDGestiste
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| Dans les années 1990 les éditions Dargaud sont rachetées par le Groupe Ampère.Les conséquences de se rachat furent que nombre de séries en cours furent stoppées net,dont:
Beatifica Blues
Thomas Noland
La toile et la dague
Takuan
etc...
Certaines séries du catalogue sont revendues aux Humanoïdes Associés qui ont écoulés les stocks en apposant un auto-collant sur les albums.(Thomas Noland, Beatifica Blues,...)
Les séries comme Druuna et d'autre dessinées par des Italiens seront ensuite éditées par la nouvelle maison d'édition: Bagheera.
(si vous avez plus d'infos précises j'édite mon post,mais je pense que ce rachat fait partie de l'histoire de la BD à savoir) |
xof 24 Qui est dans la 104 ? Grand Maître BDGestiste
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| Dans les années qui précèdent 1990, on voit fleurir bon nombre de petites maisons d'éditions créées par des auteurs.
Messieurs Godard et Ribera créent Le Vaisseau d'argent. Ils rééditent nombre d'albums qu'ils ont signés et publient aussi d'autres auteurs dont le premier tome de "L'autre Monde" de Magnin et Rodolphe.
Malheureusement en 1991 éclate un conflit : La guerre du Golfe. Eh oui cette guerre aura pour conséquence de faire sombrer cette petite maison d'édition. Les auteurs utilisaient leur profit pour le réinvestir aussitôt, hélas l'achat des BD fut moindre pendant cette période et les auteurs dûrent mettre la clef sous la porte.
Monsieur Ribera garde un bon souvenir de cette expérience et regrette le fait qu'ils n'aient pu poursuivre.
Le catalogue est repris chez Dargaud.Les albums en stock seront vendus avec un auto-collant Dargaud. |
ET BDGestiste
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| Sujet : dépôt légal
Source : Bibliothèque nationale de France
Le dépôt légal a été instauré en 1537 par François Ier. Par une ordonnance du 28 décembre, le roi de France introduit un principe nouveau et décisif pour l'accroissement des collections : il enjoint aux imprimeurs et aux libraires de déposer à la librairie du château de Blois tout livre imprimé mis en vente dans le royaume. La création de cette obligation appelée dépôt légal, constitue une date fondamentale pour la Bibliothèque et le patrimoine de la France, même si au départ elle ne fût que très inégalement appliquée. Supprimé sous la Révolution au nom de la liberté, rétabli en 1793 pour protéger la propriété littéraire, réorganisé en 1810 pour surveiller l'imprimerie, bouleversé en 1925 par l'introduction du double dépôt imprimeur/éditeur qui en a accru l'efficacité, le dépôt légal est aujourd'hui régi par la loi du 20 juin 1992 et le décret du 31 décembre 1993. Le fonctionnement du dépôt légal a connu une amélioration continue depuis le début du XIXe siècle. L'essor de la production imprimée, provoqué par l'industrialisation des techniques de fabrication et par la généralisation de l'alphabétisation, se traduit dans les chiffres : en 1780, 390 ouvrages déposés en 1880, 12 414 ouvrages déposés en 1994, 47 000 ouvrages déposés en 1997, 50 000 ouvrages déposés Ces derniers chiffres sont détaillés dans les statistiques de la Bibliographie nationale française. En effet, le dépôt légal permet d'élaborer la Bibliographie nationale française des livres, périodiques, atlas, cartes et plans et musique, qui recense tous les documents édités, imprimés ou diffusés en France. Pour les livres, près de la moitié de l'édition française n'est recensée que par la Bibliographie nationale française. Limité d'abord au livre, le dépôt légal s'est ensuite appliqué à la gravure, puis à la photographie, à la production audiovisuelle (films, disques, cassettes vidéo ou audio) et depuis 1993 concerne également les bases de données et progiciels et la production radiodiffusée et télédiffusée. |
Syd Vagabond... BDébordé
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| Mots clés: Frémok, Fréon, Amok
HISTORIQUE DU FRÉMOK
Le FRÉMOK est né le 22 juin 2002, de la signature d?un plaisant traité de partenariat entre les éditions Amok et Fréon .
L?Amok, situé à Montreuil, fait partie d?une structure nommée Dissidence Art Work. Créée en 1991, cette structure regroupe l?Amok et la librairie-galerie Insula. Dissidence Art Work tend à défendre une pluralité d'expression, tant des créateurs professionnels que des amateurs, tout en explorant les possibilités d?interactions novatrices entre l?art et la société. Depuis leur fondation par Olivier Marboeuf et Yvan Alagbé, les éditions Amok défendent une création artistique qui allie vision personnelle et souci des réalités contemporaines, sociales, historiques ou culturelles. Explorant l'ensemble des relations entre le texte et l'image, les livres d'Amok construisent un territoire singulier qui va de la bande dessinée à l'essai graphique en passant par la photographie ou le graphisme. Débutée avec une revue trimestrielle, Le Cheval sans Tête, la production éditoriale s'est ensuite enrichie de deux collections d'albums de bandes dessinées, Feu ! et Octave. En même temps que Le Cheval sans Tête changeait de formule pour devenir semestriel, l?Amok édite Specimen, une revue graphique thématique. Ces deux revues, qui permirent la découverte de nouveaux talents, sont depuis arrêtées mais de nouveaux projets sont à l'étude. Depuis sa création, où les premières publications étaient encore assemblées manuellement, l?Amok a bien entendu élargi sa production et ses compétences en publiant, notamment, des auteurs confirmés comme José Munoz et Carlos Sampayo ; mais cela ne l?empêche pas d?encore produire des livres plus «hermétiques» en sérigraphie à cent ou deux cent exemplaires.
Le Fréon est basé à Bruxelles. Il a été fondé en 1994 par Thierry van Hasselt, Vincent Fortemps, Denis et Olivier Deprez, quatre jeunes dessinateurs issus d?études de bande dessinée de l?institut Saint-Luc de Bruxelles. Constitué sous la forme d?une association, d?un collectif de dessinateurs belges et indépendants, le Fréon axe sa ligne éditoriale vers une bande dessinée d?art et d?essais. Ses objectifs sont avant tout purement artistiques, que ce soit au niveau formel ou au niveau du fond. Le Fréon veut défendre une bande dessinée dite «difficile». Cette démarche expérimentale, en dehors des standards, permet d?offrir plus de liberté créatrice aux auteurs, scénaristes ou dessinateurs. Ainsi, outre des auteurs locaux, le Fréon a permis la publication d?artistes désormais reconnus comme Alberto Breccia ou Lorenzo Mattotti. Autour de la revue Frigobox, qui a lancé cette entreprise, le Fréon distille également les recherches en atelier de ses créateurs de bande dessinée.
Il est intéressant de remarquer que c?est au début des années nonante que se sont créées ces deux maisons. Le marché de la bande dessinée «traditionnelle» est alors très rigide. En effet, à la fin des années 80, suite à la disparition de la plupart des revues de bande dessinée, la majorité des auteurs se retrouvent sans support de prépublication. La profusion de périodiques des années antérieures laisse brusquement place à un dépeuplement des magazines de bande dessinée et entraîne une sorte de marasme artistique. Les éditeurs prennent un minimum de risque en publiant principalement des auteurs consacrés, des valeurs sûres. On assiste donc à une multiplication de séries à caractère classique, calquées sur le succès des précédentes. Inutile de préciser que cette politique éditoriale laisse peu de place à la création artistique et à la recherche de nouveaux critères esthétiques. La contrainte économique, plus imposante, pousse les éditeurs à chercher la garantie du succès dans des formules éprouvées et fiables. Dès lors, de nombreux jeunes auteurs ayant pour ambition de proposer d?autres choix stylistiques ou narratifs rencontrent le refus de la plupart des grands éditeurs. Pour exprimer leur talent, ces auteurs se tournent alors vers des petites maisons d?éditions ou encore, prennent personnellement en charge leur publication. C?est ainsi que naissent une série de maisons d?édition indépendantes comme le Fréon ou l?Amok qui, après plusieurs collaborations successives, décident de fusionner. ESTHETIQUE
Les objectifs du FRÉMOK sont centrés sur la réflexion sur les spécificités de la bande dessinée, à chaque niveau de sa construction : l?écriture, le dessin, la structure du récit, jusqu?à la conception du livre, voire même jusqu?à sa diffusion. L?idée est de prendre en charge tous les paramètres d?un album et de son contenu de la manière la plus libre et la plus approfondie possible. Dans l?esprit de liberté, chaque album est traité indépendamment de toute production extérieure. Même s?il y a des collections, celles-ci n?imposent pas de format, de standard, de type de couverture particulier ou de nombre de pages à un album. L?éditeur est en recherche constante pour donner le support le plus approprié aux aspirations de l?auteur et aux exigences du contenu de l?album. Ce travail se fait également, et de manière indispensable, sur le fond. La narration est la base de toute recherche formelle. C?est le scénario qui guide le dessin et non l?inverse. Il ne doit donc pas y avoir de différence entre le récit et le graphisme qui sert à le raconter, qu?il s?agisse de gravures, de peintures ou de dessins au fusain. Cette réflexion sur le récit est prépondérante au FRÉMOK qui cherche le moyen le plus ouvert, le plus polysémique de mettre en scène une histoire. Cette ouverture et cette polysémie sont aussi présentes dans la «ligne éditoriale» du FRÉMOK qui ne veut revendiquer identité, libre des genres, des classes. La liberté de cette maison est un caractère que veulent conserver ses dirigeants. Elle est indéniablement liée au fait qu?il s?agit d?une structure jeune, née des volontés créatrices d?artistes à peine sortis de leurs études. Cette conduite facilite, bien entendu, le dialogue entre l?éditeur et l?auteur, renforçant ainsi la créativité et la cohésion entre une ?uvre et sa publication.
