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Toute la bande dessinée

Metropolis (Girard) Metropolis

10/03/2011 6336 visiteurs 7.0/10 (1 note)

A u commencement, Métropolis est un livre de Thea Von Harbou. Mais si ce titre est aujourd’hui célèbre, il le doit essentiellement à sa transposition au cinéma en 1927 par le réalisateur autrichien Fritz Lang. Depuis 2001, ce film est inscrit dans le Registre de la Mémoire du monde de l’UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture). Plus que pour son propos, idéaliste et naïf, c’est pour ce qu’il ouvre comme chemins en termes d’anticipation et de science-fiction qu’il se pose comme une œuvre importante, si ce n’est majeure, du 7e art. D’une grande richesse, le décor mis en place par Fritz Lang se prête assez naturellement à la bande dessinée. Cette architecture si singulière, faite de démesure et de passerelles, a sans aucun doute donné des pistes à Schuiten pour mettre en image Les cités obscures. Tardi, lui, emprunte les machines "diaboliques" qui asservissent le peuple ouvrier le temps d’une "case hommage" dans Le démon des glaces (sixième partie intitulée "L’antre du démon" !). Mais la force visuelle de ce film ne réside pas uniquement dans ce qui est statique, et le mouvement y tient une place capitale, non seulement quand il exprime la puissance, mais surtout quand il se pose en métronome de la résignation.

Passé à la bande dessinée en 2006, Christophe Girard a depuis lors réalisé quatre albums. Deux d’entre eux, édités par la maison "Les éditions du point d’exclamation" - celle-là-même chez qui Serge Mas a adapté M le maudit de Fritz Lang en 2008 -, peuvent apporter un éclairage sur sa démarche. Tout d’abord, Dossier secret, dystopie scénarisée par Tim Geraghty, qui, tant d’un point de vue visuel que sémantique, n’est pas sans rappeler le travail de Chantal Montellier. La thématique de la lutte des classes transposée en fiction n’est donc pas inconnue à l’auteur. Ensuite, Contre histoire de l’art, ouvrage dans lequel il passe en revue 40 000 ans d’histoire de l’art par le biais de l’anecdotique, du furtif. Son intérêt pour ce qui tourne autour de la création n'est donc pas nouveau, ce que confirme son dernier ouvrage, Matisse Manga, édité chez "Les enfants rouges", qui propose un regard assez insolite sur un sujet qui ne l'est pas moins : du comportement humain en musée.

L’adaptation en bande dessinée de Métropolis n’a rien d’évident, mais il n’est pas anodin qu’un auteur qui ait ce parcours tente l’expérience. Comment envisage-t-il de traiter ce monstre sacré du 7e art ? Va-t-il respecter l’œuvre originelle, laquelle n’a jamais pu être reconstituée dans son intégralité ? Va-t-il faire, à l’instar du film, un album muet, en y insérant, à la manière de David Vandermeulen dans Fritz Haber, des cases contenant des explicatifs ? Par quels moyens graphiques va-t-il mettre en branle la gestuelle mécanique des personnages ? Conservera-t-il l’aspect désuet du comportement des protagonistes ? Parmi d’autres, voici quelques questions qui se posent avant d’ouvrir son livre.

L’auteur introduit son propos par une note explicative. Il y désigne Métropolis comme "la référence de toute la science-fiction du XXe siècle", et conclut son texte par "une bande dessinée comme un hommage mais d’abord une histoire terriblement ancrée dans notre temps".

Après ce qui a dû être une longue période d’appropriation de l’œuvre originelle, Christophe Girard semble l’avoir "concassée" pour disposer de la matière première à l’état pur, préalable nécessaire pour opérer sa reconstitution, pour livrer son interprétation. Le découpage, même s’il préserve le fil rouge, a été partiellement et sciemment perturbé. Les séquences conservées, réduites à un essentiel signifiant, sont particulièrement denses, notamment grâce à un contenu visuellement fort, fidèle au film dans ce qu’il accentue. Par petites touches, de manière discrète et noyée dans l’ensemble, le dessinateur s’octroie tout de même une part d’intervention, donnant ainsi une connotation plus contemporaine à certains composants. Il en va ainsi de sa vision des mouvements de foule, qui, dans certaines cases, fleurent bon l’émeute, et de son expression du vice, exposé crûment, et surtout, contagieux dans ce qu'il a de vulgaire.

Là où il opère un choix majeur, c’est en donnant la parole à ses personnages. Certes, les propos tenus peuvent parois paraître un rien désuet et surtout verbeux, mais, par ce biais, il génère une sorte de cadence qui vient compenser la puissance du mouvement que le 9e art ne peut restituer. D’autre part, cette manière de faire accentue, selon les circonstances, l’aspect dramatique ou burlesque de ce qui se joue. En bref, le lecteur pourrait avoir la sensation d’assister à un opéra (de musique classique ou industrielle). Il y a des solos, des dialogues et des chœurs ; les textes ne sont pas dits, ils sont déclamés ! Quant aux pauses "silencieuses", elles peuvent aussi bien suggérer des phases d’effervescence que de calme. Ainsi, la cadence des scènes varie à l’envi, le saccadé cédant ponctuellement la place à des instants plus contemplatifs, notamment lors de dessins pleines planches où le temps parait comme suspendu.

