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De Cape et de Crocs 9. Revers de fortune

01/12/2009 11807 visiteurs 8.0/10 (4 notes)

L e voile d’une nuit sinistre s’est abattu sur l’astre lunaire. Sur le champ de bataille déserté, Armand de Maupertuis, le Raïs Kader, Andreo et Plaisant se désolent devant le corps inerte de don Lope. Au même moment, les légions de mimes de Mendoza pénètrent dans Callikinitopolis sans défense. Le prince Jean triomphe, Mademoiselle se pavane. Spilarcio refait fortune. Le roi déchu des Sélénites attend avec angoisse que soit fixé son sort. Rattrapées dans leur fuite vers Agarthachidès, Séléné et Hermine sont la proie des visées de l’infâme capitaine espagnol. Capturé, enchaîné, le maître d’armes, amer, se laisse aller au désespoir. Pourtant, alors qu’un nouvel ordre se met en place, que la folie des grandeurs d’un tyran ne connaît plus de limites, un souffle ténu sur le verre d’une montre, les compétences d’un savant farfelu, l’aide inespérée d’une tribu de mutiques et de pirates en quête de rédemption, le courage et l’audace des rescapés, sans oublier le sang-froid d’un petit lapin ravivent l’espoir…

Les dernières pages dramatiques du huitième album avaient abandonné le lecteur aux affres d’un terrible suspense, lui rendant l’attente aussi longue qu’odieuse. Qu’allait-il advenir de ses héros préférés ? De vils scélérats, sans foi ni loi, allaient-ils triompher ? La suite serait-elle à la hauteur du reste de la série ? Après deux ans à se ronger les sangs, Revers de fortune vient enfin le délivrer, lui apportant en guise de réponse une nouvelle page d’aventures panachées propre à le soulager comme à le conquérir.

La guerre avait fait trembler jusqu’aux cœurs les mieux accrochés, la tragédie avait frappé, un sort funeste semblant s’attacher aux pas du galant Gascon, du fier loup andalou, du fidèle janissaire et du vaillant léporidé immaculé. Le point culminant du drame atteint, ce neuvième tome s’ouvre sur le découragement et l’affliction. Pourtant, loin de laisser le temps au public de se morfondre trop longuement, Alain Ayroles fait rebondir sa pièce dans une direction plus heureuse, rappelant que tout ceci est comédie et, comme telle, il est impossible de s’abandonner à une totale désolation. Faut-il le regretter ? Non ! Car, même si c’est avec humour, le scénariste ne manque pas de montrer les effets de la prise de pouvoir du prince Jean, dont la démesure ne connaît plus de frein, ou encore les lugubres menées de Mendoza, propres à nourrir la peur des malheureux se retrouvant sous sa botte. Par ailleurs, bien que les menus éléments utilisés pour tirer les héros du mauvais pas dans lequel ils ont chu paraissent artificiels, ils relancent l’intrigue et permettent de jouer le dernier acte avec autant, voire plus, d’élan fervent que précédemment. Il n’est plus question de découverte, de recherche d’un père, d’une origine ou simplement de belle équipée, mais bien de se relever et de porter le coup fatal à une tyrannie de pacotille.

Le caractère théâtral de la série connaît de nouveaux sommets, tant dans la mise en scène - Eusèbe surmontant un nuage tel Jupiter tonnant - que dans le cours du récit. Rebondissements, interventions d’alliés inattendus, renversements de situation, réapparition de ceux qu’on croyait perdus. Tout y est. En résulte, une accélération du rythme dans la seconde partie et un dénouement à la hauteur d’une comédie. En effet, bonne ou mauvaise, la fortune, volage par excellence, touche chacun des protagonistes à sa juste mesure. En outre, ce volet se pare de quelques morceaux d'anthologie que les débuts ne sauraient renier. Les pirates, titillés par un train de philosophes, donnent libre cours à un fameux épisode chaotique et maïeutique. Le verbe n’est pas en reste. En effet, la visite d’Armand, Lope et Kader dans l’île de Solécisme et leur rencontre avec des marins contrepétuns est l’occasion pour Ayroles de s’exercer à la contrepèterie dans quelques savoureux vers et de vérifier les bonnes connaissances de ces lecteurs en matière de syntaxe – ah ces « accessoires théâtrals » qui vrillent les oreilles ! De plus, comme de coutume, l’album fourmille de bons mots et de références qu’on se plaît à chasser, dénicher, décrypter.

Enfin, le dessin n’est pas en reste et, une fois encore, Jean-Luc Masbou donne la pleine mesure de son talent pour égayer et réjouir l’œil avide de merveilles. Du champ de bataille sinistre aux feux d’artifices du final, en passant par les rues tracées au cordeau de la capitale assujettie, aux tavernes des îles ou à la forêt d’une tribu de mimes, les détails foisonnent, les atmosphères transportent, tandis que les personnages s’agitent, agissent ou déclament. La mise en couleurs, réussie, crée autant de climats et d’ambiances que de lieux. Les tons blafards des premières pages cèdent devant les verts des sous-bois et les rayons du soleil auréolant le palais d’un prince mégalomane, ses statues et sa galerie des glaces, qui eux-mêmes s’effacent à leur tour face aux splendeurs d’une nuit, illuminée de mille feux.

Plaisant, jouissif, dans l'exacte lignée des volets précédents, Revers de fortune termine l'épopée lunaire. C'est à regret qu'on quitte ce petit monde attachant tout en se laissant aller à la joie procurée par une lecture de qualité, si ce n'est d'excellence.


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» Lire la chronique du tome 7
» Lire la chronique du tome 8

Par M. Natali
Moyenne des chroniqueurs
8.0

Informations sur l'album

De Cape et de Crocs
9. Revers de fortune

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L'avis des visiteurs

    minot Le 18/04/2012 à 16:38:21

    Après tant et tant d'aventures et de péripéties, le "cycle de la Lune" se termine de façon quelque peu expéditive. On sent que les auteurs n'ont plus que deux albums pour boucler leur série et qu'ils se disent "oups, il serait temps de penser à faire rentrer tout ce joli monde au bercail !". Du coup le renversement de la tyrannie se fait de manière plutôt précipitée, et le happy-end final est un peu ridicule.
    Là encore, pour combler ces quelques lacunes scénaristiques, Masbou sort le grand jeu en nous offrant des planches de toute beauté.