CRÉNEAU ET ÉTAT DES LIEUX
La bande dessinée indépendante rencontre généralement un public totalement différent de la bande dessinée dite traditionnelle. Le FRÉMOK s?adresse à des lecteurs attentifs et exigeants. Ce public est parfois considéré comme «élitiste» car intéressé par cette forme de production en tant que langage artistique original plutôt qu?en tant que genre alternatif. En effet, ce lectorat n?est pas formé par des amateurs ou des collectionneurs de BD mais est plutôt constitué d?intellectuels qui retrouvent en ces albums le même ton qu?ils affectionnent pour le cinéma ou la littérature. Il s?agit donc de lecteurs de bande dessinée mais avant tout de lecteurs de textes et d'images. Ce sont des personnes qui consomment tout autant du roman, de la poésie, de la photo, du livre d'art, du cinéma ou de la musique que ce type de bande dessinée . Il s?agit aussi de lectures qui ont une démarche culturelle exigeante, à savoir la recherche de l?alternatif, de l?expérimental ou de l?expérience formelle. Il semble donc que, tout comme il faut dissocier la fois la bande dessinée traditionnelle de la bande dessinée alternative en tant que véhicule de contenu, il faille également dissocier leur lectorat, en tant que récepteur de ce contenu. En outre, les acteurs des réseaux de la bande dessinée underground font généralement remarquer que ce sont leurs produits qui rencontrent le plus d?intérêt à l?étranger. Actuellement, on exporte avec plus de succès hors du monde francophone ou même de l?Europe des albums au format et au contenu original, comme une bande dessinée de Trondheim ou de Breccia, que le quarante-septième Tuniques Bleues ou le treizième Largo Winch.
Le FRÉMOK fait donc partie de ces maisons d?éditions nées au début des années nonante, dans la mouvance de la bande dessinée indépendante. Les enjeux actuels ne sont peut-être plus autant la reconnaissance artistique, acquise au fil des publications, des colloques et des débats, que l?élargissement du lectorat. Les potentiels de promotion et de diffusion du FRÉMOK sont relativement favorables, avec une succursale à Paris et à Bruxelles, mais la pénétration d?un marché plus large ne peut logiquement se faire que par l?intermédiaire des librairies. Et c?est ici que réside un obstacle. Comme il a été remarqué, le lectorat de la bande dessinée alternative et celui de la bande dessinée traditionnelle sont généralement différents. D?autre part, le FRÉMOK lui-même ne se réclame d?aucun milieu et n?a même pas la volonté de se prétendre éditeur de «bande dessinée», au sens le plus pragmatique du terme. Dès lors, comment éviter cette confrontation de deux produits quasiment antinomique ? Comment placer sur le même circuit de diffusion et de vente des albums de bande dessinée à ce point éloignés sur la forme comme sur le fond ? Le problème n?est pas récent et se rencontre dans la plupart des milieux artistiques. Le souhait que l?on peut formuler est que le cloisonnement des genres ne se renforce pas, et que, concernant le lectorat, les rapprochements succèdent aux éloignements. Un aspect positif est le constat que, en quelques années, la plupart des librairies commencent à posséder leur rayon de bande dessinée indépendante et semblent le vendre convenablement. |
prejoris Modérateur Master of Ceremony
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| Le top 8 de la BD
(recettes mondiales en euros de ventes d'albums en 1999, par auteurs)
1- Albert Uderzo : 42,53 M
Dessinateur d'Astérix (donc, une des séries les plus vendues )
2- Jean Van Hamme : 25,00 M
Scénariste de Largo Winch, Thorgal, XIII, Les Maîtres de l'orge, Blake et Mortimer.
3- Morris (Maurice De Bevere) : 23,02 M
Dessinateur de Lucky Luke.
4- Akira Toriyama : 15,40 M
Dessinateur de Dragon Ball.
5- Raoul Cauvin : 12,35 M
Scénariste des Tuniques Bleues, L'agent 212, Pierre Tombal, Cédric.
6- Arleston Scotch (Christophe Pelina) : 11,74 M
Scénariste de Lanfeust de Troy, Trolls de Troy, Les Maitres cartographes, Leo Loden
7- Grzegorz Rosinski : 9,91 M
Dessinateur de Thorgal, La Complainte des Landes Perdues, Hans.
8- Tome (Philippe Vandevelde) : 8,84 M
Scénariste de Spirou et Fantasio, Petit Spirou, Soda, Berceuse assassine.
Source : Combien ça coûte ? 2002 © Michel Lafon |
ET BDGestiste
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| Sujet : De certains éditeurs et de l'édition
Source : http://www.loustal.nl/les_annees_60.htm
Texte du post : Les années 60 : les années Pilote (orginal lien: http://www.afaa.asso.fr/c-15/15--007-.htm) fin!!!
Lors de sa sortie en octobre 1959, l'hebdomadaire Pilote propose un journal tout public où l'on trouverait un rédactionnel de qualité et les meilleures bandes dessinées du moment... On peut lire Bison Noir de Guy Bertret, Jacques Ledrain et Lucien Nortier, P'Tit Pat gamin de Paris de Rémo Forlani et Jacques Dagues, Jacquot le mousse de René Goscinny et Christian Godard, Zappy Max de St Julien et Maurice Tillieux, Ivanhoé de Leroy et Antonio Parras ou bien encore le Démon des Caraïbes / Barbe-Rouge, Tanguy et Laverdure, Jacques Le Gall et Guy Lebleu, quatre séries réalistes scénarisées par Jean-Michel Charlier et dessinées par Victor Hubinon, Albert Uderzo, Mitacq et Raymond Poïvet... sans oublier les premières planches d'un duo de Gaulois appelé à un auguste destin : Astérix et Obélix. Pilote propose enfin ses fameux Pilotoramas (des double-pages didactiques mis en images par Jean-Louis Devaux, Louis Murtin ou Henri Dimpre) et le Petit Nicolas, une succession de récits rédigés par Goscinny et illustrés par Jean-Jacques Sempé.
L'hebdomadaire Pilote surprend d'emblée par son professionnalisme et son aspect novateur ; il ne tarde guère à symboliser le renouveau de la bande dessinée française des années 60 et devient le périodique préféré des enfants, puis des adolescents. Si l'on en croit la légende, les 300 000 exemplaires du premier numéro de Pilote se seraient vendus en quelques heures... en réalité, il fallut attendre quelques jours pour en épuiser le tirage !
Jean Tabary crée Valentin le vagabond, Jean Chakir anime Tracassin, en 1963, Jean Giraud s'associe avec Charlier et met en selle Blueberry ; Greg dessine les premiers gags d'Achille Talon ; Cabu donne naissance au Grand Duduche ; Yves Duval et Mic Delinx content les exploits de Buck Gallo ; Christian Godard en fait de même avec Norbert et Kari ; Martial n'est pas en reste avec Tony Laflamme. En 1965, Marcel Gotlib signe les Dingodossiers scénarisés par Goscinny ; Fred donne le jour au poétique Philémon ; Gérald Forton reprend la destinée graphique de Bob Morane, d'après l'oeuvre romanesque d'Henri Vernes ; Nikita Mandryka scénarise ou dessine quelques courts récits sous le pseudonyme de Kalkus. En 1966 et à la suite de la deuxième interdiction d'Hara-Kiri, Gébé et Jean-Marc Reiser conçoivent leurs premières histoires courtes pour Pilote ; Gérard Pradal et Florenci Clavé prennent le large avec l'enseigne de vaisseau Rémi Herphelin. En 1967, Pierre Christin et Jean-Claude Mézières expédient Valérian au fin fond de l'espace ; Jacques Lob et Georges Pichard explorent quant à eux l'univers aquatique de Submerman.
1968
En 1968, René Goscinny alors rédacteur en chef décide d'orienter Pilote vers un public plus âgé et lance les "pages d'actualités" où débuteront bon nombre d'artistes aujourd'hui reconnus comme le regretté Alexis. Parallèlement, Lob et Robert Gigi ouvrent le Dossier des Soucoupes Volantes ; Gotlib se lance seul dans sa Rubrique à Brac ; Avec l'inénarrable Cellulite, Claire Bretécher se fait la zélatrice du féminisme. Apparus à l'origine dans Record et Spirou, Iznogoud de Jean Tabary et Lucky Luke de Morris font une entrée remarquée dans Pilote... les productions scénarisées par Goscinny sont dès lors réunies sous une seule et même bannière, celle d'un journal qui ne tardera pas à "s'amuser à réfléchir".
