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Lou ! Entretien avec Julien Neel

07/10/2016 20 planches

Voilà déjà douze années que Lou accompagne ses lecteurs de la première heure. Et si dans l'univers merveilleux du 9ème Art certains héros ont tendance à ne pas prendre une ride, la petite blonde a quant elle pris quelques années. C'est sans doute aussi ce qui fait le succès de la série créée par Julien Neel, même si l'auteur n'hésite pas à bousculer ses fans comme ce fut le cas dans le tome six qui en laissa plus d'un perplexe. C'est dire si les attentes du septième volume étaient grandes, un récit devant tout à la fois répondre aux nombreuses questions laissées en suspens dans le précédent opus, mais également préparer le bouquet final du huitième.


INTERVIEW DE JULIEN NEEL


Vous rendez-vous compte de l’insoutenable attente que vous avez fait subir à vos fans suite à l’énigmatique tome 6 ? (sourire) 

Julien Neel : J’ai effectivement conscience qu’il s’est passé un peu trop de temps depuis la publication du dernier tome ! À la base les tomes 6 et 7 étaient conçus comme un diptyque, une question et une réponse : je n’avais pas prévu que des producteurs de cinéma me contacteraient entre les deux et que je passerais trois ans à travailler sur l'adaptation !

Ce tome 6 a surpris beaucoup de vos lecteurs. Avez-vous vous-même été surpris de leur réaction ?

J.N. : À vrai dire, je savais en le faisant que j’allais désarçonner les lecteurs en les plongeant dans ce monde flou, où tout semble avoir radicalement changé. C’était une façon pour moi de les mettre dans le même état d’esprit que Lou à ce moment de son histoire. Je n’envisageais par contre pas que certaines réactions puissent être aussi radicales, et que certaines personnes ne supportaient pas l’inconfort et le mystère. 

Avez-vous été amusé par toutes les théories censées expliquer ce tome dans les forums ou les blogs de fans ?

J.N. : Bien sûr ! Amusé, intéressé et impressionné ! C’est toujours intéressant, les interprétations. Et à vrai dire, cet album était justement conçu comme ça : un puzzle aux pièces manquantes, laissant une grande place à l’imaginaire. Et il n’y a rien de plus agréable que de voir des gens jouer le jeu que l’on a conçu pour eux.

Le tome 7 apporte certaines explications tout en laissant certaines portes encore fermées. Pensez-vous être exigeant avec vos lecteurs ?

J.N. : Comme depuis le début de la série, j’avance librement, au gré de mes envies et des questions que je me pose à propos de la famille, de l’amour et des relations humaines. Mais mon rôle n’est pas de répondre à ces questions : j’en suis bien incapable et ce serait prétentieux. Et comme depuis le tome 1 (par exemple avec l’énigmatique père de Lou), je ne dévoile l’histoire que par ellipses et fragments. Les lecteurs qui voudront bien se pencher sur les petits détails disséminés dans tous les albums devraient pouvoir reconstituer en grande partie l’histoire souterraine cachée en leur sein. Mais ce n’est pas obligatoire non plus : on peut se laisser porter par le fil du récit comme le font les personnages : ils sont dans l’instant présent, et ça ne les intéresse pas tellement pour l’instant d’avoir une vue d’ensemble de leur destin.

L’un des seuls moments où chacun semble être enfin à sa place dans « La Cabane » est présenté dans une double page en forme de soleil. Joli clin d’œil…

J.N. : C’est une des joies de ce médium : ces contraintes énormes poussent à être créatif et à trouver des façons nouvelles de raconter les histoires. Le motif dessiné par le choix du découpage de chaque page a pour moi toujours un sens précis. C’est en quelque sorte le schéma du déroulement du temps. Je commence généralement une page par une « vision » de ce rythme, s’enchaînant harmonieusement ou au contraire contrastant avec ceux des autres pages. Et puis je compose dans ces formats les textes et les images un peu dans le désordre, en tissant une trame narrative pour lier tout ça. Je procède de la même façon pour écrire la série : pour moi, chaque album a une forme qui lui est propre.

Finalement, ce tome7 aurait pu s’appeler également l’Arbre de Vie…

J.N. : Oui. Ou Tour de babel, Agora ou temple d’Eris ! J’ai mélangé plein de choses pour le concevoir, en me laissant surtout porter par mon instinct et mes rêveries.

Réunir tous les personnages de la série lors de l’avant dernier tome, c’est un passage obligé avant le bouquet final ? (sourire)

J.N. : Oui, c’est vrai. Et puis j’aime bien jouer avec tout ces personnages. C’est une sorte de chœur grec : je tente d’équilibrer et de donner à chacun son petit solo, son moment de gloire.

La série est prévue en huit tomes. Ce nombre a-t-il évolué avec le temps ? 

J.N. : Non : je visualise assez précisément cette forme depuis le tome 2 !

