Rien à voir avec Minus, le personnage principal de l’album du même nom réalisé par Rica (E dans l’eau). Minus a la vingtaine, s’habille comme un adolescent et habite dans un appartement où la question de la décoration ne semble même pas s’être posée - sans doute a-t-il mieux à faire. Il bosse pour une boîte dans laquelle il ne fout rien grâce à un coup de pouce paternel. L’argent tombe donc un peu du ciel et est essentiellement réinvesti en de couteux gadgets sexuels, ainsi qu’en alcool. Il faut bien oublier là où il est tombé et entretenir une certaine prestance dans le quotidien ; cette arrogance facile de celui qui se croit plus perspicace que les autres.
La thématique est cependant la même : l’addiction sexuelle.
La planche qui ouvre cette bande dessinée annonce la couleur sans équivoque : sombre, très sombre. La première case, la plus importante, est centrée sur le visage de Minus, en nage, et le regard malade. Celles qui suivent vont de ce visage qui va se contractant à son corps étendu à plat dos, le sexe pointé vers le haut, tenu à pleine main. De cette brève séquence, une phrase est à retenir : « et dans pas longtemps je vais me détester ». Question de minutes, voire de secondes. Kleenex. La journée peut commencer.
La couverture, toute en symboles, en dit long sur le contenu et fait inévitablement penser à l’atmosphère qui se dégage du travail de Mezzo (Le roi des mouches). Cette impression demeure à la lecture de l’album, de même qu’il y a du Charles Burns (Black hole) en un peu moins pur et un peu moins figé, et du Tanxxx (Esthétique et filatures) en un peu moins punk (et un peu plus rock). C’est donc dans une veine graphique pour le moins adaptée à la déviance que Rica inscrit son récit. Les protagonistes ont chacun leur part d’indicible folie, l’univers est volontiers oppressant et, parfois, le réel opère une sortie de route vers quelque chose de parallèle (à moins qu’il ne fusionne avec, certains verront la chambre de Barbe-bleue), avant de mieux revenir à la réalité. Si cela est mené avec ce qu’il faut de subtilité, et en évitant la surenchère, ça fonctionne. C’est ici le cas. Peut-être un peu moins pour ce qui concerne ce qui est montré, le dessinateur n’y va pas par quatre chemins, c’est très cru, parfois à la limite de la complaisance. Maintenant, toute cette pornographie n’est-elle pas aujourd'hui accessible pour tout un chacun ? C’est une question que pose ce livre. Une autre vise la sordide dégringolade de Minus qui semble s'emballer page après page. Jusqu'où va-t-il perdre pied, sachant que son dégout de soi commence à se traduire violemment dans ses rapports avec les poupées gonflables et qu’il est de plus en plus incapable de faire la différence entre chair de plastique et chair humaine ?
Il y a cependant un choix de l’auteur qui peut être jugé discutable quant au traitement de son sujet. Quand Michel Pirus, le scénariste de Le roi des mouches, décide qu’il n’y aura pas un personnage pour rattraper l’autre, ça fait partie intégrante d'un tout. Là, l’idée de départ est tout de même différente. L’environnement délétère dans lequel l’auteur place Minus, cet être malade, tend presque à légitimer son comportement, ou tout du moins en minimise son caractère abject. Alors certes, tout ce petit monde pathétique (collègues, femmes…) peut être considéré comme perçu à travers le prisme désabusé de Minus, donc de manière sordide et dégradée, mais cette manière de procéder limite la force de cette histoire qui aurait pu être traitée avec davantage de finesse afin d’aller plus au fond des choses. Ce parti-pris offre néanmoins quelques scènes savoureuses et quelques échanges cyniques à souhait. Les dialogues claquent et la voix off (la conscience cafardeuse de Minus) accompagne avec à-propos le dessin.
Minus est un livre glauque, nihiliste dans ce qu'il dit et violent dans ce qu'il montre. À ne pas mettre en toutes les mains. Shame on you Minus.
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