Autre événement d'importance : la sortie en septembre 1960 du mensuel Hara-Kiri. Placé sous la houlette de Georges Bernier (alias le Professeur Choron) et de François Cavanna, ce magazine dépoussière durablement le genre satirique. On y trouve des photographies et autres publicités détournées, de nombreux textes illustrés... ainsi que quelques bandes dessinées réalisées par Roland Topor, Fred, Jean-Marc Reiser, Cabu, Gébé et Georges Wolinski, très vite rejoints par Pierre Fournier ou Willem. En 1962 - après une première interdiction -, la rédaction du journal passe de la rue Choron à la rue de Montholon et adopte les éditions du Square comme raison sociale. En 1969, ce label diversifie ses activités et propose Hara-Kiri Hebdo, qui sera rebaptisé peu après Charlie-Hebdo... Les éditions du Square publient Charlie Mensuel, une revue inspirée de Linus, un magazine italien apparu quatre ans plus tôt. Tout en proposant diverses productions américaines et britanniques le magazine accorde une place importante à la bande dessinée d'auteur italienne et argentine (Buzzelli, Manara, Crepax, Breccia, Jacovitti, Sampayo et Mu-oz). Charlie Mensuel se veut également un support unique d'expression. Si on y trouve les incontournables Cabu, Wolinski, Gébé et Reiser, quelques séries et histoires complètes dessinées par Georges Pichard, Copi ou Dimitri, le lecteur découvre également les premières planches de Jean-Pierre Autheman, Alex Barbier, Philippe Bertrand, Régis Franc, Golo, Francis Masse, Chantal Montellier, René Pétillon, Alex et Daniel Varenne, Jean-Pierre Autheman, Dominique Rousseau, Charlie Schlingo, Joost Swarte ou Willem. Ouverte à toutes les expériences, Charlie Mensuel s'impose rapidement comme l'une des meilleures revues spécialisées.
Vers une reconnaissance officielle du 9 e art
Tout au long de la décennie, la bande dessinée francophone connaît une importante mutation. Des revues éphémères comme V Magazine, Chouchou ou Pogo, proposent des récits pour adultes conçus par Georges Pichard, Robert Gigi ou Raymond Poïvet. Editeur de Benjamin Peret et des derniers membres du groupe surréaliste, Eric Losfeld se lance lui aussi dans la bande dessinée d'auteur et publie dès 1964 de luxueux ouvrages conçus par Jean-Claude Forest (Barbarella), Guy Peellaert (Pravda la Survireuse, Jodelle - texte de Pierre Bartier), Paul Cuvelier (Epoxy), ou Philippe Druillet (le premier épisode de Lone Sloane), Alain Resnais, Evelyne Sullerot, Jean-Claude Forest, Rémo Forlami, Francis Lacassin, Jean-Claude Romer, Pierre Couperie, Claude Moliterni ou Edouard François militent pour la reconnaissance officielle de la bande dessinée. Le Club des bandes dessinées - fondé en 1962 et rebaptisé le C. E. L. E. G. (Centre d'étude des littératures d'expression graphique) publie la revue Giff-Wiff. En 1966, la S. E. R. G. (Société d'Etudes et de Réalisations Graphiques) se spécialise dans l'étude de ce que l'on appelle désormais le 9 e art. Outre Phénix, l'une des meilleures revues du genre, ce label publie divers albums dessinés par Robert Gigi ou Georges Pichard. En 1967, la S. O. C. E. R. L. I. D. (la Société civile d'études et de recherches des littératures dessinées) conçoit l'exposition "Bande dessinée et figuration narrative" au Musée des arts décoratifs (Paris).
Face à cette émergence de la bande dessinée pour adultes, la presse catholique française tente de résister. En 1962, la Bonne Presse s'associe avec l'éditeur Dargaud et propose le magazine Record, héritier direct du journal Bayard. On y trouve notamment le débonnaire Haroun El Poussah et son ignoble conseiller Iznogoud, de René Goscinny et Jean Tabary - une série accueillie six ans plus tard dans Pilote. De leur côté, Coeurs Vaillants et Âmes Vaillantes se muent sans grand succès en J2 Jeunes et J2 Magazine.
Malgré l'arrivée de nouvelles séries, Spirou est confronté à une grave crise d'identité. La bande dessinée francophone pour enfants n'a pourtant pas dit son dernier mot. En 1965, Greg devient le rédacteur en chef de Tintin et accueille de nouveaux auteurs comme Dany (Olivier Rameau), Dupa (Cubitus), Bob De Groot et Turk (Robin Dubois), William Vance (Bruno Brazil), Eddy Paape (Luc Orient), Claude Auclair (les Naufragés d'Arroyoka, puis Simon du Fleuve), Derib (Go West, puis Buddy Longway), Walter Fahrer (Cobalt) et Hermann (Bernard Prince et Comanche). Rapidement, l'hebdomadaire connaît un regain d'intérêt et conquiert même toute une nouvelle génération de lecteurs. Le journal Vaillant subit également d'importantes modifications. En 1962, le périodique accueille Marcel Gotlib qui propose tour à tour Nanar et Jujube, puis son hilarant Gai-Luron. En 1963, on y retrouve Teddy Ted de Francisco Hidalgo et les As de Greg. En 1969, l'hebdomadaire est rebaptisé Pif Gadget. Les récits à suivre sont dès lors remplacés par des histoires complètes et de nouvelles séries font leur entrée : Corto Maltese d'Hugo Pratt - un personnage apparu dès 1967 dans le magazine italien Sgt-Kirk - et Rahan d'André Chéret.
Les années 70 : la décennie de toutes les contestations
BD alternative et Fanzines
Le journal Actuel, fondé en 1970 et représentatif de la contre-culture française, traduit un grand nombre d'histoires issues de l'underground américain et publie quelques récits dessinés par Marcel Gotlib, Francis Masse et Nikita Mandryka.
La bande dessinée alternative se développe également à travers quelques supports plus éphémères comme la Gueule ouverte ou Zinc - on y retrouve les premiers travaux de Soulas, Poussin ou Nicoulaud. Publicness propose pour sa part Eerie, Creepy et Vampirella, trois magazines consacrés essentiellement à la bande dessinée d'horreur en provenance des Etats-Unis ou d'Espagne. Dès cette époque, les fanzines (abrévation de fanatique et magazine) se multiplient et alternent les propos lapidaires, les études sérieuses et des bandes dessinées conçues par des amateurs - dont certains deviendront célèbres, comme Philippe Vuillemin, Bernard Hislaire, Loustal, Yves Chaland, Serge Clerc ou Tito. Parmi les meilleurs titres, rappelons la publication de Haga, Hop !, P. L. G. P. P. U. R. ou Falatoff. Les responsables de ce dernier titre n'en restent d'ailleurs pas là et fondent les éditions Artefact. A leur actif, divers ouvrages consacrés au mouvement alternatif international (Tante Leny Presenteert et Ever Gerardts pour les Pays-Bas, El Vibora, Alphamax et Nazario pour l'Espagne, Hunt Emerson pour la Grande-Bretagne, Musicomix pour l'italie, Shelton et Crumb pour les Etats-Unis..) et des traductions de Lorenzo Mattotti, Mique Beltran, Benito Jacovitti ou Altan. Cette structure propose enfin quelques albums dessinés par les Français Raymond Poïvet (Opus 4) ou Georges Ramaioli (Mado et Maildur - scénario de Durand).
En novembre 1970, à la suite d'un titre provocateur sur la mort du général de Gaulle l'hebdomadaire Hara Kiri est interdit... pour pornographie. Ce qui est en fait une censure politique soulève une impressionnante levée de boucliers de toute la presse. Dès la semaine suivante, bravant l'interdiction, les éditions du Square lancent Charlie Hebdo. Ce périodique ne tarde pas à acquérir une incroyable notoriété, se classant parmi les meilleures ventes de la presse écrite. Dirigé de main de maître par Georges Wolinski, Charlie Mensuel continue d'alterner les rééditions classiques et les créations d'avant-garde. En 1977, Le Square propose B. D., un hebdomadaire en grand format, imprimé sur papier journal, qui accueille des bandes dessinées de qualité (Griffu de Jean-Patrick Manchette et Jacques Tardi, le Goulag de Dimitri ou le Gros Dégueulasse de Jean-Marc Reiser).
Aux côtés des séries classiques, les éditions Dargaud proposent les collections Humour et Fantastique, lancent les périodiques Lucky Luke mensuel et Achille Talon magazine - si ces supports disparaissent après quelques numéros, ils permettent néanmoins de révéler quelques séries comme Jonathan Cartland (de Laurence Harlé et Michel Blanc-Dumont), Alexis McCoy (de Jean-Pierre Gourmelen et Antonio Hernandez Palacios) ou Léonard (de De Groot et Turk). Cabu, Gébé et Reiser rejoignent Charlie-Hebdo et Nikita Mandryka, ralliant avec lui Marcel Gotlib et Claire Bretécher, fonde l'Echo des Savanes, en 1972. Conçue à l'origine comme un simple divertissement, la revue fait en réalité l'effet d'une bombe dans le microcosme bédéphile.
