Chronique : Weëna

Par M. Natali le 30/06/2010

© Delcourt /Corbeyran/Picard 2010
 
En route pour Nym-Bruyn, Weëna et Morckoor, qui tentent de fuir l’emprise méphitique du nécromancien Haggral, rencontrent Gywlym, accompagné de ses amis behrs. Malgré la haine qu’il nourrit à l’égard du prince qui a massacré son village, le jeune pâtre, devenu éphémère général, accepte de mauvais gré de lui accorder la vie sauve et le laisse les suivre. Enfin arrivés dans la capitale de l’empire, les jeunes gens se rendent au palais impérial où Gwylym entend plaider la cause du peuple behr devant les souverains. Mais le palais recèle des dangers insoupçonnés et le petit groupe va devoir démontrer son courage et sa cohésion afin d’affronter la tragédie qui se prépare dans l’ombre…

L’heure des retrouvailles a sonné pour les héros imaginés par Éric Corbeyran. Intitulé Destination, ce septième tome porte parfaitement sont titre puisque, depuis le début de la série ou presque, tout s’est orienté vers l'origine commune de certains des principaux personnages, à savoir le cœur du royaume de Nym-Bruyn et la famille impériale. Point renforcé par les tomes 5 et 6 qui avaient laissé entrevoir l’idée que tout se jouerait dans la cité-phare du pays, où tout avait commencé.

Très logiquement, le scénariste rassemble ses protagonistes dans la capitale pour y amorcer le dernier acte de sa saga. À l’image de la couverture, il y met en scène les trois derniers descendants du couple ancestral qui a initié le gigantesque empire nym-bruynien. Les pions prennent chacun leur place, afin d’aménager le tremplin qui conduira au dénouement dans le huitième et dernier volet (du moins pour ce premier cycle). Alors, certes, il est vrai que, de prime abord, ce septième opus ne réserve guère de vraies surprises, du moins jusqu’à l’ultime page. Cependant, à l’instar de l’ensemble d’une série qui s’est développée sans hâte mais avec assurance, la narration remet les différents éléments connus en perspective à coup de rappels et y ajoute quelques nouvelles données qui auront vraisemblablement leur importance par la suite. Certains lecteurs seront probablement déçus par ce côté moins épique, bien que l’histoire ne manque ni de rythme ni d’intérêt et que le cliffhanger final, un peu attendu tout de même, achève de cristalliser les fils de l’intrigue.

Mais Weëna, c’est aussi un dessin. Celui très féminin et agréable d’Alice Picard (Okheania, Mon chat à moi) dont le talent ne se dément pas, malgré quelques infimes imperfections qu’on lui pardonnera aisément au vu de la qualité générale de son graphisme. Dynamique, son coup de crayon se plaît à souligner l’expressivité des personnages et leurs attitudes pleines de souplesse. La dessinatrice ose également quelques plans cinématographiques assez réussis et fait merveille avec les zooms dévoilant l’intensité des émotions de chacun. Pour animer le plaidoyer de Gwylym, elle n’hésite pas non plus à dresser le pâtre hors cadre, au centre de la planche, afin d’appuyer son argumentation par le spectacle, en arrière-plan du quotidien des Behrs. En outre, si la vue globale de Nym-Bruyn peut paraître moins aboutie que le reste, force est d’admirer le soin porté aux détails vestimentaires ou architecturaux. Ici, l’œil est attiré par les motifs d’une robe ou l’élégance d’un bijou joliment fignolé, là le regard s’arrête sur une statue ou le mélange charmant des vasques d’un hammam à l’orientale et de mini-ponts très japonisants.

En revanche, la mise en couleurs, assurée par Elsa Brants (Les Quatre princes de Ganahan, Les brumes d'Asceltis, Les Chroniques de Magon, Okhenia), marque un changement de technique et de logiciel qui risque de ne pas remporter immédiatement les suffrages. En effet, alors qu’Alice Picard a réalisé les fonds à l’aquarelle, le travail de la coloriste a quelque peu pâti des ajustements nécessaires à l’utilisation de son nouvel outil de travail. Les teints des personnages en sont donc plus hâlés ou tirent un peu sur le gris. Mais, cette petite gêne passée, la majorité des planches rendent très bien, comme celles montrant les jardins du palais tout en nuances de verts et de bleus. Enfin, Elsa Brants a réussi à retranscrire avec sa riche palette – souvent sombre en raison des nombreuses scènes nocturnes - les diverses ambiances : estivale et fraîche à l’orée d’un bois, pluvieuse et brumeuse dans la capitale, surchargée de parfum et de vapeurs dans la salle des bains impériaux ou intime dans la chambre partagée par Gwylym et Weëna.

Destination possède les qualités et les défauts d’un tome de transition. Beaucoup ne s’en satisferont sans doute pas, aiguillonnés en cela par une nouvelle colorisation qui a visiblement quelque peu peiné à trouver ses marques. Néanmoins, ce septième volet ne manque pas d’intérêt et plaira aux amoureux de la première heure, à ceux qui aiment que les intrigues prennent leur temps pour se développer et mûrir. Rendez-vous est donc pris pour le huitième tome dont on espère qu’il clôturera la série en beauté.

Chronique du tome 2
Tome 3
Tome 4
Tome 5
M. Natali
“Plutôt 6,5 en raison d'une mise en couleurs qui m'a d'abord étonnée, mais dont j'ai trouvé qu'elle passait mieux à la relecture. Pour le reste, j'ai passé un vrai bon moment et n'ai pas été déçue par le scénario.”
M. Natali
“La première impression, en ouvrant l'album, est celle d'un dessin moins soigné que par le passé. Le trait est moins fini et la colorisation n'est plus aussi lumineuse, avec pour résultat un graphisme qui laisse à désirer. Le scénario, quant à lui, est plutôt lent dans ce nouvel album, mais se rattrape in extremis par un final surprenant. La série continue donc son petit bonhomme de chemin, mais elle aurait peut-être gagné à être concentrée sur un plus petit nombre d'albums. ”
D. Wesel

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Extrait : Weëna Destination Delcourt © Delcourt
Corbeyran/Picard 2010
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