Féroce est une fable, un ballet artistique, un tour de force graphique : impossible ici de dissocier le fond de la forme tant le dessin de Supiot et ses couleurs flamboyantes accompagnent à merveille le conte poétique d'Omond. D'une complémentarité rarement atteinte, ces deux auteurs nous offrent une histoire qui, derrière une apparente simplicité, nous renvoie à des problèmes graves qui ont trait à la nature de l'homme. On assiste à cette débauche de violence, à ce sang versé en masse, à ces morts innombrables… et le dégoût fait bien vite place à une triste évidence : ce n'est plus la vie de ce Bödvar que nous suivons mais celle de l'Homme, celui qui a bâti son Histoire sur la guerre et la destruction.
Féroce est empli de la force des légendes humaines, de ces histoires toute simples qui se font l'écho de notre nature profonde. Plus contemplatif que véritablement frénétique, ce récit est étrangement calme. De cette dichotomie naît un rythme lent et une ambiance qui s'installe peu à peu, comme pour inviter le lecteur à accompagner le héros dans son cheminement intérieur.
Féroce est fait de grands espaces que Supiot met à profit pour faire la démonstration d'un art qui toise la perfection. Il nous dépeint ces grandes étendues au blanc éclatant, ce ciel rougeoyant aux teintes lumineuses, ces vastes plaines baignées de la lumière du jour… avant de replonger dans la folie de ce monde barbare : ces massacres inhumains, ce sang qui dégouline, ces rêves fantasmatiques d'un noir si lugubre et si oppressant… C'est sûrement dans une telle variété de tons et d'ambiances qu'on reconnaît la patte d'un grand artiste, un artiste qui se met avant tout au service d'un univers et de personnages.
Féroce est un livre qui fascine, à tel point qu'on en oublierait presque un point essentiel : il est finalement très court, vite lu, et ne s'encombre pas d'un scénario vraiment construit ni d'une réflexion vraiment aboutie. Il pourra donc aussi bien décevoir le lecteur en quête d'un album vraiment "fini" qu'enthousiasmer celui qui aime les histoires moins approfondies.
Féroce est de ces albums qui s'offrent en pâture à l'imaginaire de ceux qui veulent bien s'y plonger.

Les dernières chroniques
Une sélection d'albums chroniqués par notre équipe
Ric Hochet Ric Remix
Enfants de la mer (Les) 1. Les enfants de la mer
Pixels (Les) 3. Les Pixels et les mini dinosaures
Métamorphose iranienne (Une) Une métamorphose iranienne
Bonne nuit Punpun 1. Tome 1
Vénus du Dahomey (La) 1. La civilisation hostile
Ours-Lune (L') 1. Fort Sutter
Tombeau d'Alexandre (Le) 3. Le Sarcophage d'albâtre
Indociles (Les) 1. Lulu, fin des années soixante
Rising Stars 1. Acte 1
Extrait et Avis des lecteurs
Notez cet album
Avis des lecteurs
| Excellent |
|
| Trés bon |
|
| Bon |
|
| Moyen |
|
| Faible |
|
Signaler un festival

Si vous êtes organisateur, exposant, libraire ou simple internaute vous pouvez ajouter un festival au calendrier. L'affiche tournera en page d'accueil parmi celles des autres festivals.
Masqué - La nouvelle série de Créty et Lehman
Réintroduire des super-héros dans le paysage franco-belge était sans doute un pari un peu fou, mais Serge Lehman a de la suite dans les idées. Et c'est tant mieux, car l'accueil que réserva le public et la critique à La Brigade Chimérique (6 tomes parus aux éditions de l'Atalante) prouve, si besoin était, que les comics version européenne ont un av ... [Lire la suite]
Indociles (Les) 1. Lulu, fin des années soixante
Lulu et Jo vivent leur dix-sept ans dans le Jura suisse de la fin des années soixante. Pour tromper leur ennui, il y a le bistrot du coin, quelques discussions un peu passionnées sur fond de problèmes de société et de politique. L’un est rejeton de prolo, l’autre fils du propriétaire de l’usine d’ho ... [Lire la suite]
Agito Cosmos 1. Aquaviva
D'un côté, les membres d'équipage du SS Robin Suzumiya. Embarqués par le capitaine Spöring dans une mission d'exploration des fonds marins et de collecte des vestiges de la civilisation humaine, cela fait déjà quelques temps qu'ils sont en mission sans en connaître le véritable but. Loin à la surfac ... [Lire la suite]





















•