De nouveaux auteurs renforcent l'équipe de Pilote : Philippe Druillet (avec la reprise de Lone Sloane), F'Murr (le Génie des alpages), Jacques Tardi (Rumeurs sur le Rouergue, Adieu Brindavoine), Touïs et Frydman (Sergent Laterreur), Jean Mulatier, Patrice Ricord et Jean-Claude Morchoisne (les Grandes gueules), René Pétillon (Palmer), Jean Solé (les Animaleries, puis Jean Cyriaque) ou bien encore Enki Bilal (quelques histoires fantastiques au ton résolument "lovecraftien" ).
Confronté désormais à une rude concurrence, Pilote oriente le journal vers une formule plus journalistique avec diverses chroniques signées Jacques Bertrand, Pierre Lebedel, Gilles Lhote et Louis Nucéra, et accueille également à cette époque Gérard Lauzier (Tranches de vie), Régis Franc (Histoires immobiles et récits inachevés), François Rivière et Jean-Claude Floc'h (Albany) ou Annie Goetzinger (la Demoiselle de la Légion d'Honneur). Reste que le désir d'émancipation des auteurs continue d'opérer quelques coupes sombres au sein du magazine. En 1974, Morchoisne et Mulatier créent l'éphémère Mormoil. Un an plus tard, Claire Bretécher donne naissance à ses Frustrés dans le Nouvel Observateur ; Max Cabanes, Régis Loisel, Loro et Olivier Taffin participent à Tousse Bourin. Gotlib fonde Fluide Glacial. Après quelques parutions où l'on retrouve d'anciens dessinateurs de Pilote comme Jean Solé ou Alexis, Fluide Glacial accueille Christian Binet (Kador, les Bidochon), Daniel Goossens (le Messie est revenu, la Vie d'Einstein) ou Edika (diverses histoires mêlant les fantasmes et la démesure).
De nouvelles thématiques
Science fiction et BD Rock
En 1975, Jean-Pierre Dionnet, Philippe Druillet et Moebius (Jean Giraud) fondent les Humanoïdes Associés et créent Métal Hurlant. Spécialisé à l'origine dans la science-fiction, ce magazine diversifie par la suite ses thématiques et propose des récits mettant en scène l'univers urbain, le rock and roll - donnant ainsi naissance à ce que d'aucuns désignent sous le nom de "B. D. Rock". Au fil des numéros, une nouvelle génération renouvelle le 9 e art français : signalons ainsi l'arrivée de Jean-Claude Gal, Frank Margerin, Denis Sire, Serge Clerc, Yves Chaland, Ben Radis, Luc Cornillon, Michel Crespin, Loustal, Ted Benoît, Jacques Ferrandez, Daniel Ceppi, Jano, Claude Renard, François Schuiten, Philippe Gauckler et Didier Eberoni. En 1976, les Humanoïdes publient Ah ! Nana, un trimestriel réalisé par des femmes, parmi lesquelles se distinguent Nicole Claveloux, Chantal Montellier ou Marie-Noëlle Pichard. Une interdiction de vente aux mineurs amène pourtant cette revue à disparaître après seulement deux ans d'existence.
Rééditions, BD érotiques
Parallèlement, CAP (Centre Audiovisuel de Production) se crée rapidement une image d'éditeur érotique avec des revues comme Bédé Adult, puis Bédé X, Gay Comix, BD Climax et Sex Bulles. Dominique Leroy - l'une des rares femmes de la profession -, se spécialise elle aussi dans la bande dessinée "pour lecteurs avertis". Après Best of Stanton, cette éditrice enchaîne avec divers albums signés Georges Pichard (Blanche Epiphanie, la Comtesse rouge), G. Lévis (Liz et Beth, les Petites filles modèles), Gérard Leclaire (la Famille Freudipe) ou Philippe Cavell (Juliette de Sade, les Mémoires de Fanny Hill).
Grande diffusion et expérimentation
Hachette tente également de se positionner sur le marché de la bande dessinée d'auteur. Parallèlement à quelques classiques du 9 e art américain (Flash Gordon, Mandrake ou Prince Valiant), cet éditeur publie en effet les premiers volumes des Naufragés du Temps de Jean-Claude Forest et Paul Gillon ou du Vagabond des limbes de Christian Godard et Julio Ribera. Début 1974, Futuropolis, un éditeur-libraire, lance les deux premiers volumes de sa collection 30 / 40, consacrés respectivement à Edmond-François Calvo et Gir. D'emblée, Futuropolis se distingue de ses confrères par l'originalité de sa production, la qualité de ses maquettes. Au fil des ans, Futuropolis propose la collection Copyright (consacrée aux rééditions de classiques américains et français) et révèle Edmond Baudoin et Jean-Louis Tripp.
Un retour au classicisme
Les éditions Glénat lancent Circus en 1975, un magazine mêlant les récits classiques et le ton libéré des premières bandes dessinées pour adultes. Glénat propose rapidement différents recueils issus de sa revue et trouve peu à peu ses marques sur la scène bédéphile française, devenant ainsi l'un de ses principaux éditeurs.
En 1976, Fershid Bharucha s'associe avec les éditions du Fromage, puis Albin Michel, et devient le rédacteur en chef de l'Echo des Savanes -Spécial USA. Albert Uderzo crée les éditions Albert-René - en hommage à René Goscinny disparu en 1977 -, en 1979. Cet éditeur se fixe dès lors deux objectifs : la publication en exclusivité des albums d'Astérix parus depuis 1980 et la gestion des droits mondiaux de son univers dans les domaines de la promotion et des licences.
Retour au romanesque
En 1978, Casterman sort le premier numéro d'A Suivre, où domine un ton différent, plus "littéraire". S'inspirant de la Ballade de la mer salée d'Hugo Pratt (considéré comme le premier "roman" en bande dessinée), des artistes comme Jacques Tardi, Max Cabanes, Jean-Claude Forest, Didier Comès, Jean-Claude Servais, José Mu-oz, Milo Manara, Benoît Sokal, Jacques Ferrandez, Jean-Claude Denis et François Schuiten rompent avec la narration classique et s'expriment en toute liberté. A Suivre propose bien entendu de toutes nouvelles histoires de Corto Maltese, conçues par Hugo Pratt. De jeunes artistes arrivent chez Fleurus, comme François Bourgeon, Jean-Paul Dethorey, François Dermaut, Didier Convard ou André Juillard. Le groupe Bayard-Presse publie Okapi en 1971, suivi d'Astrapi, sept ans plus tard, et promotionne de nouveaux auteurs comme Berthommier (Touffu) ou Yvan Pommaux (Marion Duval). Tintin s'oriente vers la bande dessinée réaliste et accueille Claude Auclair (Simon du fleuve), Gilles Chaillet (Vasco), Cosey (Jonathan), Derib (Buddy Longway), Franz (Jugurtha, Lester Cockney) ou Grzegorz Rosinski (Hans, Thorgal).
Dès 1970, Spirou retrouve le succès avec l'apparition d'héroïnes comme Natacha de François Walthéry, Isabelle de Will et Yoko Tsuno de Roger Leloup. Raoul Cauvin devient le scénariste attitré de l'hebdomadaire et élabore les Tuniques Bleues de Salvé et Lambil, Sammy de Berck ou l'Agent 212 de Daniel Kox. En 1977, Spirou publie le Trombone Illustré, un supplément autonome dans lequel on retrouve les talentueux René Hausman, Enki Bilal, Frédéric Jannin, Yvan Delporte, Sirius, Jijé, F'Murr, Roba, Marcel Gotlib et Claire Bretécher. C'est également dans cet encart qu'André Franquin anime ses Idées Noires, une série reprise plus tard dans Fluide Glacial. Spirou lance également la rubrique "carte blanche" et divers jeux où débutent Philippe Bercovici, Marc Hardy, Makyo, Didier Conrad, Yann, Tome, Janry, Frank, Bernard Hislaire et Alain Dodier.
