Après une première volée de sept albums, la série Sept remet le couvert avec une deuxième saison. Si la première avait présenté quelques jolies réussites pour illustrer le concept (sept personnages réunis pour un projet) mais aussi compté quelques déceptions, Sept survivants est à ranger sur le haut du panier de la première catégorie. Si ses ressorts et ses composantes ne s’aventurent pas en terrain totalement inconnu, le récit est si bien exécuté qu’il devient difficile d’en extraire des fragments sans en révéler les rebondissements. Luca Blengino compose avec des ingrédients habituels de la peur qui dépassent la seule menace physique : obscurité, enfermement, désorientation, environnement hostile, incapacité d’établir un dialogue avec un semblable dégénéré et menaçant, obligation de devoir se mettre à nu devant des étrangers.
Outre les dialogues, soignés et dont certains dévoilent une certaine dose de malice à la relecture, l’autre point fort réside dans le choix d’une menace immatérielle qui agit pour pousser les uns et les autres à se révéler, judicieusement exploitée, évitant de tomber dans un grand guignol exclusivement gore et démonstratif. Les démons sont intérieurs et propres à chacun avant même de prendre l’enveloppe décrépie de zombie, l’impasse est celle imposée par la conscience plus encore que celle physique symbolisée par un boyau, un canal sans issue. En dépit des apparences, la souffrance est au moins autant psychique qu’organique. La menace est d’autant plus pernicieuse qu’elle plane et s’insinue en chacun, plutôt que de frapper sèchement. Bien entendu, il est possible de ne voir ici qu’un groupe d’égarés jetés en pâture à une troupe de morts-vivants en pensant que, décidément, l’heure du revival a sonné pour eux depuis le succès planétaire des Walking dead de Robert Kirkam. Outre le fait de hurler vainement à l'opportunisme, ce serait se priver d’un des plaisirs du « genre », lorsqu’il offre un peu plus qu’un frisson instinctif pour offrir un niveau de lecture un peu plus ambitieux.
Le style de Denys, orfèvre pour installer une ambiance nocturne peuplée de dangers (Comptines d’Halloween, Dans la nuit et l’an dernier Soul Man avec D. Chauvel – Delcourt), a d’ailleurs des accents très « comics » dans cet album. Baigné dans les teintes bleu nuit puis ocre sombre distillées par Delf, sa mise en images multiplie les points de vue, tourne autour des protagonistes pour, à la fois, mieux détailler leurs expressions et dissimuler l'effet ou l'image-choc qui s'abat sur eux dans la séquence suivante. Il n'oublie pas non plus de les toiser, les observer de haut, et adopter ainsi l'éventuel point de vue de l'entité - fantasmée ou non - qui semble jouer avec eux avant de les conduire à l'(auto-)destruction.
Particulièrement savoureux pour ceux qui se délectent d'univers parallèles et obsessionnels dissimulés dans un environnement a priori banal, l'anti-chambre du monde des damnés dans lequel se trouvent plongés les Sept survivants, en sursis jusqu'à la confession de leurs bassesses, mérite le détour. Idéal pour se mettre à la seconde table des sept avec gourmandise...
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