Les lecteurs de Charlie Hebdo, journal qui publia initialement cet ouvrage, sont coutumiers de la verve de Siné. Sans doute savent-ils que ce dessinateur est, pour beaucoup, une sorte de « grand frère »: ses têtes de turcs qui s’incarnent dans la trilogie « Armée, Église, Patrie », bien avant la libération des mœurs qui suivit Mai 68, il osait déjà les défier, s'en prenant aux convenances, attaquant la religion et dénonçant la torture en Algérie…
Nous sommes en 1953, Siné, alors âgé de vingt-cinq ans travaille avec bonheur pour la publicité. Mais ce qui le « travaille » véritablement, c’est l’idée de réaliser dans le dessin d’humour -son domaine de prédilection- une œuvre subversive qui ferait de lui l’égal des grands tels que Bosc, Tetsu ou Chaval… L’auteur se dépeint ainsi sous les traits d’un jeune homme à l’ego surdimensionné qui aspire à devenir coûte que coûte un trublion. Ses ambitions un poil obsessionnelles (gagner de l’argent, devenir célèbre et foutre le souk), ont guidé sa vie.
Au fil de ces pages truculentes, on découvre l’homme dans son enthousiasme communicatif comme dans son autosatisfaction agaçante. Oh, Siné ne se prend pas pour un grand écrivain mémorialiste. Ce n’est pas de la grande littérature malgré quelques trouvailles fort amusantes, telle cette scène où l’auteur honore sa compagne dans une église désaffectée: Je garde encore un souvenir ému des frénétiques et hérétiques moments érotiques vécus dans cet inhabituel autel de passe. Siné s’adresse à nous simplement, sur le mode de la confidence. C’est toute un époque qui ressurgit sous nos yeux quand il raconte ses coups d’éclats (comme son passage fracassant à l’Express, son procès pour outrage à l’armée), ses combats (contre la guerre d’Algérie). Il est émouvant enfin, quand il évoque ses amis (Jacques Prévert, Jean Genet) ou quand il relate l’attaque cérébrale de son père.
Curieusement, la renommée viendra d’une création fort peu provocatrice, celle de ses fameux félins déclinés en forme de « chat-rade ». Vous avez compris le principe ? L’idée lui en vint un soir qu’il revenait d’un repas que donnait l’artiste Leonor Fini, grande amie des chats. Pour la remercier à peu de frais de son invitation, il lui envoya une série de dessins basés sur des jeux de mots comportant « chat ». La formule connut un tel succès qu’il en fit presque une industrie. On rencontrait ses chats un peu partout, sous l'aspect de cartes postales, de boites d’allumettes… Ils connurent même une adaptation en anglais. Un succès auquel Siné voulut mettre un frein en salopant son blason doré pour ne pas virer fissa dans le sympa, ce qu’il fit illico en publiant un recueil de dessins d’humour (très) noir. Le livre s’achève en 1960 sur une évocation du retentissant procès pour « atteinte à la sûreté de l’État » fait à un groupe d’intellectuels, au plus fort de la guerre d’Algérie.
Il est touchant qu’un homme de cet âge ait conservé intacte la fraîcheur de ses jeunes années. Sans doute est-ce là le secret de sa réussite : agir toujours en sale garnement jouisseur et talentueux. Avec cet ouvrage, Siné nous donne généreusement à croquer un morceau d’une belle vie bien remplie.
Les dernières chroniques
Une sélection d'albums chroniqués par notre équipe
Turf (VF) 1. Les crocs de New York
Petite Geisha 1. L'Okiya des mystères
Block 109 : Ritter Germania Ritter Germania
Conspirateurs (Les) 1. Désorganisation secrète
Dossier Kokombo (Le) Le dossier kokombo
3 Grammes
Lignée (La) 1. Antonin 1937
Fables scientifiques
Kraken
Reines de sang (Les) 1. Alienor, la Légende noire 1
Extrait et Avis des lecteurs
Notez cet album
Avis des lecteurs
| Excellent |
|
| Trés bon |
|
| Bon |
|
| Moyen |
|
| Faible |
|
Recherche avancée

Vous pouvez affiner votre recherche (Série, mot-clé, éditeur, collection, etc.) en cliquant sur "Plus de critères" sous le champ Recherche.
La Grande Evasion
Il y a cinq ans déjà, les éditions Delcourt lançaient une série développée à partir du thème d'un groupe de Sept personnages réunis pour vivre une aventure en un tome concoctée par sept duos d'auteurs différents. Avant de revenir l'an passé avec une nouvelle salve de "7", un nouveau sextuor avait concocté six Le casse différents pour mieux piller n ... [Lire la suite]
Mort de Staline (La) - Une histoire vraie... soviétique 2. Funérailles
Funérailles est le 2e et dernier tome de La Mort de Staline, un vrai faux récit historique signé par deux grands noms de la nouvelle BD française : Fabien Nury et Thierry Robin. 8 mars 1953, la mort de Staline est annoncée. La nouvelle retentit dans le monde entier. Venus des confins de l'Union ... [Lire la suite]
Reliques 1. Le Tombeau de Lazare
Onze aventuriers pour sauver la foi chrétienne… An 1254. Louis IX, dit Saint Louis, ordonne à un inquisiteur dominicain de former un groupe chargé de récupérer les reliques sacrées du christianisme. Il espère se servir de ces preuves de lexistence réelle du Christ comme un outil politique pour renf ... [Lire la suite]




















•