Les années 80
Après s'être affranchie de tous les tabous, avoir flirté avec les expériences narratives et graphiques les plus diverses, la bande dessinée fait un retour aux sources. Si le 9 e art possède d'ores et déjà ses lettres de noblesse, ses créateurs sont désormais conscients que le graphisme doit avant tout se mettre au service d'une bonne histoire... l'un des plus bels exemples de cette époque restant le lancement réussi de la série les Passagers du vent de François Bourgeon, chez Glénat. Le fait n'échappe d'ailleurs pas à cet éditeur qui étoffe le contenu de sa revue Circus, à partir de 1980. Tout au long de la décennie, le magazine publie de très nombreuses séries comme les Eaux de Mortelune de Patrick Cothias et Philippe Adamov, le Marchand d'idées de Philippe Berthet et Antonio Cossu, Bob Marone de Yann et Didier Conrad, Grimion de Makyo, le Chariot de Thespis de Christian Rossi, les Ecluses du ciel de Rodolphe et Michel Rouge, Jaunes de Tito, Dans l'ombre du soleil de Colin Wilson ou Sambre de Yslaire. Ce choix éclectique témoigne de la volonté de cet éditeur de se constituer un catalogue et permet surtout à un grand nombre d'auteurs de s'exprimer librement. De 1981 à 1984, Glénat tente également de renouveller la presse juvénile avec Gomme, un mensuel d'où émergent Balade au bout du monde de Makyo et Laurent Vicomte et Percevan de Jean Léturgie et Philippe Luguy. En 1985, il lance Vécu, une revue spécialisée dans la bande dessinée historique, où débutent ou se poursuivent les Chemins de Malefosse de François Dermaut, Louis la Guigne de Frank Giroud et Jean-Paul Dethorey, les Tours du Bois-Maury de Hermann, les 7 Vies de l'Epervier de Patrick Cothias et André Juillard, les Héritiers du soleil de Didier Convard, le Vent des dieux de Cothias et Adamov, les Aigles décapitées de Patrice Pellerin et Jean-Charles Kraehn, Dampierre d'Yves Swolfs, De silence et de sang de François Corteggiani et Marc Males ou Giacomo C. de Jean Dufaux et Griffo, devenus de grands classiques de la BD. Glénat multiplie également ses collections (Circus, Vécu, Caractère, Grafica, Saga, Sale Caractère, Grands Chapitres, le Marquis, Star et Strips, Jeunesse, Humour...).
En 1982, Dargaud reprend la publication de Charlie Mensuel. La nouvelle formule privilégie des scénarios classiques où se mêlent l'exotisme, l'érotisme et le fantastique : Condor de Jean-Pierre Autheman et Dominique Rousseau, Bornéo Joe de Danie Dubos et Georges Pichard, la Quête de l'Oiseau du Temps de Serge Le Tendre et Régis Loisel, Krane le guerrier de Jean-Pierre Gourmelen et Lionel Bret, Thomas Noland de Daniel Pecqueur et Franz, les Inoxydables de Victor Mora et Antonio Parras, le Meneur de chiens et les Mange-Merde de Dimitri, Foc de René Durand et Yves Bordes, Cliff Burton de Rodolphe et Frédéric Garcia, Dick Hérisson de Didier Savard, le Moine Fou de Vink, Harry Dickson de Christian Vanderhaeghe et Pascal Zanon (d'après Jean Ray) et Druuna de Paolo Eleuteri-Serpieri. En 1986 cette deuxième version de Charlie Mensuel fusionne avec Pilote et publie de nouveaux auteurs comme Baru, Philippe Bertrand et François Thomas. Dargaud occupe toujours son rôle de leader au sein de la bande dessinée française, ouvre plusieurs filiales à travers le monde et se lance dans la production de films d'animation et dans l'exploitation des droits dérivés de la bande dessinée. En 1984, son catalogue comporte près de 1 500 titres, produit environ dix millions d'albums, le tout représentant plus de 40 % du marché francophone de la bande dessinée.
A Suivre continue d'être la "vitrine" des éditions Casterman et accueille notamment Tito, Altan, Jean-Marc Rochette, François Boucq, Daniel Ceppi, Jérôme Charyn, Johan de Moor, Francis Masse, Golo, Daniel Torres, François Bourgeon, Loustal, Philippe Paringaux, Grzegorz Rosinski, Philippe Geluck, Jean Teulé, Alex Varenne, Ruben Pellejero, Silvio Cadelo, Attilio Micheluzzi, Vittorio Giardino et Moebius. En 1985, s'inspirant de son modèle italien, Casterman lance également Corto, une revue axée sur le voyage, l'aventure... et l'oeuvre d'Hugo Pratt.
L'ouverture d'un marché de collectionneurs
Au tout début des années 80, la bande dessinée devient un phénomène de mode et fait l'objet de toutes les sollicitations. Les publicitaires font appel aux dessinateurs et on parle même d'" esprit B. D." ; la télévision, par l'intermédiaire notamment de Jean-Pierre Dionnet et Philippe Manoeuvre lui consacre l'émission l'Impeccable. Parallèlement aux albums classiques, les éditeurs multiplient les tirages bibliophiles et les produits dérivés (port-folios, cartes postales, sérigraphies et autres objets sont alors légion). En 1981, Magic-Strip lance Atomium, une petite collection où s'illustrent Yves Chaland, Serge Clerc, Stéphane Colman, Luc Cornillon, François Avril, Frédéric Bézian, Philippe Foerster, Daniel Torres, Charles Berbérian, Philippe Dupuy et Dominique Hérody.
Futuropolis crée les collections Hic & Nunc, puis X. La première publie des recueils de Jean-Claude Denis, Edmond Baudoin, Farid Boudjellal ou Jean-Claude Götting ; la deuxième mêle des créateurs accomplis comme Willem, Kent et Florence Cestac et de jeunes auteurs comme Weissmüller, Kafka, Jeanne Puchol, Sylvain Chomet, Jean-Christophe Menu, Chauzy, Pascal Rabaté, Edith ou Stanislas Barthélémy.
Les jeunes labels
Tant en France qu'en Belgique, les "jeunes gens modernes" - pour reprendre une expression employée à l'époque -, se lancent eux-aussi dans l'aventure et créent leurs propres labels : Aedena (une maison placée sous le haut patronnage de Moebius), Ansaldi (plusieurs recueils scénarisés par Jan Bucquoy et dessinés par Santi et Hernu), le Miroir (Lou Cale de Warnauts et Raives, Mauro Caldi de Denis Lapière et Michel Constant, François Jullien de Franklin Dehousse et Martin Jamar), Slatkine (diverses rééditions de l'" âge d'or" du comic-strip américain), Temps Futurs (Aventure en jaune de Yann et Didier Conrad, l'Année de la bande dessinée) ou Trihan (divers port-folios réalisés par Régis Loisel ou Jean-Claude Servais, Tiger Joe de Charlier et Hubinon)...
Créée en 1981, Vents d'Ouest est à l'origine une modeste structure éditoriale. A son catalogue, figurent des artistes comme Vincent Hardy (Insolitudes) et Ptiluc (Pacush Blues). En 1985, cette maison devient une filiale des éditions belges Didier Hatier et ouvre une antenne parisienne. Vents d'Ouest se développe alors rapidement et diversifie ses productions. Aux côtés de rééditions (l'Intégrale des Pieds Nickelés de René Pellos) et d'ouvrages "para B. D." (Astrorire et Cadorire), l'éditeur propose plusieurs séries comme le Soleil des loups de Qwak et Gonnort, l'Epée de Cristal de Crisse et Jacky Goupil ou les Croqueurs de sable de Joly Guth.
Toute médaille a son revers. La multiplication des albums intervenue au milieu de la décennie - des histoires seront parfois disponibles en recueils avant la fin de leur publication -, entraîne une désaffection des revues pour adultes... Métal Hurlant, Pilote, Charlie Mensuel, Corto et Circus seront les premières sur la liste. De phénomène de presse, la bande dessinée française évolue vers un phénomène d'édition. Durant cette période, Fluide Glacial continue pourtant de séduire un large public et propose des histoires courtes signées Jean-Marc Lelong, Philippe Foerster, Maester, Carlos Gimenez, Philippe Dupuy et Charles Berbérian. L'Echo des Savanes est racheté par Albin Michel et expérimente un curieux cocktail où se mêlent l'humour, l'érotisme et la modernité. Parmi les auteurs présents dans cette revue, retenons Philippe Vuillemin, Alex Varenne, Lorenzo Mattotti, Theo van den Boogaard, Martin Veyron, Tanino Liberatore, René Pétillon et Paul Gillon. Après quatre années d'interruption, le Psikopat reparaît en 1989 et se positionne durablement sur le marché de la bande dessinée humoristique et alternative (avec le Chat de Fat Freddy de Gilbert Shelton, Bloodi de Pierre Ouin ou divers récits signés Carali et Edika).
Une nouvelle BD juvénile
Les "petits formats" disparaissent également peu à peu - à l'exception notable de ceux consacrés aux super-héros américains. La bande dessinée en format poche n'a pourtant pas dit son dernier mot et des collections comme J'ai lu B. D. ou Pocket B. D. renouvellent le genre en rééditant de grandes séries classiques.
