Dust est aussi le plus long album de la série : 68 planches, un bonus appréciable pour l’amateur qui ne pourra cependant s’empêcher de craindre que ça ne profite pas à l’histoire. Gir est un très grand dessinateur , peut être l'un des plus grands des 50 dernières années. Mais est-il un grand scénariste ? Sa malchance est d'être comparé surtout à Jean Michel Charlier. Leurs styles sont pourtant assez différents : Charlier réussissait à créer une intensité dramatique épatante à partir d'une trame très linéaire, très classique. Giraud, lui, use de ressorts plus contemporains : multiplicité des histoires parallèles, passages de l’une à l’autre pour ménager le suspense, chacune trouvant sa résolution dans le bouquet final. Dans un cas comme dans l’autre, on a droit à des albums très riches, denses, mais on pourrait penser que Giraud compense par des subitilités techniques là où Charlier se montrait un formidable conteur d’histoires.
Malgré tout, on ne fréquente pas pendant 30 ans un tel génie sans qu'il en reste des traces. Même si le rythme est parfois irrégulier, décousu, si des passages entiers semblent superflus, l’ensemble tient la route, et demeure de très loin la référence dans le genre Western. Proche dans un premier temps des albums du cycle « Trésors des confédérés », Dust se rapproche vers la fin des cycles des guerres indiennes. Le meilleur moment est sans doute la fin de la rencontre avec Geronimo, passage qui manquait tant à OK Corral, et qui se termine joliment en bouclant la boucle sur l’ensemble de la série.
Et dire qu’avec une histoire aussi riche, on oublierait presque de profiter du dessin. Les couleurs sont cette fois confiées à Scarlett Smulkovski, elles sont très réussies mais les plus chanceux s’extasieront devant les planches en noir et blanc si Dargaud se décide à éditer un tirage de luxe. Gir prétend ne pouvoir faire mieux que dans cet album et on serait tenté de le croire tant chaque case, chaque personnage est une petite merveille de précision, sur lesquels on se surprendra à s’attarder avec jubilation.
Blueberry est cette série mythique née de l’union de deux génies, l’un du scénario, l’autre du dessin. Charlier n’est plus là mais il a su léguer suffisamment de son art pour que le mythe perdure. Le cycle Ok Corral qui s’achève avec Dust n’est peut être pas le meilleur mais une fois terminé, il reste deux envies. Celle de le relire dans quelque temps, en sachant qu’on y prendra un grand plaisir, et surtout, celle que Giraud continue de nous enchanter avec son cow-boy de légende.
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