Aviez-vous prévu la trame générale dès le départ ? Avez-vous pris des chemins de traverse pendant l’élaboration des différents tomes, suite à des retours de lecteurs ou à des expériences personnelles ?

J.N. : À partir du moment où j’ai trouvé ce cadre, cette nouvelle contrainte, ce chapitrage en 8 albums de 46 pages, j’ai très vite placé certains éléments narratifs sur la ligne de temps. Les trois dernières pages, par exemple. Il ne me reste plus qu’à combler les trous, au gré de mes expériences et préoccupations du moment.

Avez-vous conscience de l’attente de vos lecteurs concernant cet ultime volume ? (sourire)

J.N. : Non, pas tellement. J’essaie de ne pas y penser. Et puis je ne sais pas encore comment ils vont accueillir le septième album. 

Comment continuer à plaire au lectorat de la première heure tout en attirant de nouvelles (et jeunes) lectrices ? 

J.N. : Je ne sais pas trop. J’essaie juste de faire en sorte d’être le plus intemporel possible. Je ne veux pas que Lou soit une jeune fille qui vive avec son temps, ça serait la condamner à se démoder très rapidement.

Faire grandir Lou, c’est une façon de ne pas réaliser une série à rallonges et de ne pas tomber non plus dans un certain confort ?

J.N. : Oui, c’est ça. Et puis ça s’est imposé : j’étais incapable de construire un univers où les personnages n’étaient pas impactés par leurs expériences. En les dotant de mémoire, je leur imposais une histoire. Ils se sont donc mis à grandir tout seul, parallèlement à mes lecteurs, à ma famille, qui est la source principale de mon inspiration, et à moi même.

La narration n’est pas non plus linéaire et change avec les tomes : des histoires en une planche, des récits complets, l’utilisation de flashbacks… 

J.N. : Je parlais de ces formes et de ces motifs qui définissent le cadre du récit. Ça m’intéresse d’expérimenter et de ne pas m’enfermer dans une métrique régulière. 

Comment avez-vous fait évoluer votre dessin depuis maintenant une douzaine d’années ? 

J.N. : Le dessin, c’est compliqué : je ne suis pas un virtuose, je suis très laborieux. J’essaye de faire au mieux pour servir le récit, c’est tout. Des fois je suis trop méticuleux, trop raide, et des fois je lâche un peu trop mon trait. C’est difficile de trouver le bon équilibre. Je suis autodidacte, et je continue à travailler laborieusement des choses très basiques, l’anatomie, la morphologie, la perspective …. Je me donne beaucoup de mal, j’ai parfois l’impression d’apprendre de nouvelles choses et d’évoluer, et parfois l’impression de m’enfermer dans des tics graphiques et de perdre en spontanéité.

Faire « vieillir » Lou graphiquement, est-ce un casse-tête ou un vrai plaisir ?

J.N. : C’est un vrai plaisir : Je commence chaque nouvel album par une série d’illustrations concept pour définir le design de Lou propre à ce moment de sa vie. Je travaille ses costumes, sa gestuelle… Mais c’est AUSSI un vrai casse-tête, car elle doit rester identifiable !

Lou est également décliné en série animée et en film. Pour vous, ce sont des supports complémentaires ou tout à fait indépendants les uns des autres ?

J.N. : Pour moi ce sont un peu comme des univers parallèles. La même histoire, mais racontée sur des tons très différents. C’est intéressant : à chaque support ses points forts et ses points faibles.

Les lecteurs sont-ils les mêmes que les spectateurs sur petit ou grand écran ?

J.N. : Je ne sais pas trop. On ne rencontre qu’une petite partie des lecteurs et spectateurs, ce n’est pas évident de dresser un profil sociologique précis de ces deux groupes. Je sais juste qu’en moyenne les lecteurs ont acheté les bandes dessinées et que les spectateurs ont piraté le film !

Vous aviez laissé la porte ouverte à un deuxième film si le succès était au rendez-vous pour le premier. Qu’en est-il aujourd’hui ?

J.N. : Malheureusement le film n’a pas été assez rentable pour envisager le tournage d’une suite. C’est vraiment dommage, ça aurait été très joli, au soleil, avec plein de chansons et de moments cools.

Avez-vous déjà réfléchi à l’ « Après » Lou ?

J.N. : J’ai quelques projets en cours avec mon ami Olivier Milhaud. Et puis j’ai envie de raconter de nouvelles histoires en bande dessinée, de composer de la musique, de construire des marionnettes, de faire de la radio avec mes copains. Et je sais que l’univers de Lou restera un support pour canaliser certaines de ces envies ! Avec le Tome 8, je clôturerai un chapitre important. Mais je ne me priverai pas de continuer à faire vivre ces personnages si je trouve toujours cela pertinent et intéressant à faire !

Propos recueillis par Laurent Gianati