Les nouveaux éditeurs francophones
En 1986, l'Essai publie des albums comme l'Enfer du décor d'Ab'Aigre et Croco and Co de Daniel Ceppi. Deux ans plus tard, cet éditeur suisse intègre Source Holding. Ce groupe d'intérêt crée alors les éditions Alpen, axées vers le jeune public. Alpen propose au départ quelques reprises (Pythagore de Job et Derib, Durango d'Yves Swolfs, Léonid Beaudragon de Jean-Claude Forest et Didier Savard..), puis s'oriente vers la création originale avec Victor Levallois de Rullier et Stanislas, Olivier Varèse d'Enrico Marini ou Romain Bataille de Roland Warnauts. Après avoir pris une part active au sein des éditions Blake et Mortimer, Claude Lefrancq fonde sa propre maison en 1986. Celle-ci propose des rééditions (Bob Morane et diverses séries juvéniles d'Albert Uderzo), ainsi que plusieurs collections de facture classique (Détectives, Evasion...). En 1987, le Monégasque Marsu-Productions se spécialise dans la bande dessinée grand public (le Marsupilami d'André Franquin et Batem ; Natacha de François Walthéry). Cette même année, Flammarion ouvre un secteur bande dessinée et publie Maus d'Art Spiegelman, le Journal de Jules Renard lu par Fred, le Tango du disparu de Christin et Goetzinger ou l'Arène noire d'Yves Got.
Toujours en 1987, Mourad Boudjellal pour la France et Vittorio Léonardo pour la Belgique s'associent pour fonder MC Productions, une maison spécialisée dans la reprise de séries issues du magazine Spirou (Boulouloum et Guiliguili, Jessie James et les Centaures). En 1989, MC Productions cède la place aux éditions Soleil. Tout en continuant un temps les rééditions belges (les Petits Hommes de Pierre Seron), Soleil diversifie rapidement sa production et propose des bandes dessinées d'origine hispanique (réalisées par l'Argentin Enrique Breccia ou les Espagnols Manfred Sommer, José Ortiz et Carlos Gimenez), des créations originales (Juif -Arabe de Farid Boudjellal - le frère -, A la recherche du Condor de Félix Molinari, et diverses histoires dessinées par Mathieu, Glaudel et Chaye), des reprises - ou la continuité - de séries conçues par Georges Ramaioli (Zoulouland et l'Indien français) et Yves Bordes (Foc).
Christian Godard et Julio Ribera créent les éditions Vaisseau d'Argent. Parallèlement à leur série le Vagabond des limbes, cette maison propose plusieurs rééditions de Godard (Martin Milan, Norbert et Kari) et fait appel à des dessinateurs reconnus comme Alexandre Coutelis, Carlos Gimenez et Florenci Clavé, ou à de nouveaux venus comme Aouamri (Sylve) et Florence Magnin (l'Autre Monde). Après quatre années d'exercice, le duo interrompt ses activités éditoriales et rejoint les éditions Dargaud.
En 1989, Marya Smirnoff, Michelle Henry et Claude Moliterni - trois autres transfuges des éditions Dargaud -, fondent les éditions Bagheera et poursuivent notamment Druuna de Paolo Eleuteri-Serpieri.
La fin des années 80 reste également marquée par l'ascension de jeunes labels comme Guy Delcourt, Zenda, Rackham ou l'Association. Ne cherchant pas à copier leurs aînés, ces maisons innovent et promotionnent de jeunes créateurs...
Les années 90... En route vers le troisième millénaire
Les éditions Delcourt
Après avoir officié lui aussi au sein des éditions Dargaud, Guy Delcourt fonde sa propre maison en 1986. Après quelques albums
collectifs (la Bande à Renaud) et des séries comme Aquablue de Thierry Cailleteau et Olivier Vatine ou Légendes des contrées oubliées de Bruno Chevalier et Thierry Ségur, devenues d'incontestables succès de librairie, Delcourt lance plusieurs collections spécifiques comme Conquistador, Terres de légende, Néopolis, Sang-froid et Humour. Aux côtés d'auteurs déjà reconnus comme Andreas, Alex Barbier, Serge Le Tendre, Emiliano Simeoni, Gine, Tronchet, Makyo ou Christian Rossi, son catalogue s'ouvre à de jeunes créateurs tels que Claire Wendling, Michel Plessix, Alain Garrigue, Joël Mouclier, Thierry Robin, Marc-Antoine Mathieu, Turf, Mazan, Taduc, Fabrice Lamy, Mezzo, Lidwine, Fred Simon, Benoît Springer ou Servain. Malgré une production modeste (une quinzaine d'ouvrages par an), Delcourt s'impose par son exigence, et son professionnalisme. En 1996, une exposition à Angoulême et un épais catalogue intitulés la Fabrique Delcourt célèbrent le dixième anniversaire de ses éditions.
Les éditions Zenda
Apparu en 1987, Zenda s'oriente tout d'abord vers la production anglo-saxonne. Aux côtés de classiques américains (Prince Valiant, Little Nemo), cet éditeur publie des oeuvres plus contemporaines comme Watchmen (d'Alan Moore et Dave Gibbons), V for Vendetta (de Moore et David Lloyd) ou Liberty (de Frank Miller et Gibbons). Zenda propose par la suite des bandes dessinées françaises, conçues par Ledroit (Chroniques de la Lune noire), Yves Got (le Baron Noir), Eric Herenguel (Carnivores) et Mezzo (les Désarmés). Fin 1991, Zenda passe sous le contrôle du groupe Glénat.
Les éditions Rackham
En 1989, Alain David et Michel Lablanquie - deux dissidents des éditions Aedena - fondent leur propre structure, baptisée Rackham. Ils lancent une collection de petits albums en noir et blanc, à la pagination variable, et font appel à une nouvelle génération d'artistes, parmi lesquels se distinguent Thierry Robin, Alain Garrigue, Riff Reb's et Qwak, Pascal Rabaté, Eric Cartier ou Sera. Parallèlement, Rackham propose une collection originale de flip-books (dessinés par Frank Margerin ou Moebius), un format poche (Rackham Poutch) et une revue (Racaille). S'associant par ailleurs avec Vertige Graphic, Rackham publie Sin City de Frank Miller.
L'association
Créée également en 1990 par de jeunes illustrateurs comme Jean-Christophe Menu, Stanislas Barthélémy, David Beauchard, Lewis Trondheim ou Matt Konture, fontionnant de manière autonome - y compris pour la diffusion de ses produits -, l'Association ne cesse d'innover tant au niveau du fond que de la forme. Passant de la minuscule collection Patte de mouche aux épais ouvrages de plusieurs centaines de pages (signés Lewis Trondheim ou Aristophane), de sa collection & à la revue Lapin, les collaborateurs de l'Association bouleversent à dessein le récit traditionnel et se veulent l'expression d'une certaine bande dessinée contemporaine, tout à la fois moderne et iconoclaste, en tout point originale.
L'émergence des labels indépendants
Rackham et l'Association ne tardent guère à faire des émules et on assiste dès le début de la décennie à l'émergence des "labels indépendants". Parmi ceux-ci, retenons tout d'abord Frigoproduction, un collectif de graphistes bruxellois à l'origine de l'A. S. B. L. Fréon. Thierry Van Hasselt, Vincent Fortemps, Olivier Poppe, Denis et Olivier Deprez, Dominique Goblet ou Paz Boïra alternent ainsi les bandes dessinées et les textes illustrés, et publient leurs travaux dans le bimestriel Frigobox et dans Frigorevue, un livre objet édité chaque année. Les éditions Cornélius proposent quant à elles divers recueils signés par des créateurs confimés comme Robert Crumb, Willem, Dupuy et Berbérian, mais aussi par de jeunes artistes comme Pierre Lapolice, Jean-Christophe Menu, Blutch, David B. ou Lewis Trondheim (ce dernier réalisant notamment Approximate Comix, une succession de récits autobiographiques).
Après l'OEil carnivore, un fanzine éphémère, puis un album chez Vents d'Ouest (Valse dans un seul corps), Yvan Alagbé et Olivier Marboeuf créent l'association D. A. W. (Dissidence Art Work), dans laquelle viennent s'incrire le label d'édition Amok (avec divers recueils conçus par Bastian, Aristophane, Yvan Alagbé, Alain Corbel ou Sylvestre) et une revue de bande dessinée intitulée le Cheval sans tête - signalons que bon nombre de collaborateurs d'Amok sont également présents dans Pelure amère, une petite revue dirigée par Corbel.
Placée sous l'égide des "sudistes" Joan et Eric Cartier - leur atelier étant basé près d'Aix-en-Provence -, Stakhano se spécialise dans l'édition de petits albums à l'italienne, réalisés par ses deux fondateurs, mais aussi par Hunt Emerson, Ptiluc, Kock, Edith ou Riff Reb's. Les Bretons ne sont pas en reste avec Oh la vache !, une association responsable de quelques petits livres illustrés par Michel Plessix, Jean-Claude Fournier ou Lidwine, et d'un Magazine éventuel (!) titré Plein ma brouette.
Dirigés par Marc Pichelin, les Requins Marteaux s'orientent également vers l'auto-édition avec diverses collections intitulées BéDérisoire, Carrément, Dorénavant et Bordure, auxquelles participent Guillaume Guerse, Bernard Katou, Moulinex, Joël Lèbre, Guillaume Bouzard ou Gérard Marty.