Ce sentiment est renforcé par la gestuelle souvent exagérée des protagonistes, sur-jouant leur rôle, prenant souvent la pose. Ainsi, là où Rotwang est parfait en savant illuminé et fou, l’incarnation décalée du robot/femme, Hel/Maria, pourra désarçonner. Pour autant, il s’agit ni plus, ni moins, d’une représentation contemporaine de ce qu’exprime le cinéaste avec ce qu’autorisait l’époque. Plus ambigu, Freder, le fils de celui qui règne sur la ville, peine à convaincre, notamment parce que le coup de foudre qui marque sa "rupture" avec l’ordre établi ne fonctionne pas, tant il est soudain, tant il jure avec le comportement du jeune homme dans ce qui précède. Gustav Fröhlich, dans le film, l’incarnait avec une naïveté qui rendait ce basculement possible. C’est bien moins le cas ici. Mais le personnage principal de cette histoire reste la ville. Ce décor, car il s’agit bien de cela, contribue pleinement à ce sentiment d’assister à une représentation. Christophe Girard s’est d’ailleurs davantage attaché à explorer graphiquement les possibilités de la cité Métropolis d’un point de vue esthétique, plutôt que d'insister sur le caractère industriel de la ville, ou encore de représenter l’architecture des grands ensembles qui, si elle était visionnaire en 1927, est tombée dans le commun aujourd’hui. Ce choix peut paraître discutable, dans le sens où cet angle d'attaque aurait pu être intéressant, mais peut-être était-il surtout trop évident, trop glissant ? Quoi qu’il en soit, ce "Moloch" architectural lui a offert un vaste terrain d’expression où le noir sur fond blanc, tantôt sous forme d’aplat, tantôt au trait fin, lui a permis d'exprimer son talent de metteur en scène pour jouer avec les éclairages, l’agencement des éléments dans les cases et le cadrage.

La spécificité de cette bande dessinée réside sans doute dans sa dépendance à l’œuvre dont elle est tirée, et à laquelle elle fait sans cesse écho. Si Christophe Girard surprendra plus d’une fois celui qui aura vu le film - c’est sans doute un préalable judicieux, si ce n’est nécessaire, à la lecture - par des bifurcations surprenantes et des choix qui diffèrent de ceux du cinéaste, cela ne l’empêche nullement de revenir avec constance à la trame connue. Si les choix de l'auteur s’avèrent cohérents avec le ton donné d’un bout à l’autre de l’album, il est toutefois possible de regretter qu’il n’ait pas pris un soupçon de liberté supplémentaire pour donner un sens plus politique à son interprétation, pour brusquer davantage son lecteur.

Bande dessinée à l'esthétisme fouillé, le Métropolis de Christophe Girard est une reconstruction du scénario du film éponyme. Ainsi, il provoque une résonnance entre les deux supports, comme si l’un existait à travers l’autre, et inversement. Cette sensation rend la lecture de ce livre envoûtante.

Par F. Mayaud
Moyenne des chroniqueurs
7.0

Informations sur l'album

Metropolis (Girard)
Metropolis

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L'avis des visiteurs

    zoutroy Le 27/04/2011 à 03:27:33

    N'ayant pas vu le film du grand Fritz, j'aurais bien du mal à comparer avec l'original, mais les thèmes abordés par cette adaptation sont toujours autant d'actualité.
    La critique du capitalisme en est le sujet central, avec une ville du haut, corrompue et vivant dans l'abondance, et exploitant jusqu'à la tombe des bas fonds, où les quartiers ouvriers sont piégés entre déchets toxiques et usines.
    Bref, l'imagerie politique de l'époque est ici respectée à la lettre, chacun à sa place dans la nomenclatura révolutionnaire, les bons d'un côté, les mauvais de l'autre...
    Les errements d'un politique avide de pouvoir, d'un savant fou de douleur, et d'un jeune privilégié amoureux d'une prolétaire vont faire voler en éclat la machine capitaliste et la mener au bord de la destruction.
    Cet ouvrage permet de bien saisir l'influence ultérieure qu'a eu l'oeuvre originale dans la science-fiction en général, que ce soit dans Blade Runner et Total Recall de K. Dick ou dans les Matrix des frères Wachowsky.
    On se rend compte que malgré les décennies qui nous sépare de cette époque, rien n'a changé, et les luttes, revendications et enjeux sont toujours exactement identiques : conquête de la liberté, contrôle sur sa propre vie et résistance à l'oppression des forces de l'argent.
    C'est surtout là dedans que se situe le principal intérêt de cette oeuvre, en y rajoutant l'idée que la vindicte populaire n'est pas une fin en soi, et que la haine de classe peut elle aussi mener à l'autodestruction.
    Un discours avant tout humaniste, rassembleur et marqué par l'espérance et la croyance en l'idée qu'une société à visage humain est possible...