Disparition de jeunes filles, magouille politique, chantage et policiers véreux nous sont proposés par le tandem Hermann & fils dans un Los Angeles bien moins brillant que ne pourrait laisser l'espérer le rêve américain.
L'arrivée du one shot annuel est toujours attendue avec ferveur par les amateurs et autres lecteurs d'Hermann. Les parutions de ses albums sont rythmées par une alternance de Jeremiah et d'albums indépendants issus depuis quelques années de sa collaboration avec Yves H. son fils. Si les premiers volumes de ce que l'on peut appeler la trilogie américaine (Liens de sang et Manhattan Beach 1957) restent de très bons souvenirs de lecture, il n'en est pas de même avec The girl from Ipanema au titre si prometteur. Marier Antonio Carlos Jobim (même repris par Sinatra) au polar noir américain ne pouvait que nous mettre l'eau à la bouche. Seul l'arrière-goût du mauvais whisky restera en mémoire.
Si le dessin en couleurs directes reste d'une qualité irréprochable, avec ces tons si adaptés à chaque ambiance et ces lumières de nuit et de pénombre si formidablement rendues, deux phénomènes viennent gâcher l'ensemble. La surabondance de texte d'abord qui masque sur la majorité des pages la presque totalité des cases rendant ainsi la lecture pénible et l'admiration du graphisme presque impossible. Une insipidité notoire du scénario allié à des personnages sans intérêt et dénués de toute originalité ensuite.
La proportion importante de texte aurait pu être justifiée voire appréciée au sein d'un récit dense et complexe mais pas pour combler les vides d'une histoire digne d'une mauvaise adaptation du moins bon des romans de James Ellroy. II parait que cela existe un roman moins bon d'Ellroy, je n'en ai pas trouvé mais on me susurre à l'oreille que cela existe. Enfin, la neige fond bien au soleil….
Bref, le flic véreux et brutal, le parrain intraitable et sanguinaire, le petit lieutenant de police isolé et obstiné et une enquête résolue dès le début puisque le lecteur assiste à toute la scène. Seul l'avenir de Jazz et Chavez reste un peu dans le flou, c'est bien mince pour captiver le lecteur. Avec ses scénarii précédents Yves H. savait nous emmener sur les autoroutes menant du rêve à la réalité. Ici nous restons au péage, c'est bien dommage. Le quatuor de Los Angeles ne sera pas donc pas quintet. Tout le monde ne peut pas être James Ellroy.
La seule bonne idée de cet album est de le proposer en version coffret avec un CD comprenant deux versions de la chanson d'Antonio Carlos Jobim. Chantée par lui-même et reprise par Stan Getz & João Gilberto. Un moment rare, celui-là.
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