Regroupant la fine fleur de la bande dessinée angoumoisine (dont les déjà professionnels Pierre-Yves Gabrion, Mazan, Thierry Robin ou Tiburce), Amazing l'Original se présente sous la forme d'épais petits volumes (format 10 X 15 cm, 144 pages). Toujours en Charente, le label Ego comme X publie une revue homonyme à laquelle collaborent Aristophane, Lefebure ou Lorenzo, issus pour la plupart de l'Atelier bande dessinée de l'Ecole régionale des Beaux-Arts d'Angoulême. Début 1996, ce label publie Journal, le premier album de Fabrice Néaud.
Devant les difficultés à trouver un support susceptible d'être intéressé par ses Contes inachevés de David Watts, Christopher Longé crée sa propre structure intitulée la Comédie illustrée association (C. I. A. !). Outre ses productions, il enchaîne en 1995 avec la collection Tasse de thé, une ballade dans l'univers estudiantin mise en images par Jean-Philippe Peyraud. Tout en continuant la publication de son luxueux fanzine, P. L. G. (P. P. U. R.) propose plusieurs ouvrages de Pinelli.
Une nouvelle forme d'expression
L'ensemble de ces réalisations témoignent d'une volonté manifeste de s'écarter des sentiers battus. Réalisées pour la plupart en noir et blanc, pour la vitesse d'éxécution, par envie (Edmond Baudouin, Antonio Cossu, Frédéric Bézian ou Louis Joos figurent parmi leurs références graphiques), mais aussi pour des raisons économiques évidentes, ces oeuvres militent en faveur d'une nouvelle forme d'expression plus libre, mêlant le texte, l'illustration et bien entendu la bande dessinée. Ce mouvement de plus en plus structuré est amené à se développer, en témoigne la première édition d'Autarcic Comix, organisée en 1994 à Bruxelles par Frigoproductions et regroupant la plupart de ces petites structures - signalons qu'Autarcic Comix s'est installé depuis à Paris, au Passage du Nord-Ouest, défini comme un "café littéraire de la bande dessinée moderne".
D'autres maisons d'édition, parfois beaucoup plus classiques, apparaissent à cette époque, comme Hélyode, en 1990.
Des éditeurs généralistes apportent également leur contribution au genre. En 1994, Autrement fait un retour sur la scène bédéphile avec Histoires graphiques. Cette collection se propose d'aborder différents problèmes de notre société contemporaine, traités de manière sérieuse ou ironique, sous la forme de courtes fictions en noir et blanc conçues par divers dessinateurs de bande dessinée. Ceux-ci se transforment ainsi en "romanciers-ethnologues" et planchent sur des thèmes récurrents comme l'Argent roi, le Retour de Dieu, Avoir 20 ans en l'an 2000 et Noire est la Terre (consacré à l'écologie). Cette même année, Stock propose l'Enfant-rêve de Jacques Attali et Philippe Druillet. Visiblement séduit par l'univers de l'illustrateur, cet éditeur en réédite ensuite les principaux ouvrages. Fin 1995, Gallimard réédite la Bête est morte de Calvo. Actes Sud publie Cité de verre, l'adaptation du roman de Paul Auster, mis en images par David Mazuchelli. Le Seuil alterne les albums en format classique, les petits recueils et les ouvrages illustrés par Florence Cestac, Jacques Tardi, Annie Goetzinger, Jano, Bruno Heitz, Fabio, Virginie Broquet, Lewis Trondheim ou Nicolas de Crécy.
Flammarion prend une part active au sein du capital d'A. U. D. I. E. / Fluide Glacial. Ce changement ne modifie en rien le contenu du magazine qui continue d'enregistrer des scores appréciables (environ 80 000 exemplaires de Fluide Glacial sont ainsi vendus chaque mois), fête son vingtième anniversaire en 1995, et ouvre son sommaire à Jean-Michel Thiriet, Patrick Moerell, Blutch, Baron Brumaire, Coyote, Héran, Tronchet, Gaudelette, Larcenet et Ferri. A Suivre publie son 200 e numéro en 1994 et n'hésite pas à accueillir de jeunes artistes comme Chauzy, Nicolas de Crécy, Blutch, Dubois ou Nicolas Dumontheuil. Dans son n° 213, daté d'octobre 1995, A Suivre rend un émouvant hommage à Hugo Pratt et publie Dans un ciel lointain, son dernier grand récit.
L'Echo des Savanes continue d'alterner l'érotisme (beaucoup) et la bande dessinée (un peu) - notons surtout la présence de Jean-Claude Denis, Max Cabanes et Miguelanxo Prado.
Alors que certains prédisaient la disparition à court terme de ses magazines pour adultes, la bande dessinée francophone tente de renouer avec la presse dès le début des années 90. En 1992, Charlie-Hebdo reparaît après onze années d'absence. Publié dès lors par Kalachnikof (!), l'hebdomadaire satirique fait toujours la part belle à Cabu, François Cavanna, Gébé, Siné ou Georges Wolinski, et ouvre son sommaire à Tignous, Bernar, Charb, Riss, Kamagurka, Jacques Tardi ou Lefred-Thouron - absent du sommaire, le professeur Choron ira quant à lui animer Grodada - un drôle de journal pour les plus petits -, en compagnie de Charlie Schlingo. Cette même année, Dargaud publie la Lettre. Sous-titré "l'Officiel de la B. D.", ce bimensuel offre un panorama des dernières tendances bédéphiles et se révèle un outil précieux pour tous les amateurs. Vécu refait son apparition dans les kiosques fin 1994. Publié par le belge Oro Production, Brazil regroupe des récits complets signés Philippe Foerster, Antonio Cossu, Frédéric Bézian, Baloo, Gérard Goffaux et Luc Séverin. En 1995, Vents d'Ouest lance Gotham, un mensuel en noir et blanc où se côtoient les créations francophones (réalisées Pierre-Yves Gabrion ou Crisse) et les traductions étrangères (la britannique Tank Girl d'Alan Martin et Jamie Hewlett ; les argentines Cybersix et Spaghetti Brothers de Carlos Trillo, Carlos Meglia et Mandrafilla). Sous-titrée "Trip Comix", la revue Ogoun ! renoue habilement avec la bande dessinée alternative. L'amateur y découvre les travaux de Christophe Chauzy, Edith, Max, Riff Reb's et Thomas Ott.
Bananas et l'Allumé sortent leurs premiers numéros. Si le premier ne manque pas d'intérêt et n'est pas sans rapeller la première version de Charlie Mensuel - le magazine alterne les traductions américaines et les histoires originales illustrées par Guido Crepax, Edmond Baudoin ou Fabrice Neaud -, le deuxième se révèle un ersatz peu convaincant du Mormoil des années 70. Le fanzine Jade se professionnalise et est dès lors diffusé en kiosque par 6 pieds sous terre éditions.
Confrontés aux difficultés économiques, les éditeurs redéfinissent leurs stratégies et n'hésitent plus à proposer des ouvrages à prix réduit. En 1994, le groupe Dupuis lance l'opération "la BD en fête" et met en vente un million d'albums au prix unitaire de 10,00 FF. L'éditeur belge enchaîne l'année suivante en offrant le premier tome d'une série à tout acheteur des nouveautés Repérages (Largo Winch, Jérémiah ou Jessica Blandy).
En 1995, le Lombard publie ses "Duos B. D.", deux bandes dessinées reliées en un seul volume, présentés tête-bêche de façon à ce que chacune ait sa propre couverture, pour un prix inférieur à celui d'un seul album. Dargaud lance Planète B. D., une collection spéciale reprenant divers titres de son catalogue. Soleil propose quant à lui une série d'ouvrages à 15,00 FF, issus pour la plupart du fonds Vaillant.
Certains ouvrages sont également agrémentés de pages d'esquisses, présentes uniquement dans leurs premières éditions (Théodore Poussin, Soda ou Charly chez Dupuis ; Aquablue et Julien Boisvert aux éditions Delcourt).
Après avoir envisagé d'abandonner les aventures de son petit Gaulois, Albert Uderzo célèbre pourtant le 35 e anniversaire de son personnage, en octobre 1994, et publie un numéro exceptionnel du journal d'Astérix, reprenant diverses planches parues à l'origine dans Pilote, augmentées de quelques pages inédites. Fin 1996, sort également un nouvel album d'Astérix - ce dernier devrait remporter un énorme succès, si on se réfère au précédent, la Rose et le glaive, vendu lors de sa sortie en 1991 à 2 700 000 exemplaires en langue française (auxquels s'ajoutent 3 000 000 d'ouvrages pour l'Allemagne et l'Autriche). Près de quarante ans après son apparition, Astérix s'impose toujours comme le best-seller absolu de l'édition européenne.
Que cela soit sous forme de séries ou d'ouvrages indépendants, les éditeurs s'efforcent de fidéliser leur clientèle et s'attachent à regrouper leurs principaux titres au sein de collections spécifiques.
Notons ainsi le lancement de Génération Dargaud, Roman-B. D. et Long Courrier (chez l'éditeur parisien), de Contre-Champ et Manga (chez Casterman), de 2 heures et demi (chez Glénat), de Signé (au Lombard) ou de Grain de sable, Récits, les Chefs d'oeuvre de la B. D. populaire et les Incontournables (chez Vent d'Ouest).
