- Block 109
- Brugeas, Vincent
- Toulhoat, Ronan
- Toulhoat, Ronan
- Akileos
- 01/2010
- 978-2-355-74059-6
- 204
- 11666 fois
Block 109 n'est pas seulement une uchronie, c'est d'abord une vision qui dérange, celle de la réalisation des objectifs du IIIe Reich. C'est le sang glacé que l'on parcourt les premières pages. Difficile de rester de marbre devant tant de froideur dans les propos, passant en revue les années suivant la disparition d'Hitler. Mais ce mal est nécessaire pour la suite et, ici la fin justifie les moyens. Ces dernières années, la 2e guerre mondiale est redevenue une source d'inspiration scénaristique, laissant notamment entrevoir des évènements ressentis côté allemand. Au-delà d'une mode, il faut reconnaître que la version allemande du conflit est riche et les sources de fiction nombreuses. Il convient donc passer outre une éventuelle aversion, quitte à se sentir tels des pèlerins en terre païenne, et accepter les marcheurs aux pas de l'oie comme étant les héros du récit. L'exercice est d'autant plus difficile que la distorsion proposée de l'Histoire fait apparaître un être fictif plus impitoyable que ceux ayant existé pendant cette période de chaos. Il évolue au milieu de personnages réels de la pire espèce, ce qui ne lui donne que plus de poids et malheureusement plus de crédibilité. Une hyène parmi les loups…
Passée la première partie, le côté fantastique s'invite et les premières explications des faits étranges survenus auparavant commencent à trouver des réponses. En parallèle, le projet donnant le titre à l'album est progressivement dévoilé. Le découpage en chapitres sous forme de compte à rebours jusqu'au point final, contribue à faire monter progressivement la pression jusqu'à l'ultime dénouement. Le suspens est savamment entretenu, laissant penser que l'ignominie et la cruauté de créatures machiavéliques sont les principaux thèmes traités. Or Vincent Burgeas s'est engagé sur une voie bien plus ambitieuse, celle de l'éradication du Mal par tous les moyens. La sensibilité enfouie au plus profond des 130 premières pages reprend le dessus pour susciter un espoir ténu et livrer une conclusion qui apparaît comme un renouveau total. Crédible ou pas, cette fin est sans concession. Libre à chacun de pousser la réflexion plus loin, d'interpréter ou non, bref de philosopher s'il le souhaite. Un sentiment de malaise subsiste néanmoins, la vision offerte pouvant choquer les âmes et pas seulement celles empreintes de sensibilité. La fin suscitera débat, à n'en pas douter.
La mise en scène de Ronan Toulhoat privilégie les effets spectaculaires pour renforcer la dimension dramatique des situations. L'assassinat d'Adolf Hitler en est un parfait exemple. Le tireur embusqué derrière une fenêtre d'un building, des chiffres tatoués… beaucoup de ressemblances avec un amnésique bien connu du 9e art. Mais l'hommage rendu à la scène qui s'étale en 4e de couverture de plusieurs centaines de milliers d'albums et à son auteur s'arrête là. Les tons gris, rehaussés de quelques touches de rouge judicieusement distillées accentuent l'austérité et donc la dureté du graphisme. Étant donné l'ambiance du récit, ces choix sont adaptés et le trait, plein de vivacité et d'énergie, assure un réalisme efficace. Le travail sur les visages et leur dureté est particulièrement réussi. Les protagonistes sont plus impitoyables les uns que les autres, et c'est le moins que l'on puisse attendre d'une telle engeance. Certains "spécialises" iront chercher avec plaisir les petits détails de reconstitution d'un passé qui n'a pas existé, ou seulement en partie : tel bouton de vareuse manquant, tel écrou mal placé ou telle protection de chenille trop longue… L'uchronie offre une certaine liberté aux auteurs, leur permettant de ne pas prêter le flan aux critiques trop pointilleuses. L'imagination remplace la vérité historique, qui n'est pas le propos ici. Les accros aux combats désespérés, aux carnages en règle et autres exécutions sommaires, eux, seront comblés
Au fait, pourquoi 109, ou plus exactement 0109 ? Au-delà du jeu de mot, la réponse est à l'intérieur.
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