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A près avoir visionné le documentaire And Along Came a Spider de la journaliste irano-canadienne Maziar Bahari, Mana Neyestani choisit d’adapter son reportage sur Saïd Hanaï, un humble maçon qui, en 2000 et 2001, a tué seize prostituées à Mashhad, une ville du nord reconnue pour son fondamentalisme religieux.

Le livre permet de découvrir un homme gentil, courtois, calme, posé… et qui n’a aucun remords. Il expose minutieusement comment et pourquoi il a commis ses crimes au nom d’Allah qui n’aime pas les filles de joie. Le champ de l’enquête s’élargit à son épouse, à son fils, à ses voisins et à ses connaissances qui sont tous très conciliants. Après tout, ce n’étaient que des putains. En les faisant disparaître, il libère la cité d’une engeance et il fait ce que le prophète attend de ses fidèles.

Le ton est sobre. Divisé en courts chapitres, le roman graphique alterne entre le protagoniste et ses proches. Professionnelle, la reporter interroge, écoute, relance parfois avec une sous-question, mais refuse le débat. En fait, il n’y a rien à dire lorsqu’un gamin se sert d’un coussin pour froidement démontrer de quelle façon son père se servait du tchador de ses cibles pour les étrangler au milieu du salon ; ni quand une femme assure que son mari est un bon époux, que sa perception n’a pas changé et qu’au terme de l’entrevue sa principale préoccupation est qu’aucune mèche de cheveux n’ait dépassé de son foulard. Un seul reproche peut être fait à ce récit : on ne sait pas ce qui est vrai et ce qui relève de l’imaginaire de l’auteur. Le propos étant grave, c’est un peu embêtant.

Le dessin en noir et blanc, fait de petites hachures, est saisissant de beauté. Il est passablement statique (un plan fixe peut se poursuivre sur plusieurs planches), sans que cela soit dérangeant. Bien au contraire même. Cette austérité incite le lecteur à s’attarder sur les détails : un sourire, un geste, un regard qui en révèlent plus que bien des mots. Vers la fin de l’album, une illustration est particulièrement saisissante ; une foule entièrement constituée de sosies du sociopathe déambule sereinement dans la rue. Une case et tout est dit.

Partant d’un fait divers judiciaire, le bédéiste parvient, avec une économie de paroles et d’images, à décrire une société. Un joli tour de force.

Par J. Milette
Moyenne des chroniqueurs
7.5

Informations sur l'album

L'araignée de Mashhad

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