Autre élément significatif, la réédition de grandes séries sous forme d'" intégrales". Des Légendes des contrées oubliées (Delcourt) à Barbe-Rouge (Dargaud), en passant par Rahan (Soleil), la Trilogie Nikopol (Humanoïdes Associés), le Vent des Dieux (Glénat) ou Sammy (Dupuis), le mouvement semble désormais amorcé et devrait encore se développer dans les prochaines années.
La déferlante "Manga"
Après quelques essais sans lendemain (citons la revue suisse le Cri qui tue ou Gen d'Hiroshima de Nakazawa, paru dans la collection Autodafé des Humanoïdes Associés), le Manga - un terme japonais désignant à la fois le dessin d'humour, le cinéma d'animation et la bande dessinée -, envahit le marché français à partir du milieu des années 80. Certains éditeurs francophones restent persuadés d'avoir trouvé ici la panacée universelle ; il est vrai que le phénomène prend une ampleur peu commune et on annonce courant 1996 la publication de dizaines de nouveautés tant chez de nouvelles maisons comme Kraken, Samouraï ou Dark Horse France, que chez des éditeurs en place comme Delcourt, Albin Michel, J'ai lu ou Dargaud. Glénat, l'un des leaders du marché, en traduisant Akira, Apple Seed ou Dragon Ball et en publiant la revue Kameha avoue faire aujourd'hui 25 % de son chiffre d'affaires grâce à la bande dessinée japonaise - avec une augmentation de ses ventes de Mangas, en 1995, de près de 300 %. Il faut également souligner le travail entrepris par Tonkam... Dominique Veret, son responsable, n'a en effet pas attendu que le Manga soit au goût du jour pour l'importer par cargos entiers. Non content de proposer la revue Tsunami - la meilleure revue d'études sur le genre -, l'homme se pique d'éditer, lui-aussi, de multiples ouvrages mêlant l'érotisme, l'ésotérisme et la chronique sociale. Tonkam se fait l'habile zélateur de la production japonaise et se targue de nous faire également découvrir d'autres créations extrême-orientales. Après Cyber Weapon Z, une quête existentielle d'un groupe d'adolescents férus d'arts martiaux, en provenance de Hong-Kong, l'éditeur envisage de traduire en 1997 les premiers albums du Javanais Tatsun Hoi, un artiste proche graphiquement de l'Américain Bill Sienkiewicz. Pour information, Angel, une série érotique réalisée par U-Jin et publiée chez Tonkam, fait l'objet d'une interdiction délivrée en 1996 par le Ministère de l'Intérieur.
Le classique Casterman se met lui-aussi au Manga et publie conjointement Gon de Tanaka, l'Habitant de l'infini de Samura ou le poétique l'Homme qui marche de Taniguchi. Ce dernier impose ainsi son univers empreint de douceur et de poésie.. Moebius ne s'y est d'ailleurs pas trompé, lui qui collabore d'ores et déjà avec cet auteur sur la série Ikare. Par un juste retour des choses, Casterman propose d'épais recueils prépubliés à l'origine dans l'hebdomadaire nippon Morning et réalisés par Alex Varenne (Kiro), Michel Crespin (Elie) ou bien encore Baru dont l'Autoroute du soleil a été salué lors du dernier festival d'Angoulême... en tant que meilleur album francophone de l'année ! Par le biais du Manga, les auteurs français de bande dessinée peuvent ainsi accéder au marché asiatique et à ses millions de lecteurs potentiels.. Ce fait mérite tout de même d'être pris en compte !
Il apparaît loin le temps où la bande dessinée était considérée comme un simple divertissement pour enfants, comme un genre un peu honteux. Selon un sondage IFOP datant de 1994, 90 % des Français considèrent la bande dessinée comme une pratique culturelle à part entière. L'année 1996 s'ouvre pourtant sur une controverse. Fallait-il fêter le centenaire de la bande dessinée en prenant pour référence l'apparition des premières bulles dans Yellow Kid, une série américaine imaginée par Richard Felton Outcault pour le New York Journal, où bien doit-on considérer Rodolphe Töppfer comme le véritable "inventeur" du genre - pour la petite histoire, 1996 marque également le cent cinquantenaire de la disparition de ce dernier ? Plutôt que de se quereller sur des dates, il convient d'établir des filiations, de montrer que chaque événement artistique s'inscrit dans un ensemble. Si aujourd'hui le 9 e art existe, c'est bien entendu grâce à Töppfer et à Outcault, mais aussi grâce à Alain Saint-Ogan et Hergé, à René Goscinny et Philippe Druillet, à des revues comme Pilote ou l'Echo des Savanes, à des éditeurs comme Delcourt ou l'Association, à tous ceux qui n'ont cessé d'innover, de se remettre en question. Pour reprendre la phrase de Dominique Petitfaux (voir Libres propos dans le Collectionneur de bandes dessinées n° 78, 1995) : "La bande dessinée continue à naître" |
ET BDGestiste
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| Sujet : Du détail du prix d'une BD
Source : http://www.mdabd.com/viewtopic.php?t=184
Citation :
Vous avez déjà pesé un album de bande dessinée ? !
Moi, oui, pas plus tard qu'il y a deux minutes. Le résultat ?
Cinq cent grammes, à quelque chose près.
Si l'on considère que le prix moyen d'un album couleur est de 60 francs, voilà qui nous amène à cent vingt francs le kilo, rien que ça. A peu près autant que le bar de ligne ou le Rocamadour fermier.
Diantres, me direz-vous. En effet, vous répondrai-je.
Voilà qui n'est pas rien. De quoi y réfléchir à deux fois avant d'ajouter un nouvel illustré à cette splendide étagère en pin qui ne sait déjà plus où les mettre.
Mais où va donc cet argent lorsqu'il a quitté votre porte-monnaie ? ! Plus précisément, à quelle poche est-il destiné ? ! Je m'en vais de ce pas vous le dire.
A tout seigneur, tout honneur, sachez donc que 5,5% du prix de l'album, soit 3,30 francs, vont à l'Etat, sous l'appellation quelque peu fantaisiste de " Taxe sur la Valeur Ajoutée ". Je laisse le soin à votre imagination fertile de deviner l'usage qui est fait de cette manne
35%, soit 21 francs, vont au libraire qui, comme vous pouvez l'imaginer, a des frais. Si vous pensez que je vais de ce pas me fendre d'un commentaire déplacé sur ce pourcentage, vous allez être déçus. C'est que je ne tiens pas particulièrement à figurer sur la liste noire de tous les libraires de France et d'ailleurs qui sont, comme chacun sait, mes meilleurs amis, après mon éditeur et vous, bien entendu, lecteurs adorés.
Je le ferai d'autant moins que se trouve non loin de chez moi un libraire qui ne dégage aucun bénéfice de son activité et à qui je remettrai volontiers la médaille du mérite bédéphile si seulement elle existait.
Entendez par là que si votre libraire préféré était milliardaire, il y a longtemps que vous le sauriez puisqu'il aurait promptement mis la clé sous la porte et le cap vers les Seychelles ou les îles Caïman. Mais revenons-en à nos chiffres.
19% du prix de l'album, soit 11,40 francs, sont consacrés à la fabrication du dit ouvrage, imprimeurs et consorts ayant eux aussi des frais.
14,5%, soit 8,70 francs, reviennent à l'éditeur qui en a également, des frais.
12% (7,20 francs) et 6% (3,60 francs) vont respectivement au distributeur et au diffuseur, qui ont eux aussi, vous commencez à le comprendre, des frais.
Enfin, 8% du prix hors TVA (4,53 francs) s'envolent dans la vaste poche de l'auteur lorsqu'il est de type " complet " ou des auteurs lorsqu'ils s'y sont mis à plusieurs pour pondre ce chef d'œuvre à 120 balles le kilo.
Ceux d'entre vous qui ont suivi ce pénible exposé savent donc désormais à quoi s'en tenir et à qui ils donnent leur argent lorsqu'ils craquent pour le dernier machin ou le nouveau bidule.
J'espère avoir contribué à éclairer leur lanterne.
Sur ce, je vous quitte. Le mois prochain, je vous révèlerai le salaire des dix auteurs les mieux payés de la bande dessinée.
Non, je rigole.
David chauvel
avec l'aimable autorisation de Pavillon Rouge. ed Delcourt
Message posté par mdabd le 21 Nov 2002 19:39
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Réactualisons un peu le prix (60 FF en 2002 :?: )
Aujourd'hui, considérons que la moyenne est à 12 euros.
T.V.A 5,5% = 0,66 euros.
Libraire 35% = 4,20 euros.
Fabrication 19% = 2,28 euros.
Editeur 14,5% = 1,74 euros.
Distributeur 12% = 1,44 euros.
Diffuseur 6% = 0,72 euros.
Auteur(s) 8% (Hors tva) = 0,91 euros. |

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