- Vincenzo Lasagna
- 1
- Herbeau, Hélène
- Civiello, Emmanuel
- Civiello, Emmanuel
- Delcourt
- 02/2005
- 2-84055-894-7
- 46
- 5430 fois
C'est au niveau de la technique employée par l'auteur que la différence est marquante. Civiello abandonne en effet les couleurs envahissantes qui faisaient la marque et le caractère de ses précédents travaux (et qui tombaient parfois à point nommé pour masquer certaines maladresses, notamment au niveau des proportions et des postures des personnages) et c'est ici le N&B et le sépia qui sont de mise. D'un point de vue purement technique, son travail est somme toute assez remarquable. Il parvient à retranscrire dans son album l'ambiance si particulière de l'Amérique profonde et mafieuse avec beaucoup de conviction. Les gueules des personnages sont elles aussi bien senties et dignes des meilleurs films du genre.
Mais Civiello n'en a pas pour autant fini avec ses vieux démons et, comme dans ses séries directement inspirées de l'œuvre de Tolkien, la lecture s'avère pour le moins ardue.
Sa narration souffre en effet d'un manque total de fluidité tout au long du récit. Reste à savoir comment ce travail fut réparti entre lui et la scénariste Hélène Herbeau mais, quoi qu'il en soit, cette collaboration se termine par un échec. Pourtant, la mise en bouche était alléchante : un titre de chapitre qui donne le ton décalé voulu par les auteurs, un découpage presque cinématographique de la première planche plutôt réussi et l'arrivée du personnage principal, Vincenzo Lasagna le bien nommé. Malfrat à peine sorti de taule, il s'apprête à faire son retour dans sa famille. Et c'est là que les choses se gâtent : la suite de ce premier chapitre n'est qu'une présentation peu passionnante de tous ses proches, ses amis, ses ennemis… et il en connaît du monde, le Vincenzo ! Le tout est raconté en voix off sur un ton résolument tourné vers la dérision. Si un tel choix narratif pouvait à la rigueur se justifier pour une introduction, rien ne poussait les auteurs à l'utiliser d'un bout à l'autre de l'album. C'est pourtant ce qu'ils ont choisi de faire, mal leur en a pris.
Le récit manque en effet singulièrement de rythme, la faute à un découpage trop peu maîtrisé, un recours exclusif au N&B et au sépia qui finit par lasser et donne des planches beaucoup trop froides et confuses, un scénario qui part dans tous les sens et multiplie les flash-backs, et finalement un humour qui peine à mettre en place une caricature vraiment réussie. Pensez qu'il n'y a jamais plus de trois pages au présent entre deux retours dans le temps, hormis la scène finale. Comment, dès lors, se passionner pour une histoire sans cesse interrompue par des inserts dont l'utilité profonde ne peut que nous échapper ?
A trop vouloir privilégier la forme, Civiello et Hélène Herbeau en ont semble-t-il oublié le fond. La caricature en elle-même ne suffit pas, encore faut-il qu'elle soit soutenue par une histoire solide et des dialogues finement ciselés. Ce n'est pas le cas ici.
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