A peine un an après L’intrusion, album très sombre réalisé en solo, plongeant dans les tréfonds de l’âme humaine, Aude Samama reprend les pinceaux pour illustrer un récit non moins torturé, scénarisé par Denis Lapière. Ce dernier, qui a déjà commis dans une veine similaire La saison des anguilles avec Pierre Bailly, livre ici une interprétation librement inspirée du roman Olalla de Robert-Louis Stevenson. Comme dans L’intrusion, la voix-off porte les pensées du personnage principal et révèle ses failles psychologiques, même si dans le cas présent, Hélène est peut-être la plus saine d’esprit parmi les différents protagonistes. Aveuglés par les certitudes propres aux solitaires et travaillés par de lourds secrets, aucun ne semble jouer cartes sur table. Ce huis clos prend, au fur et à mesure, une tournure inquiétante.
Pas moins inquiétante, l’imposante bâtisse, vestige d’une grandeur passée, semble intimement liée, au-delà de ce qui est normal, au destin de ses propriétaires. Ce procédé n’est pas sans similitudes avec ceux développés dans Le portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde, ou encore, dans La chute de la maison d’Usher d’Edgar Allan Poe. L’usage de symboles ne s’arrête pas là et doit beaucoup à la force évocatrice des peintures - la page de garde est éloquente en la matière - d’A. Samama. L’usage des couleurs, en particulier leur agencement, fonctionne comme un baromètre d’atmosphère. L’aube est apaisée, le crépuscule angoissant. Si les scènes d’intérieur éclairées par la lumière du jour sont rassurantes, en revanche, la lueur diffuse qui émane des chandeliers l’est bien moins. Il faut peu de choses pour donner aux couloirs une dimension quasi-irréelle. Celle-là même que semble desservir la longue route sinueuse qui mène aux portes de cette demeure à l’intérieur mouvant. Ce trajet effectué en carriole constitue le passage classique - il y a même un pont - entre le monde cohérent et celui où l’irrationnel peut prendre le dessus. Les auteurs parviennent à maintenir tout du long l’incertitude sur le fait de savoir si cette frontière a été franchie ou non, et c’est là une réussite, d’autant que le final ne vient pas tout gâcher par une quelconque pirouette.
Amato est de ces bandes dessinées au romantisme sous-jacent, dont le graphisme fait partie intégrante de l’histoire et où la perception qu’en aura le lecteur sera fondamentale. Celui qui ne parviendra pas à s’attarder dessus gardera le souvenir d’une lecture brève, voire ennuyeuse. Par contre, celui qui y sera sensible pourrait bien littéralement se perdre dans les cases.
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